Quelques réflexions sur la problématique de l’injustice intergénérationnelle au Cameroun – 1ère partie

« Aucun problème ne peut être résolu à partir de la même conscience qui l’a créé. »

Albert Einstein

balai citoyen

Matteo Renzi a 39 ans quand il devient, le 22 février 2014, le plus jeune président du Conseil Italien, après avoir précipité la chute de d’Enrico Letta (48 ans) pendant que Silvio Berlusconi (78 ans), l’inamovible politicien italien et ancien chef du gouvernement du pays pendant plus de neuf ans, débutera trois mois plus tard, le 9 mai 2014, ses travaux d’intérêt général auprès de malades d’Alzheimer, après sa condamnation pour fraude fiscale. La même année en France, Bruno Le Maire, 45 ans, battu par Nicolas Sarkozy (59 ans) à l’élection de la présidence de l’UMP avec le score de 29,18 % des voix, fait aujourd’hui partie des personnalités incontournables de son parti, après une campagne jugée réussie par tous les observateurs de la vie politique française. Barack Obama n’a que 47 ans quand il est élu, le 4 novembre 2008, 44e président des États-Unis après avoir obtenu 52,9 % des voix et 365 grands électeurs contre le républicain John McCain (72 ans).

La moyenne d’âge de Renzi, de Le Maire et du candidat Obama est de 44 ans au moment où ils décident d’influencer la gestion des affaires nationales en assumant, ou réassumant, les hautes responsabilités de l’État pour innover et transformer leur pays respectif. Dans une Italie en crise qui adopte un plan d’austérité le 29 juillet 2010 et qui a une des dettes les plus élevées du monde, culminant à près de 120% du PIB, l’ancien Maire de Florence a bousculé la politique italienne en avançant des projets ambitieux pour son pays notamment en matière économique, mais surtout sur le plan institutionnel en proposant la suppression des provinces, en faisant voter une loi électorale ambitieuse ou en tentant de mettre fin au bicamérisme avec la neutralisation du sénat et sa transformation en une simple chambre consultative. Bien que la note crédit de la France est abaissée (qui passe de la meilleure note possible AAA à AA+) le 13 janvier 2012 par l’agence de notation Standard & Poor’s, l’ancien Ministre de l’Agriculture, Bruno Le Maire, avait d’autres soucis. Sa principale formation politique, l’UMP, a de sérieux problèmes de fonctionnement, de leadership et de ligne politique. L’élection à la présidence du parti contre son ancien mentor, Nicolas Sarkozy, lui offre une tribune pour exposer sa vision politique, séduisant ainsi près d’un électeur sur quatre ! Les idées qu’il porte symbolisent cette fraîcheur. Il s’est résolument placé sur le terrain du renouvellement des pratiques politiques, notamment sur le cumul des mandats et des mandats dans le temps. Il est également partisan d’une transparence, s’inscrit dans ce créneau qui intéresse une partie grandissante des électeurs de droite, alors que ce sujet était davantage porté à gauche.

Le jeune gouverneur de l’État de l’Illinois et candidat démocrate, Barack Obama, succède le 5 novembre 2008 à huit années de présidence Bush désastreuses plombées par la guerre en Irak et une crise économique sans précédent. Les tâches qui attendent Barack Obama sont immenses, aussi bien au plan national qu’international. Au-delà des questions politiques,  le nouvel occupant de la Maison Blanche incarne une vraie mutation de la société américaine qui pour la première fois de son histoire porte un homme noir à la plus haute fonction. Un vrai symbole d’espoir pour le monde entier et je me suis surpris à vanter dans un article le leadership moral du 44e Président des États-Unis d’Amérique !

Quarante et quatre ans, c’est l’âge de la maturation dans d’autres cieux ; un moment où se construisent quasi-définitivement les convictions politiques de l’individu. En effet, une rapide évaluation de l’échantillon des dirigeants politiques mondiaux, par croisement entre l’âge et la fonction publique, montre que la moyenne n’en est pas si éloignée.

Au Cameroun, la moyenne d’âge du gouvernement est de 65 ans comme le relevait Jeune Afrique dans son numéro 2814 du 14 au 20 décembre 2014 en citant International Crisis Group.

Les chefs d’institution sont vieux. Les dirigeants des sociétés d’Etat sont vieux. Les généraux sont vieux. Même les dirigeants des partis sont vieux.

Les jeunes “ne croient plus en rien”; c’est une “génération désabusée” car derrière cette problématique d’engagement politique qui fait intervenir l’âge comme variable explicative, se cachent à la fois des effets d’âge, de génération et de structures politiques. Les trois sont mêlés de façon quasi-inextricable au Cameroun.

Notre pays traverse, depuis des décennies, une crise multiforme. Dans son message de fin d’année 2014 aux Camerounais, Maurice Kamto, le président du MRC a dressé un tableau sombre du pays, en régression aux niveaux économique, politique, sécuritaire et social du pays. Contrairement à son ancien patron, le Président Biya, qui s’est félicité dans son message à la Nation de fin d’année 2014 et du Nouvel An 2015 que les «institutions démocratiques ont trouvé leur rythme de croisière», que le «programme économique montre que nos grands projets de première génération sont, soit achevés ou sur le point de l’être, soit en bonne voie», et des «retombées favorables pour l’emploi de notre politique de croissance.»

Malgré l’optimisme affiché par le Président Biya, on constate que les performances économiques du Cameroun, au regard des données disponibles, restent médiocres. On se serait naturellement attendu que les camerounais de mon âge ou plus jeunes, cette Nouvelle Génération, s’engagèrent à défaut d’être sollicités « pour le vaste chantier de la construction nationale. » L’urgence, me semble-t-il, est dans la prise de conscience de l’indispensable dynamique de renouvellement de la classe politique et décisionnelle du pays et de l’indépendance de notre génération qui subit, en sourdine et en complice, les conséquences des décisions et indécisions de la Génération Ahidjo-Biya.

Génération Ahidjo-Biya, le mot est trouvé. Mais qu’est-ce que c’est? C’est cette cohorte structurée, marquée par des intérêts communs, dont les membres partagent la conscience forte et l’entière responsabilité de la gestion de la Cité des indépendances à nos jours. L’a-t-elle bien géré ? Loin de moi la prétention de les juger ; l’histoire s’en chargera. Toutefois, en suivant la réflexion d’Emmanuel Kant sur l’injustice des générations, il existe dans notre pays une asymétrie historique qui marque une inégalité radicale, puisque la Nouvelle Génération hérite, malgré elle, de tout le désordre, la mauvaise gouvernance, la dette, les conflits, que la Génération Ahidjo-Biya a accumulés, parce qu’elle a vécu dans l’inertie et l’inaction stérile, en pillant les ressources nationales, contractant des dettes pour des plans d’urgence mal gérés et à portée nulle. Notre génération ne mérite pas cette injustice, cette spoliation des ainés au profit des puînés.

La situation décrite ci-dessus nous confronte à l’installation d’une fracture générationnelle d’autant plus difficile qu’elle est silencieuse et ignorée par la jeunesse actuelle qui noie son chagrin dans l’alcool et les réseaux sociaux. La responsabilité de la Nouvelle Génération est de mettre un terme à cette grave injustice comme le font, dans d’autres cieux, les Renzi, Le Maire ou Obama. L’engagement de la jeunesse ailleurs, qui contraste tant avec ce que nous observons chez nous, consiste à une prise de conscience des responsabilités de l’heure pour agir, essayer de changer les choses.

La jeunesse camerounaise préfère rester dans sa coquille, en tout pendant des pauses d’insultes et/ou d’incitation la haine tribale sur les réseaux sociaux, instaurée par leurs ainés, toute honte bue. Pourtant, la responsabilité de ma génération est de s’interroger enfin sur une problématique de justice, en s’intéressant à la fois au sort de la génération de nos ainés (la Génération Ahidjo-Biya), mais aussi et surtout celle de nos puînés.

En guise de conclusion 

Face aux nombreux défis de développement du pays et aux enjeux liées à la mondialisation, la participation de la nouvelle génération à la vie politique nationale s’avère plus que jamais importante. Cette génération a d’autant plus intérêt à y participer que son avenir immédiat en dépend grandement. Plus les jeunes se désintéressent de la politique et de la chose publique, plus les décisions qui concernent leur futur sont prises par les membres de la Génération Ahidjo-Biya, les membres d’une classe politique qui a pour la plupart plus de 70 ans !

J’entends déjà certains s’exonérer de ne pas faire de la politique ! Il n’y a pas de honte de s’intéresser à la vie politique de son pays. Car la politique est l’art de gérer les affaires de la cité. Elle imprègne tous les aspects de la vie au sein d’une société. Elle est aussi vieille que la volonté des êtres humains de coexister dans le cadre d’une communauté. Il n’existe pas de société sans politique ou d’acteurs politiques. En d’autres termes, il n’existe pas de communauté humaine sans organisation, sans règles, sans une répartition des rôles entre des gouvernants et des gouvernés, sans un système de gestion des ressources et sans des acteurs/actrices qui s’organisent pour conquérir, exercer et conserver le pouvoir d’administration partielle ou totale de la Cité.

Arrêtons de se cacher derrière cette absence de culture politique et démocratique, de l’avidité de nos ainés et de l’inefficacité des politiques actuelles. La politique n’est pas une « affaire » très sale réservée aux personnes à la fois âgées, fortunées et sans morale. La Nouvelle Génération se doit d’intégrer la nécessité et la noblesse d’un engagement politique sain en élaborant urgemment des approches concrètes pour le développement du pays.

Avis de Parution: LA DIASPORA CAMEROUNAISE: En dehors de l’État, au sein de la nation

livre

382 pages – Parution le 05 avril 2015 – 25,00 USD – ISBN: 978-2-923821-32-0

Lien du sommaire de l’ouvrage >>>>

L’ensemble de cet essai pourrait se résumer par le sous-titre : En dehors de l’État, au sein de la nation.

Rarement un ouvrage n’avait été consacré aux « camerounaises et camerounais de l’étranger » regroupés dans cet ensemble difforme qu’on nomme Diaspora, quant à leur apport ou leur implication dans le Cameroun économique, social et culturel.

Sous la direction du Dr. Alain Nkoyock, dix-neuf contributeurs répartis sur les trois continents Afrique, Amérique du nord et Europe expliquent, analysent, proposent, en 382 pages, des  pistes inédites et audacieuses pour pallier aux carences actuelles et rattraper le retard que ce pays accuse en matière de développement.

De la relation du Cameroun avec sa diaspora à la mobilisation de celle-ci pour son implication dans le développement scientifique et technologique, en passant par les nombreux impacts du refus de la double nationalité par l’État camerounais, la création d’un IDE (Index d’Engagement de la Diaspora), la répartition du capital humain de la diaspora camerounaise dans le monde, ses réseaux, etc.

Les éléments de langage ci-dessous vous permettront de comprendre le message du livre.

L’intention: Le présent ouvrage est le résultat d’une réflexion collective menée par des intellectuels, Camerounais pour la plupart, sur le rapport entre le Cameroun et ses ressortissants éparpillés à travers le monde. Il propose une réponse à la question de savoir de quelle manière nous pourrions influencer la transformation socio-économique de notre pays.

Le message: La première constatation est que notre pays accuse un grand retard en matière de développement économique, notamment au regard de son potentiel humain et de sa dotation en ressources naturelles. La diaspora peut donc s’investir dans l’effort de construction nationale.

La deuxième constatation est que le poids de cette diaspora dans les pays d’implantation est quasiment nul. Quelle force représentent les Canadiens, les Français, les Américains, les Allemands ou les Nigérians d’origine camerounaise dans le PNB ou dans la vie politique et socio-culturelle du Canada, de la France, dès États-Unis, de l’Allemagne ou du Nigeria? Les Camerounais implantés dans ces pays ne représentent pas un groupe de pression puissant capable d’influencer les stratégies politiques et économiques du gouvernement camerounais.

La troisième constatation est que l’émigration camerounaise est une émigration de qualité. Nous montrons, chiffres à l’appui, que le nombre de médecins et d’ingénieurs, toutes disciplines confondues, exerçant dans les pays de l’OCDE est de loin supérieur à ceux qui évoluent au Cameroun. D’ailleurs, les hauts cadres professionnels représentent près de 50% des Camerounais de la diaspora.  C’est dire que le capital humain existe bel et bien au sein de la diaspora camerounaise.

La quatrième constatation est celle de l’émiettement de la diaspora en une poussière d’organisations sans lien organique entre elles, obéissant plutôt davantage aux clivages ethniques. Nous déplorons l’absence d’un projet fédérateur qui rassemblerait toute la diaspora. C’est la condition préalable à une action efficace de la diaspora.

La cinquième constatation est que les envois de fonds des Camerounais de la diaspora sont supérieurs à la totalité de l’aide publique au développement.

La démarche: Dès lors, nous nous sommes réparti les tâches comme en témoigne l’organisation thématique de l’ouvrage afin de couvrir un vaste champ de réflexion. Ainsi, nous passons aussi au crible les atouts de cette diaspora en vue d’élaborer une esquisse de stratégie d’engagement à déployer dans notre interaction avec le gouvernement camerounais. Nous relevons, par exemple, que notre capital humain, loin d’être une fuite des cerveaux, représente plutôt un facteur de développement, car les progrès de la mondialisation permettent désormais à la diaspora de déployer ses réseaux internationaux au service de la transformation socio-ėconomique et de la modernisation de notre pays.

Nous proposons plusieurs projets qui représenteront la contribution de la diaspora à cet effort.

Le titre: Nous sommes parfaitement conscients que le Cameroun en tant qu’Ėtat est dotė d’institutions souveraines investies du mandat d’assurer le bien-être des populations. Nous n’avons ni l’intention ni la prétention de nous substituer aux élus et aux agents de l’Ėtat dans leurs tâches régaliennes pour lesquelles Ils sont comptables devant le peuple. En revanche, nous proclamons et revendiquons notre attachement à la nation camerounaise, à cette terre camerounaise où repose notre placenta et nous contestons à quiconque le droit de nous dénier cette appartenance. D’où le titre de l’ouvrage.

Les objectifs: Nous partageons avec les Camerounais nos idées afin de vraiment contribuer à l’amélioration du bien-être de nos frères et soeurs.

Nous espérons sensibiliser tant les Camerounais de la diaspora que les autorités nationales sur l’impératif d’une organisation stratégique de leur interaction. Nous appelons la diaspora à tirer le meilleur parti des opportunités offertes par leur pays d’implantation et à s’investir davantage dans leurs affaires pour, à la longue, devenir une force incontournable dans les rapports entre leurs pays et le Cameroun.

Nous espérons aussi que les autorités verront en la diaspora un partenaire au développement avec lequel elles peuvent compter pour la nécessaire modernisation de notre pays.

Disponible sur en ligne:

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Kiyikaat Editions
Think Tank CABAC 

Coming Book on Diaspora and Development!

I am so delighted to see that our last book is well received and supported by many international and renowned publishers. It is entitled  “Cameroonian Diaspora: Outside the State, Within the Nation”.

The overall objective is to promote patriotism, networking and cooperation among Cameroonians in the Diaspora. In that endeavour, we intend to mobilize the vast resources of manpower and machinery available.

The book will feature an introduction, a foreword, 19 chapters, and two appendices, adding up to a total of about 450 pages. Its publication is planned in May 2014 in France. We hope that this book will combine the perspectives of the Cameroonian diaspora with those of various scholars and practitioners interested in the involvement of the diaspora in the development of the country. Having this book endorsed by renowned international publishers is a privilege and a tremendous support.

The objective of this project is to explore the extent to which the Cameroonian diaspora influence of national development issues as well as the plurality of modalities it can exercise such influence.

The book’s main audience is the Cameroonian people (both inside and outside the country). But it is also intended to nationals of other African countries, as well as regional and international institutions which are cooperating with our country to improve the actions and activities aimed at ensuring its smooth development.