Renseignement criminel et compétitivité des économies africaines : L’approche du CAVIE

D’après le rapport sur la compétitivité en Afrique 2015, l’Afrique a enregistré une croissance supérieure à 5% en moyenne, une main-d’œuvre de plus en plus abondante et l’émergence d’un vaste marché de consommation offrant des opportunités de croissance supplémentaires au cours des 15 dernières années. Ce rapport est le fruit de la collaboration entre le Forum économique mondial, la Banque internationale pour la reconstruction et le développement/Banque mondiale, la Banque africaine de développement et l’Organisation de coopération et de développement économiques.

Les conclusions de ce rapport se rapprochent de celles de la plupart des analyses sur l’évolution de l’Afrique, louée comme le prochain continent émergent. Certains experts prédisent qu’au cours des cinquante prochaines années, l’Afrique aura toutes les chances de réaliser son ambition de créer une zone économique dynamique, diversifiée et compétitive avec une évolution démographique supérieure à celle de la Chine ou de l’Inde, trois fois supérieure à celle de l’Europe[1]. D’autres estiment que le potentiel en ressources naturelles du sous-sol de l’Afrique sera à l’origine d’investissements et les sociétés africaines pacifiques, stables et dynamiques ne connaîtront plus l’extrême pauvreté[2].

Dès lors, que faire pour que certains éléments de cette tryptique (croissance, ressources naturelles et évolution démographique) soient moins une source de tension mais plus une opportunité pour les Africains au détriment des pays riches qui chassent en meute nos richesses? Comment  renforcer la compétitivité des économies africaines en privilégiant une approche intégrale et intégrée fondée sur des données factuelles du renseignement criminel? Voilà les enjeux et la dimension du combat qui attendent les Africains dans les années à venir.

Le 4e forum des marchés africains émergents qui s’est achevé le 22 juin 2013 à Abidjan, a endossé la vision 2050 pour l’Afrique[3], élaborée en réponse à une demande de la 5e réunion ministérielle conjointe de l’Union Africaine et de la Commission économique des Nations Unies pour l’Afrique tenue en mars 2012.

Les participants à cette réunion conseillaient aux États africains de créer les conditions d’une croissance soutenue en mettant de l’ordre dans leur situation macroéconomique. Pour eux, nos gouvernements doivent suivre les politiques raisonnables et procéder à d’importantes réformes structurelles pour susciter une augmentation des flux d’aide, bénéficier d’allègements de la dette, et libérer nos propres ressources. Ces progrès pourront aboutir à la création d’un espace budgétaire grâce auquel les pays peuvent accroître leurs dépenses sociales et leurs investissements, en particulier dans les infrastructures et les services comme  les télécommunications, ce qui contribuera à rehausser le rythme de la croissance économique. Ils conseillaient aussi aux pays Africains d’accroître leur production agricole pour assurer une croissance plus solidaire, dont les bienfaits seront partagés de façon plus équitable entre tous les segments de la population, y compris les plus pauvres.

La réalité est que la décennie de croissance économique a beaucoup moins réduit la pauvreté en Afrique subsaharienne que dans le reste du monde. Le tiers des habitants du monde, en situation d’extrême pauvreté, vivant avec moins de 1,25 dollar par jour sont actuellement concentrés dans cette région, contre 11% il y a trente ans ; soit plus de 400 millions de personnes !

La quasi-totalité des pays africains ayant mené des études nationales de perspectives à long terme ont identifié la compétitivité comme une question stratégique clef dans le contexte actuel. Un contexte marqué par l’avancée significative de l’économie de marché et de l’idéologie libérale, l’émergence de pays nouvellement industrialisés, la mondialisation des échanges, la constitution de blocs économiques et régionaux, le Brexit et la remarquable accélération des innovations technologiques. Ces transformations touchent directement les pays africains qui doivent trouver des réponses appropriées pour que leur croissance économique et leurs ressources naturelles du sous-sol soient bénéfiques à ces millions de jeunes Africains annoncés en 2050.

Faute de quoi, l’Afrique sera très mal partie ou plutôt en danger car le risque est grand que sa jeunesse soit exclue du marché du travail et de l’économie structurée, avec pour résultante un chômage croissant. La croissance, elle-même, pourrait devenir une source d’instabilité (comme les ressources naturelles du sous-sol le sont déjà !) sans les voies et moyens de la rendre inclusive.

À l’aube des « Trentes Glorieuses » de l’Afrique, il y a certes beaucoup d’améliorations à apporter dans plusieurs domaines notamment la démocratie, la gouvernance, le leadership, l’intégration et de coopérations régionales, ou l’engagement de la diaspora pour le développement du Continent. C’est tout aussi vrai qu’à travers la Françafrique, l’ensemble des relations personnelles, des mécanismes politiques, militaires et culturels permettent à la France de continuer à piller ses anciennes colonies et d’autres pays africains. A l’instar du franc CFA, qui est toujours un outil de contrôle politique et économique de la France sur les pays africains de la zone franc.

Incontestablement, l’Afrique devra surmonter de multiples obstacles pour mettre à profit ce potentiel. Pour que sa croissance puisse être plus équitable et bénéficier à un plus large pan de sa population, il faut que les pays africains passent à des activités à plus forte valeur ajoutée, qui créeront des emplois de qualité pour leur population, de plus en plus nombreuse, et qui jetteront les bases d’une croissance soutenue. L’Afrique dispose de tous les ingrédients nécessaires à cette fin, et les décisions prises et les actions engagées aujourd’hui détermineront sa capacité à atteindre un niveau de prospérité plus élevé et accroître sa compétitivité.

Par une analyse détaillée des problèmes de compétitivité auxquels il est urgent de remédier, le renseignement criminel assorti d’une boîte à outils faite de veille technologique, économique, scientifique… mais aussi d’influence pourra aider à lever les obstacles et les difficultés qui empêchent les économies africaines d’exploiter tout leur potentiel.

C’est cet état d’esprit soldé par une politique affirmée que promeut le Centre Africain de Veille et d’Intelligence Économique en abrégé (CAVIE). L’honneur m’échoit  de proposer, dans le cadre de la plateforme du CAVIE, un modèle qui sustenterait des notes mensuelles sur le rapport du renseignement criminel à la compétitivité des économies africaines à travers un ensemble d’études stratégiques et internationales en tenant compte des facteurs endogènes et exogènes qui ont des effets sur ces économies.



[1] Lire le rapport des Sénateurs Jeanny Lorgeoux et Jean-Marie Bockel intitulé « L’Afrique est notre avenir »;  http://www.senat.fr/rap/r13-104/r13-1041.pdf.

[2] Banque africaine de développement; « L’Afrique dans 50 ans vers une croissance inclusive», Aout 2011.

[3] Lire le rapport « Afrique 2050 : Réaliser tout le potentiel du Continent »