MONUMENT UM NYOBE A NJO-NJO : QUELLE IDÉE LOUFOQUE DE CEUX QUI ONT CHOISI LE SITE DU PROJET !

Il devient pratiquement impossible de s’exprimer sur tous les événements à la fois tragiques et comiques qui se déroulent actuellement dans notre triangle national en crises.

Crise anglophone qui montre la bêtise Camerounaise à accepter une sale guerre que même le dernier des « petits pays » dans le monde pouvait éviter ; crise de tribalisme politique au regard des échanges et propos virulents sur les réseaux sociaux entre sympathisants et/ou membres des partis/mouvements politiques nationaux ; crise dans la gestion des biens publics avec ces gouvernements entiers et anciens grands dignitaires incarcérés dans nos prisons ; crise dans la gestion des processus électoraux dont la dernière actualité,  animée par le Ministre Babale, DG d’Elecam, en est l’illustration la plus significative ; crise dans la gestion du patrimoine culturel national et l’absence de l’élaboration d’une politique touristique dans une économie camerounaise balbutiante ; etc., etc.

Fort heureusement, la destruction ce matin par les Chefs Douala du lieu de construction du Monument UM NYOBE n’est pas une crise en soit, malgré le folklore du moment et le message extrêmement inquiétant attribué au Canton Bell dont la pudeur m’empêche de reproduire ici.

Il faut plutôt blâmer, à défaut de s’en moquer, ceux qui, par ignorance atavique et étroitesse d’esprit, ont eu l’idée saugrenue d’ériger le Monument Um Nyobe dans ce petit espace qu’est le carrefour Njo-Njo.

Mpôdôl Um Nyobe, – à l’instar de tous ses camarades de lutte, nos Héros Nationaux et Africains -, est l’Espace, la Grandeur, l’Intelligence, le Rêve, le Courage, le Prestige, la Beauté, l’Amour, la Vision, le Leadership, ou le Panafricanisme. Et parce qu’il est tout cela à la fois, tout projet qui consistera à vouloir le dénigrer sera vouer à l’échec. Telle est l’interprétation que l’on doit faire des actes totalement inutiles les Chefs Douala hier matin, le 26 mai 2018.

L’Esprit de Mpôdôl a poussé nos frères, les descendants du Canton Bell, à saccager ce projet superflu pour les raisons suivantes.

  • La première est liée à l’absence de la gestion du patrimoine culturel national.

La gestion du patrimoine culturel est une action complexe, comprenant des activités visant à la conservation, la connaissance et la mise en valeur du patrimoine culturel.

Ces dernières années, plusieurs bonnes pratiques de gestion sont proposées et mises en œuvre dans plusieurs pays. Les organisations internationales jouent, elles aussi, un rôle très important, tout en proposant un cadre de normes, conventions et formes de partenariats visant au développement de la culture. L’arrivée dans le secteur de grands groupes du domaine numérique et informatique est le signe d’une véritable révolution en cours. Bref, la culture participe depuis la nuit des temps à l’image d’un pays (un territoire ou une ville) et à son attractivité.

Cela implique de nouveaux défis, ainsi que d’importantes opportunités pour les acteurs de la gestion du patrimoine culturel. Malheureusement au Cameroun, l’on peine à comprendre que nos Héros Nationaux, en l’occurrence Mpôdôl Um Nyobe, constituent les moteurs de notre patrimoine culturel. C’est honteux !

  • La deuxième raison est liée à l’absence de l’élaboration d’une politique touristique dans une économie camerounaise balbutiante.

L’énoncé de quelques chiffres (disponibles dans tous les documents officiels) permet de donner une bonne idée du poids insignifiant du secteur touristique dans une économie camerounaise moribonde. L’analyse de toutes les politiques et stratégies nationales de développement montrent une absence de compréhension de la notion de « produit touristique », et un manque de réflexions relatives à la délimitation des concepts de « valeur touristique » et de « création de la valeur touristique ». Ces « stratégies » montrent qu’il n’y a malheureusement aucune réflexion sur la pertinence du mécanisme de formation de la valeur touristique qui reposerait traditionnellement et premièrement sur des Monuments prestigieux de nos Héros Nationaux.

Dans cette logique, il est facilement compréhensible qu’un pays qui a été incapable de partager le rêve du Mpôdôl par rapport à l’indépendance et l’émancipation réelles de ce pays, ne puisse également pas bénéficier de son aura culturelle et touristique. En fait, la culture et le tourisme sont aujourd’hui reconnus comme moteurs du développement économique et territorial à part entière.

L’image du Mpôdôl et ses Monuments doivent être considérés comme un nouveau capital inhérent à l’économie d’un Cameroun à réinventer. Bien plus, le rôle et la place des Monuments des Héros Nationaux et Africains sont des facteurs importants et déterminants dans la formulation d’une nouvelle forme de l’État de ce pays notamment la recomposition et le développement des régions, dont celle de la Grande Sanaga Maritime.

  • La troisième raison est liée à l’histoire glorieuse du peuple Bassa et l’avenir de la Grande Sanaga Maritime

Le peuple Bassa ne saurait s’offusquer des « Bitába », des « futilités », ces non-évènements qui n’enlèvent en rien notre passée glorieuse, notre courage et esprit de sacrifice dans une fraternité pure et sincère et notre vision (la renaissance d’un rêve comme le suggère Odile Tobner, la veuve de Mongo Beti !) pour l’avenir de ce pays.

Fraternité nationale à travers l’hospitalité offerte jadis aux Douala renforcée par le pacte spirituel Massosso ma Nyambe ; l’esprit de sacrifice et d’entraide avec les Bamilékés, nos frères d’armes au maquis ; ou l’intégration réussie chez les anglophones quand nous fûmes traqués par les colons français et leurs dikôkôns nationaux. Fraternité régionale et internationale à travers des multiples réseaux (Algérie, Indochine, etc.) soutenant notre noble idéal : l’émancipation totale du Kamerun !

« Di nlôl likôl », comme vous le savez, « nous venons de l’orient ». Ce qui signifie que nos ancêtres partirent un jour (an 1250 av J-C) d’un point quelconque du globe situé à l’orient géographique pour se retrouver aujourd’hui au Cameroun, Ghana, Nigeria, Liberia, Kenya, Éthiopie, ou l’Égypte.

Ici comme ailleurs, le Monument Um Nyobe trouverait bien une place digne de son illustre Héros !

Au Cameroun justement, l’espace résidentiel des Basaa est les régions du Littoral, Centre, Sud et le Sud/Nord-Ouest. Bien plus, avec nos frères Mpoo et Bati, nous formons cette Grande Sanaga Maritime composée de six (6) grandes familles (de 137 petites entités) dont l’une, la grande famille Nsa’a (Bassa ba Douala) occupe le plus grand espace de vie dans la ville de Douala. Dans un Cameroun reconfiguré, La Grande Sanaga Maritime serait, à n’en point douter, l’une des plus grandes régions de ce pays !

Pourquoi donc s’offusquer des propos et des actes aussi abjects que tribalistes déjà connus par nos ancêtres, ces « détribalisés » avaient honorablement dominés comme le montre cette pédagogie politique sur le tribalisme du Mpôdôl professée à André-Marie Mbida le 13 juillet 1957 ?

La future statue du Mpôdôl UM Nyobe

Um Nyobe, Lumumba, Nkrumah ou Mandela appartiennent à cet espèce rare des prestigieux leaders Africains. Saisissons donc les codes du Mpôdôl qui a voulu nous montrer, à travers nos frères Chefs Douala, qu’il est toujours parmi nous et ne pourra se satisfaire des frivolités, ce genre d’initiatives inutiles car sans valeur économique, culturelle et/ou touristique.

La future statue du Mpôdôl Um Nyobe sera à l’image de celle de Nelson Mandela que j’ai visitée récemment (voir photo). La statue de Nelson Mandela est une sculpture située à Pretoria, la capitale d’Afrique du Sud, dans les jardins en contre-bas des Union Buildings, le siège du gouvernement sud-africain. Elle rend hommage à Nelson Mandela (1918-2013), symbole de l’opposition à l’apartheid et premier président noir d’Afrique du Sud (1994-1999). De neuf mètres de haut pour 4,5 tonnes de bronze, la statue représente Nelson Mandela souriant, en chemise, les bras ouverts, semblant accueillir la foule dans une pose rappelant la statue du Christ-rédempteur de Rio de Janeiro. La sculpture a coûté environ 400 000 000 FCFA.

Ce n’est donc pas un projet pour un carrefour. Ce qui se passe à Njo-Njo, c’est tout simplement les « Bitába ».

Mpôdôl est mort, Um Nyobe est vivant !
Vive Um Nyobe et tous les Héros Nationaux et Africains!

Nkom, le 27 mai 2018

Dr. Alain Nkoyock
Écrivain, Universitaire et Diplomate

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