Invitation to Africa-Colloquium, Department of African Studies, University of Vienna

logoTTC                                                                                GADS

African Diaspora Contributions to African Studies: Towards a Knowledge-based African Society Model 

Dr. Alain Nkoyock, Scholar and Practitioner,
Founder and President of Think Tank CABAC

             Tuesday, November 29th, 2016, 17.00 hrs
Department of African Studies, Seminar room 1 

DrANAfricanAdams

 

 

 

 

 

Abstract:

In this talk, the speaker, who belongs to a team of scholars and professionals from Africa residing abroad, outlines ways in which Africans abroad can make a difference in their home continent. Through programs, policies, and advocacy, Diaspora Africans have harnessed their talents, expertise, and resources for Africa’s development and nation building as well as to contribute to African studies. In furthering these objectives, the speaker has championed the establishment of a think tank called CABAC with the mission to promote patriotism, networking, and cooperation among Africans in the Diaspora, and he will outline the activities of this think tank. These activities include a case study research through which the think tank has explored the extent to which the African diaspora can influence national development issues as well as the plurality of modalities through which it can exercise such influence. In the information age, there can be a substantial amount of contribution of the African diaspora to a knowledge-based African society (KAS) supported by suitable high-tech tools and services that span over fundamentals of knowledge of African societies and their interactions with the rest of the world. This colloquium in the Department of African Studies, organized in collaboration with the Global African Diaspora Studies (GADS) research platform, provides a unique opportunity for CABAC and GADS to reflect on a KAS Scholarly-Practice-Networking (KAS-SPN) model that facilitates Diaspora contributions to African studies.

Chair of the talk:
Prof. Dr. Adams Bodomo,
Professor of African Studies (Chair of Languages and Literatures),
Director, Global African Diaspora Studies (GADS) Research Platform,
University of Vienna, African Studies Department

Address: Institut für Afrikawissenschaften, Spitalgasse 2, Hof 5, 1090 Wien

vienna

Quelques réflexions sur la problématique de l’injustice intergénérationnelle au Cameroun – 1ère partie

« Aucun problème ne peut être résolu à partir de la même conscience qui l’a créé. »

Albert Einstein

balai citoyen

Matteo Renzi a 39 ans quand il devient, le 22 février 2014, le plus jeune président du Conseil Italien, après avoir précipité la chute de d’Enrico Letta (48 ans) pendant que Silvio Berlusconi (78 ans), l’inamovible politicien italien et ancien chef du gouvernement du pays pendant plus de neuf ans, débutera trois mois plus tard, le 9 mai 2014, ses travaux d’intérêt général auprès de malades d’Alzheimer, après sa condamnation pour fraude fiscale. La même année en France, Bruno Le Maire, 45 ans, battu par Nicolas Sarkozy (59 ans) à l’élection de la présidence de l’UMP avec le score de 29,18 % des voix, fait aujourd’hui partie des personnalités incontournables de son parti, après une campagne jugée réussie par tous les observateurs de la vie politique française. Barack Obama n’a que 47 ans quand il est élu, le 4 novembre 2008, 44e président des États-Unis après avoir obtenu 52,9 % des voix et 365 grands électeurs contre le républicain John McCain (72 ans).

La moyenne d’âge de Renzi, de Le Maire et du candidat Obama est de 44 ans au moment où ils décident d’influencer la gestion des affaires nationales en assumant, ou réassumant, les hautes responsabilités de l’État pour innover et transformer leur pays respectif. Dans une Italie en crise qui adopte un plan d’austérité le 29 juillet 2010 et qui a une des dettes les plus élevées du monde, culminant à près de 120% du PIB, l’ancien Maire de Florence a bousculé la politique italienne en avançant des projets ambitieux pour son pays notamment en matière économique, mais surtout sur le plan institutionnel en proposant la suppression des provinces, en faisant voter une loi électorale ambitieuse ou en tentant de mettre fin au bicamérisme avec la neutralisation du sénat et sa transformation en une simple chambre consultative. Bien que la note crédit de la France est abaissée (qui passe de la meilleure note possible AAA à AA+) le 13 janvier 2012 par l’agence de notation Standard & Poor’s, l’ancien Ministre de l’Agriculture, Bruno Le Maire, avait d’autres soucis. Sa principale formation politique, l’UMP, a de sérieux problèmes de fonctionnement, de leadership et de ligne politique. L’élection à la présidence du parti contre son ancien mentor, Nicolas Sarkozy, lui offre une tribune pour exposer sa vision politique, séduisant ainsi près d’un électeur sur quatre ! Les idées qu’il porte symbolisent cette fraîcheur. Il s’est résolument placé sur le terrain du renouvellement des pratiques politiques, notamment sur le cumul des mandats et des mandats dans le temps. Il est également partisan d’une transparence, s’inscrit dans ce créneau qui intéresse une partie grandissante des électeurs de droite, alors que ce sujet était davantage porté à gauche.

Le jeune gouverneur de l’État de l’Illinois et candidat démocrate, Barack Obama, succède le 5 novembre 2008 à huit années de présidence Bush désastreuses plombées par la guerre en Irak et une crise économique sans précédent. Les tâches qui attendent Barack Obama sont immenses, aussi bien au plan national qu’international. Au-delà des questions politiques,  le nouvel occupant de la Maison Blanche incarne une vraie mutation de la société américaine qui pour la première fois de son histoire porte un homme noir à la plus haute fonction. Un vrai symbole d’espoir pour le monde entier et je me suis surpris à vanter dans un article le leadership moral du 44e Président des États-Unis d’Amérique !

Quarante et quatre ans, c’est l’âge de la maturation dans d’autres cieux ; un moment où se construisent quasi-définitivement les convictions politiques de l’individu. En effet, une rapide évaluation de l’échantillon des dirigeants politiques mondiaux, par croisement entre l’âge et la fonction publique, montre que la moyenne n’en est pas si éloignée.

Au Cameroun, la moyenne d’âge du gouvernement est de 65 ans comme le relevait Jeune Afrique dans son numéro 2814 du 14 au 20 décembre 2014 en citant International Crisis Group.

Les chefs d’institution sont vieux. Les dirigeants des sociétés d’Etat sont vieux. Les généraux sont vieux. Même les dirigeants des partis sont vieux.

Les jeunes “ne croient plus en rien”; c’est une “génération désabusée” car derrière cette problématique d’engagement politique qui fait intervenir l’âge comme variable explicative, se cachent à la fois des effets d’âge, de génération et de structures politiques. Les trois sont mêlés de façon quasi-inextricable au Cameroun.

Notre pays traverse, depuis des décennies, une crise multiforme. Dans son message de fin d’année 2014 aux Camerounais, Maurice Kamto, le président du MRC a dressé un tableau sombre du pays, en régression aux niveaux économique, politique, sécuritaire et social du pays. Contrairement à son ancien patron, le Président Biya, qui s’est félicité dans son message à la Nation de fin d’année 2014 et du Nouvel An 2015 que les «institutions démocratiques ont trouvé leur rythme de croisière», que le «programme économique montre que nos grands projets de première génération sont, soit achevés ou sur le point de l’être, soit en bonne voie», et des «retombées favorables pour l’emploi de notre politique de croissance.»

Malgré l’optimisme affiché par le Président Biya, on constate que les performances économiques du Cameroun, au regard des données disponibles, restent médiocres. On se serait naturellement attendu que les camerounais de mon âge ou plus jeunes, cette Nouvelle Génération, s’engagèrent à défaut d’être sollicités « pour le vaste chantier de la construction nationale. » L’urgence, me semble-t-il, est dans la prise de conscience de l’indispensable dynamique de renouvellement de la classe politique et décisionnelle du pays et de l’indépendance de notre génération qui subit, en sourdine et en complice, les conséquences des décisions et indécisions de la Génération Ahidjo-Biya.

Génération Ahidjo-Biya, le mot est trouvé. Mais qu’est-ce que c’est? C’est cette cohorte structurée, marquée par des intérêts communs, dont les membres partagent la conscience forte et l’entière responsabilité de la gestion de la Cité des indépendances à nos jours. L’a-t-elle bien géré ? Loin de moi la prétention de les juger ; l’histoire s’en chargera. Toutefois, en suivant la réflexion d’Emmanuel Kant sur l’injustice des générations, il existe dans notre pays une asymétrie historique qui marque une inégalité radicale, puisque la Nouvelle Génération hérite, malgré elle, de tout le désordre, la mauvaise gouvernance, la dette, les conflits, que la Génération Ahidjo-Biya a accumulés, parce qu’elle a vécu dans l’inertie et l’inaction stérile, en pillant les ressources nationales, contractant des dettes pour des plans d’urgence mal gérés et à portée nulle. Notre génération ne mérite pas cette injustice, cette spoliation des ainés au profit des puînés.

La situation décrite ci-dessus nous confronte à l’installation d’une fracture générationnelle d’autant plus difficile qu’elle est silencieuse et ignorée par la jeunesse actuelle qui noie son chagrin dans l’alcool et les réseaux sociaux. La responsabilité de la Nouvelle Génération est de mettre un terme à cette grave injustice comme le font, dans d’autres cieux, les Renzi, Le Maire ou Obama. L’engagement de la jeunesse ailleurs, qui contraste tant avec ce que nous observons chez nous, consiste à une prise de conscience des responsabilités de l’heure pour agir, essayer de changer les choses.

La jeunesse camerounaise préfère rester dans sa coquille, en tout pendant des pauses d’insultes et/ou d’incitation la haine tribale sur les réseaux sociaux, instaurée par leurs ainés, toute honte bue. Pourtant, la responsabilité de ma génération est de s’interroger enfin sur une problématique de justice, en s’intéressant à la fois au sort de la génération de nos ainés (la Génération Ahidjo-Biya), mais aussi et surtout celle de nos puînés.

En guise de conclusion 

Face aux nombreux défis de développement du pays et aux enjeux liées à la mondialisation, la participation de la nouvelle génération à la vie politique nationale s’avère plus que jamais importante. Cette génération a d’autant plus intérêt à y participer que son avenir immédiat en dépend grandement. Plus les jeunes se désintéressent de la politique et de la chose publique, plus les décisions qui concernent leur futur sont prises par les membres de la Génération Ahidjo-Biya, les membres d’une classe politique qui a pour la plupart plus de 70 ans !

J’entends déjà certains s’exonérer de ne pas faire de la politique ! Il n’y a pas de honte de s’intéresser à la vie politique de son pays. Car la politique est l’art de gérer les affaires de la cité. Elle imprègne tous les aspects de la vie au sein d’une société. Elle est aussi vieille que la volonté des êtres humains de coexister dans le cadre d’une communauté. Il n’existe pas de société sans politique ou d’acteurs politiques. En d’autres termes, il n’existe pas de communauté humaine sans organisation, sans règles, sans une répartition des rôles entre des gouvernants et des gouvernés, sans un système de gestion des ressources et sans des acteurs/actrices qui s’organisent pour conquérir, exercer et conserver le pouvoir d’administration partielle ou totale de la Cité.

Arrêtons de se cacher derrière cette absence de culture politique et démocratique, de l’avidité de nos ainés et de l’inefficacité des politiques actuelles. La politique n’est pas une « affaire » très sale réservée aux personnes à la fois âgées, fortunées et sans morale. La Nouvelle Génération se doit d’intégrer la nécessité et la noblesse d’un engagement politique sain en élaborant urgemment des approches concrètes pour le développement du pays.

CAMEROUN-FMI : Pourquoi les trois grandes options de Christine Lagarde seront difficilement applicables dans le contexte actuel ?

88960bChristine Lagarde, la Directrice Générale (DG) du Fonds Monétaire International (FMI) est arrivée à Yaoundé le 07 janvier 2016 pour une visite officielle de trois jours. Invitée au Palais de l’Unité à dîner avec le couple présidentiel, la patronne du FMI a fait savoir qu’au Cameroun, «la pauvreté règne encore et persiste particulièrement en milieu rural». Et pourtant, selon elle, «le Cameroun, comparé à certains de ses voisins, n’est ni sans atouts, ni sans options» et ce malgré un contexte économique régional des plus moroses. Elle a donc proposé trois grandes options qui contribueront au développement et à l’essor du Cameroun vers l’émergence en 2035: l’intégration régionale, un choix judicieux d’infrastructures et un bon climat des affaires. Dans le contexte actuel marqué par des intérêts stratégiques, économiques, politiques et, surtout, d’une inertie nationale et communautaire dans un environnement de corruption généralisée, ces options sont-elles raisonnables et applicables ? Et dans l’affirmative, leur applicabilité ne nécessite-t-elle pas de réformes prioritaires pouvant assurer leur efficacité pour le développement de notre pays ? L’objectif de cet article est d’apporter quelques éléments de réponse à ces questionnements.

D’abord, l’intégration et la coopération sous-régionales !

Les progrès réalisés par les pays de la sous-région Afrique centrale en matière de mise à exécution de leurs politiques communautaires de développement ainsi que leurs opinions sur les avantages qu’ils tirent de leur participation aux institutions communautaires donnent une idée des résultats obtenus en matière d’intégration et de coopération sous-régionales. Globalement parlant, ces résultats sont plutôt maigres. En effet, si l’on note quelques réalisations surtout au niveau des structures (création de trois communautés économiques régionales et de plusieurs organisations  intergouvernementales), on constate également la faiblesse ou l’absence des actions concrètes de l’intégration comme la libre circulation des facteurs de production et le droit d’établissement ; un commerce intra-communautaire développé ; l’existence d’un marché sous-régional des capitaux ; la réalisation des  projets d’industrialisation communautaires, et ; l’existence d’un mécanisme communautaire de prévention et résolutions des conflits.

Ce manque de résultats est la conséquence d’un ensemble de facteurs endogènes notamment l’impact des conflits au sein des États mais aussi inter-étatiques dont certaines conséquences sont l’instauration d’un environnement peu propice au développement économique, facteur ayant un impact négatif sur le processus de l’intégration et de la coopération régionales. Une situation d’insécurité qui s’est aggravée ces dernières années par le terrorisme de la secte islamiste Boko Haram.

Lire aussi : Bassin du Lac Tchad : Vers un État islamique Boko Haram ?

On note aussi des facteurs exogènes particulièrement une dette extérieure lourde et des programmes d’ajustement structurel imposés par les institutions de Bretton Woods.  Les efforts des pays de la  région d’intensifier leur  coopération sont  handicapés  par le service  d’une dette extérieure  de plus en plus insupportable, contactée avec la complicité des pourvoyeurs des fonds pour financer entre autres des projets dont la rentabilité était douteuse et gérés de manière hasardeuse. Actuellement, la presque totalité des entreprises créées dans ces conditions (éléphants blancs) sont bradée dans les programmes de privatisation des pays alors que  le remboursement des dettes contractées continue.

Les préoccupations liées à l’endettement relèguent au second plan les engagements pris dans le cadre régional, notamment les obligations financières envers les institutions d’intégration et de coopération régionale. Cette dette a  servi également d’alibi à la Banque Mondiale et le FMI pour imposer aux pays de la sous-région des programmes d’ajustement structurel.

L’assainissement du cadre macro-économique national en soi est une bonne chose. Le seul  problème est que les objectifs  poursuivis à  l’échelon national dans le cadre de ce réajustement macro-économique peuvent être contraires à ceux poursuivis au niveau communautaire et  de ce fait ils peuvent avoir un impact négatif sur le processus de l’intégration. Des expériences d’ailleurs montrent qu’au fur et à mesure que  ces programmes produisent au niveau de chaque pays des résultats, des tensions se développent entre les pays d’une même communauté.

Ensuite, un choix judicieux d’infrastructures à forte valeur ajoutée !

Dans son discours de politique générale lors du 3ème congrès ordinaire du RDPC[1] le 16 septembre 2011, le Président Biya a déclaré que «les grandes ambitions d’hier vont devenir les grandes réalisations. Et à partir de janvier 2012, le Cameroun sera un vaste chantier». À ce sujet, il a évoqué de grands projets comme  la construction de plusieurs barrages dont Lom Pangar, Memvele, ou Nachtigal. D’autres chantiers, annonçait-il, concerneront la construction d’un deuxième pont sur le Wouri à Douala, la construction du yard pétrolier et le port en eau profonde de Kribi. Le Président Biya aura quand même noté que ces « grandes réalisations » exigent une « nouvelle dynamique » qui permettra de transformer le Cameroun.

Christine Lagarde a insisté sur le choix judicieux d’infrastructures à forte valeur ajoutée et non une multiplication des projets d’infrastructures. Les projets cités par le Président Biya sont inéluctablement porteurs de beaucoup d’espoirs pour les Camerounais et seront sans doute de véritables vecteurs de création d’emplois pour le pays. Mais ce ne sont que de grands programmes d’équipement et d’infrastructures destinés à soutenir le développement dans quelques régions du pays d’une industrie globalement balbutiante. Dans son édition du 16 février 2010, le quotidien Mutations avait fait une excellente analyse sur la panne sur les ressorts de l’industrialisation au Cameroun. D’après le journal, l’ossature de l’industrie nationale est malmenée par un demi-siècle de tergiversations internes sur les stratégies d’industrialisation à adopter avec comme conséquence une baisse inexorable des investissements directs extérieurs.

L’activité industrielle camerounaise est caractérisée par une atonie aussi bien structurelle que conjoncturelle. Au lendemain de l’accès à l’indépendance, le Cameroun élabore une matrice d’actions économiques dont l’issue débouche sur la définition d’une politique industrielle adossée sur trois piliers : a) la réduction des importations par la politique d’import substitution en favorisant la production locale dans la limite des compétences ; b) la transformation des ressources naturelles afin de créer de la valeur ajoutée ; c) l’intervention massive de l’État pour le financement de l’industrie embryonnaire du pays. La récession mondiale des années 80, qui a entraîné la chute brutale des cours des matières premières, a empêché la réalisation du Plan directeur de l’industrialisation du Cameroun de 1987. L’intervention du FMI dans le redressement et la stabilisation des finances publiques, à travers l’instauration des plans d’ajustement structurel, a plombé toute tentative de développement industriel.

Le Ministère de l’Économie, de la Planification et de l’Aménagement du Territoire a entrepris en 2009 une réflexion nationale sur le long terme et publié un document ntitulé « Cameroun Vision 2035 ». L’un des objectifs généraux de cette vision prospective à long terme étant de faire du Cameroun un Nouveau Pays Industrialisé (NPI). Pour ce Ministère, la principale caractéristique d’un NPI  est une industrialisation rapide par une évolution accélérée du secteur manufacturier, et un développement harmonieux du domaine des services notamment dans ses composantes commerce, transport et tourisme.

Lire aussi notre livre sur la: Diaspora Camerounaise: En dehors de l’Etat, au sein de la nation

Enfin, un bon climat des affaires !

Lors des vœux traditionnels de fin d’année 2013, le Président Biya a avoué de manière explicite que le déficit de patriotisme (dont l’une des conséquences directes est la corruption généralisée) et la malgouvernance sont les principaux handicaps pour la mise en œuvre de la stratégie gouvernementale de marche vers une émergence à l’horizon 2035. Il a en outre souhaité qu’il nous faille sans aucun doute améliorer les choses par rapport à ces deux fléaux.

La corruption et la malgouvernance au Cameroun sont des dérives nationales qui causent la pauvreté, entravent le développement, et éloignent l’investissement. Elles sont endémiques et ont imprégnés tous les aspects de la vie nationale depuis des décennies. Le Cameroun a été classé en 1998 et 1999 par l’ONG Transparency International deux fois «champion du monde de la corruption». L’indice (2014) sur la “Facilité de faire des affaires” place le Cameroun à la 168e position sur 189 économies derrière les pays comme le Gabon, le Togo ou le Mali. Les pays sont classés en fonction de la facilité d’y faire des affaires, de 1 à 189, la première place indiquant le plus haut niveau de facilité. Un classement élevé sur l’indice de facilité de faire des affaires signale un environnement réglementaire propice aux opérations commerciales. L’indice correspond à la moyenne des classements sur les 10 indices étudiés. Pour tous ces indices, le Cameroun est très mal classé.[2]

Plusieurs hauts responsables séjournent aujourd’hui en prison pour détournement de plus de 200 milliards de FCFA de fonds publics[3]. Il semblerait que cette estimation ne représente que la partie visible de l’iceberg de 5,789 milliards de FCFA (minimum) spoliés au pays en 40 ans !  En effet, selon une étude publiée en 2010 par le programme Global Financial Integrity du Center for International Policy, les flux financiers sortant du pays entre 1970 et 2008 ont atteint 5,789 milliards de FCFA.

La prévention de la corruption et l’action de l’ARMP est plombée par la création du Ministère des Marchés Publics. De 1989 à 2011, près de 20 modifications substantielles des règlements des marchés publics ont eu lieu, suivies, en 2001 du décret n°2001/048 du 23 février 2001 portant création, organisation et fonctionnement de l’Agence de Régulation des Marchés Publics (ARMP) et en 2004 du décret n°2004/275 du 24 septembre 2004 portant Code des marchés publics… et finalement, le décret N°2011/408 du 09 décembre 2011 portant création du Ministère des Marchés Publics (Minmap) placé sous l’autorité de Ministres Délégués à la Présidence de la République ! Cette situation serait l’une des raisons de la non-exécution du BIP en 2014 déplorée par le Président Biya dans son message à la nation à l’occasion de la fin de l’année 2013 !

 Lire aussi : Comment confisquer et restituer 5,789 milliards de FCFA spoliés au Cameroun en 40 ans ?

En guise de conclusion : Comment le Cameroun peut-il suivre les options du FMI ?

La croissance doit atteindre un niveau élevé, entre 8 et 10% et sur une longue période, pour pouvoir induire une réduction sensible de la pauvreté de masse dans notre pays. Cela passe nécessairement par les trois grandes options proposées par la DG du FMI, mais sans doute par d’autres décisions stratégiques notamment la gestion autonome d’une monnaie nationale ! Il nous faut néanmoins tenir compte de nos échecs dans ces domaines en proposant promptement des reformes diverses.

Premièrement, dans un passé récent, la relation entre le Nigeria et le Cameroun est devenu hostile sur la presqu’île de Bakassi et les liens économiques entre les économies restent limitées. Le conflit a été résolu dans un règlement pacifique et diplomatique ouvrant ainsi la possibilité d’accroître les liens économiques et commerciaux entre les deux pays en supprimant les obstacles avec des procédures commerciales transparentes, en luttant énergétiquement contre la sécurité maritime et la piraterie dans le Golfe de Guinée, et stoppant urgemment l’insurrection Boko Haram. Une réévaluation des expériences, défis et opportunités en matière d’intégration et de coopération régionales dans la sous-région Afrique centrale doit prendre en compte la nature et le nombre des structures communautaires existantes et la place du Nigeria en tant que première puissance économique en Afrique dans le cadre par exemple d’une Communauté Économique des États du Golfe de Guinée (CEEGG), une structure à cheval entre la Communauté économique des États de l’Afrique de l’Ouest (CÉDÉAO), la Communauté Économique des États de l’Afrique Centrale (CEEAC) et  la Communauté Économique des États de l’Afrique Centrale (CEMAC). Il faut rapidement concrétiser les souhaits du Président Biya que la récente visite du Président Buhari au Cameroun serve « à une dynamique nouvelle dans la relation économique entre nos deux pays pour plus de solidarité et de complémentarité » dans le but de promouvoir une grande fluidité d’échanges et plus de joint-ventures entre les opérateurs économiques des deux pays et de développer encore plus de projets transfrontaliers d’intérêt commun.

Deuxièmement, les pays africains qui connaissent un boom économique sans précédent sont ceux qui prennent une part de plus en plus active dans le commerce intercontinental et mondial. Ces nations ont la capacité à pouvoir tirer profit de l’économie de la connaissance, à intégrer leur diaspora dans la réflexion sur le destin national, ou à investir massivement dans l’acquisition de technologies de pointe (énergies renouvelables, télécoms et services connexes, TICs, etc.). Ces pays ont aussi profondément réformé les secteurs de l’énergie et des télécommunications y compris les structures nationales de régulation (ANTIC, ART, ou ARSEL) et opérationnelles (CAMTEL, ENEO, etc.). Voici quelques exemples d’infrastructures à valeur ajoutée à copier et dont suggère le FMI.

Enfin, les résultats en matière de lutte contre la corruption au Cameroun sont mitigés : ils se résument surtout à la mise à jour des législations nationales et des cadres légaux pour être en conformité avec les conventions et mécanismes de surveillance anti-corruption internationaux. Le fait que la corruption soit endémique et a imprégné tous les aspects de la vie nationale pendant une longue période, demande une nouvelle approche multidimensionnelle qui impliquerait à la fois des mesures réactives et proactives pouvant offrir les meilleures chances de ramener la corruption sous contrôle. Cette stratégie devrait inclure des réformes structurelles, une plus grande transparence dans la gestion des affaires publiques, une révision de nos rapports avec nos partenaires bilatéraux et multilatéraux, et une coopération efficace entre les agences de lutte contre la corruption.

Les insuffisances du dispositif anticorruption et les difficultés pour la mise en œuvre de ce dispositif peuvent se décliner par un manque de volonté politique malgré les déclarations d’intention ; une prévention de la corruption inefficace avec la création du Ministère des marchés publics et une ARMP inopérante ; la non-ratification de la Convention de l’Union Africaine ; la non transposition des dispositions de la Convention des Nations Unies contre la corruption dans le dispositif juridique national même avec la création de la CONAC dont l’action est plombée par l’Opération Épervier qui est plutôt perçu comme un instrument politique; un cadre juridique non adapté : la création de la TCS étant perçu comme un aveu d’échec de la justice; l’absence de coopération judiciaire au niveau national et communautaire et le manque de coordination entre les acteurs nationaux anticorruption ; le manque de méthodes de gestion et d’outils modernes (au sein de l’ANIF notamment) permettant une lutte efficace contre la corruption et la malgouvernance ; une politique de renforcement est balbutiante, dispersée et mal adaptée aux besoins réels ; et enfin un nécessaire retour à nos valeurs culturelles et sociales et renforcement des cours de civisme à l’école.

[1] Acronyme de Rassemblement démocratique du peuple camerounais (RDPC), parti au pouvoir au Cameroun qui est issu de l’Union nationale camerounaise (UNC), ancien parti unique fondé par le premier Président Ahidjo. L’UNC a dominé la vie politique au Cameroun de 1960 à 1984 avant d’être rebaptisée RDPC en 1985 par l’actuel président Paul Biya.

[2] Accessible sur le site: http://francais.doingbusiness.org/rankings.

[3] Pour plus de détails sur ces détournements, lire l’analyse d’Edouard Kingue du 27 Septembre 2012 dans le journal camerounais, Le Messager.