Regards sur l’informatisation du système électoral camerounais: Article publié en Août 2004 dans le journal Le Messager “Sous la chronique d’Alain Nkoyock”

S’il y a un sujet qui anime continuellement l’actualité au Cameroun ces derniers mois, c’est bien celui relatif à l’informatisation du processus électoral avant la prochaine élection présidentielle, prévue en octobre 2004. La revendication a atteint son apogée avec les fameuses « marches de Mardi », organisées par la Coalition pour la réconciliation et la reconstruction nationales (Cnrr). Mais, dans ce débat, il ne faut pas se tromper. L’enjeu n’est pas uniquement lié à la prochaine élection présidentielle, comme semble le soustraire l’opinion publique. Au-delà de la dimension politique liée à cet exercice, les contraintes identifiées pour l’informatisation du fichier électoral, qui n’est qu’un document parmi les milliers de fichiers administratifs susceptibles d’être automatisés et interconnectés, vont se répéter de manière récurrente, tout au long de l’odyssée vers une administration électronique camerounaise citoyenne. Il est donc impératif dès maintenant que chacun s’informe, réfléchisse et agisse pour que cette administration électronique soit effective au Cameroun.

Par le hasard du calendrier et à cause des passions liées à tout débat politique, un ouvrage et quelques contributions dans les médias nationaux – compilées avec maestria par les techniciens de Camerounlink.net –, permettent de saisir l’ampleur du problème.

La première est signée du documentaliste Victor Kamto. Dans sa contribution très controversée du 08 juillet 2004, L’informatisation du fichier électoral est un leurre, Victor Kamto a montré le lien très étroit entre le fichier électoral et divers autres documents administratifs, à l’exemple des faits d’état civil, le certificat de nationalité, la carte d’identité nationale, le certificat de domicile, etc. Au-delà de la conclusion un peu hâtive de Kamto et un argumentaire contradictoire, qui lui ont d’ailleurs valu des critiques assez acerbes de la part de la communauté des informaticiens camerounais notamment ceux de la diaspora, cet archiviste documentaire a senti que le registre électoral n’est qu’une source de données secondaire et que la non viabilité des données d’un système électoral provient de la quasi impossibilité de la maîtrise par les autorités des évolutions démographiques dans le pays.

Le papier, C’est une opération simple, du 16 Juillet 2004 de Félix Pene, spécialiste des nouvelles technologies,  tout en s’offusquant des conclusions de la sortie de Kamto et donc en supportant et en simplifiant l’opération de l’informatisation du fichier électoral, indique que si le fichier de la carte d’identité nationale informatisée est fiable, il devrait permettre de faciliter au-delà du fichier électoral, le fichier sécuritaire, sanitaire et même démographique du pays. Même si nous ne sommes pas d’accord avec les éléments discriminants identifiés par Félix Pene qui permettent de distinguer le fichier électoral des autres, à savoir l’aire géographique à couvrir et la quantité des données à saisir dans la base de données ; et même si nous sommes beaucoup moins d’accord avec ses solutions conceptuelles, son article a le mérite de dire que l’informatisation du fichier électoral répond au même schéma que l’informatisation de tout type de fichier. D’ailleurs, on n’est pas obligé d’adhérer à sa réflexion pour l’apprécier.

Le président Saidou Maïdadi Yaya, de l’Alliance des forces de progrès (Afp), tout en s’inquiétant, le 20 Juillet 2004 dans Biya veut repousser la présidentielle, des conditions de l’authenticité et de la sécurité des données à saisir dans le système automatisé — deux obstacles dont les solutions sont politiques et techniques–, pose deux problèmes fondamentaux : (i) l’institution chargée d’informatiser le fichier électoral : qui doit informatiser ? (ii) l’informatisation des listes électorales doit être intégrée au recensement général de la population. Laissons de côté le débat de la gestion du processus électoral par un organe indépendant et de la capacité opérationnelle de ce dernier à gérer un projet si complexe comme celui lié à l’informatisation du fichier électoral. Laissons tout aussi de côté le débat sur le suffrage obligatoire ou l’électorat-droit cher au Pr. Mouelle Kombi, qui réglerait selon lui en partie le problème d’inscription sur les listes électorales. Les questions soulevées par le président Yaya, relancent le débat de l’opérationnalisation d’une agence, comme l’Agence nationale des Ntic (Antic), censée coordonner le processus d’appropriation des technologies de l’information et de la communication au Cameroun et de s’assurer de l’interopérabilité des systèmes informatiques.

L’argumentaire du ministre d’Etat chargé de l’Administration territoriale et de la décentralisation, Marafa Hamidou Yaya, à l’émission « Dimanche Midi » de la Crtv du 11 juillet dernier, était essentiellement basé sur la difficulté de mobiliser les ressources financières qu’exige le projet d’informatisation du fichier électoral. Ce n’est pas nouveau, on le sait. Mais il est allé, cette fois, plus loin. Le Minatd, en s’appuyant de manière sélective il est vrai, sur l’un des succès de librairie de ces cinq derniers mois, l’ouvrage collectif que j’ai eu l’honneur de diriger, comprend que l’informatique doit être considérée comme un catalyseur des changements organisationnels.

Cet ouvrage, qui traite des questions de l’informatisation des systèmes électoraux africains, et dont les exemples sont en majorité liés au processus électoral camerounais, montre que le Cameroun ne sera une cyber-société que quand les solutions aux problèmes seront pensées de manière globale, suivant un plan défini, un échéancier clair et non sur un base ad hoc.

Auteur (sous la direction) de l’ouvrage intitulé : « Problématique de l’informatisation des processus électoraux en Afrique », L’Harmattan, 379 pages, 16×24, Avril 2004, 31€.

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