Brexit: premières leçons pour les panafricanistes!

Tous les analystes s’accordent à dire que le Brexit est une protestation contre la gestion européenne de la crise migratoire et les institutions de l’Union européenne (UE). Deux enseignements peuvent être tirés par les panafricanistes du Brexit: a) l’irresponsabilité et l’iniquité intergénérationnelles, conséquences d’une crise du leadership politique au sein de l’UE et b) les limites de la supranationalité.

Comment se pose la question de l’irresponsabilité et de l’iniquité intergénérationnelles dans sa dimension du leadership politique européen? Le rapport entre générations paraît présentement susciter peurs, inquiétudes, doutes, légèretés et irresponsabilités. Celles-ci s’inscrivent dans l’émergence d’une conscience temporelle d’origine lointaine dont les prémices sont à chercher dès le début des crises politiques au Golfe persique de 1990-1991 suivies par les destructions de la Libye et les conflits en Syrie et en Afrique subsaharienne.

L’irruption en 2014 de l’Organisation de l’État islamique, obsédée par la revanche de l’islam sunnite en Irak et au Proche-Orient, et ses démembrements (Boko Haram, Chabab, etc.) en Europe et en Afrique, est la conséquence directe d’une série de mauvaises décisions politiques dont le Brexit du 24 juin 2016 (un choix faiblement majoritaire de 51,89% décidé par la partie vieillissante du peuple britannique) n’est que le début du chaos marqué par ces temps d’inquiétude, de fortes turbulences, de recompositions démographiques et géopolitiques.

Selon les estimations des différents instituts de sondage, 75% des 18-24 ans se sont prononcés pour que leur pays ne quitte pas l’Union européenne. Chez les 25-49 ans, ils étaient 56% à vouloir rester. Et plus les Britanniques vieillissent, moins ils sont en faveur du maintien dans l’Union européenne. 56% des 60-64 ans ont voté pour la sortie du Royaume-Uni. Pour les plus de 65 ans, ils sont 61%.

Vraisemblablement, une des causes de ce clivage, et peut-être la plus importante, est que les jeunes n’ont pas connu leur pays en dehors de l’UE et ne l’imaginent pas ou mal. Quant aux aînés, ils ont connu leur pays avant cet « amalgame » à l’Europe et cette perte de souveraineté, et donc ont plus de raisons d’être nostalgiques de celle-ci. Et peut-être aussi un besoin d’identité plus fort, ou de la retrouver.

Le vrai problème de l’Union européenne, c’est que les classes politiques en place dans les différents pays qui la constituent ont renoncé à construire une nation européenne pour les générations futures, préférant mettre en avant les maigres bénéfices économiques ou pratiques immédiats qu’elle pourrait apporter.

À rebours de toutes les vaines ruminations sur l’essence du leadership à travers les âges, un des acquis des meilleurs travaux abordant la question du leadership politique, est de sortir d’une vision de la société fondée sur la domination inéluctable des élites sur les masses, élites qui utiliseraient pour cela des techniques universelles, en gros celles subsumées par Machiavel sous des figures diverses, à savoir un mélange de peur, d’inquiétude, de menace, de ruse, d’escroquerie, de séduction et de récompense. Cette observation est valable dans tous les pays y compris africains !

Le Brexit a mis aussi à nu les limites de la supranationalité de certaines institutions bruxelloises au sein de l’UE puisque sa structure institutionnelle, depuis le traité de Lisbonne, est en partie supranationale et en partie intergouvernementale.
On croyait que l’entrée en vigueur de ce traité le 1er décembre 2009 a mis fin à la Communauté européenne (CE) en tant qu’entité juridique, sa personnalité juridique étant transférée à l’UE qui en était dépourvue jusque-là. Car, la CE était une organisation totalement supranationale réunissant la plupart des États européens et caractérisée par des transferts de compétence importants consentis dans de nombreux secteurs par les États membres.

La question qui se pose maintenant pour les Européens est la suivante : est-ce qu’il est vraiment souhaitable de construire une « nation » européenne ? N’est-ce pas plutôt là où le bât blesse, à savoir que les gens attachés à leur identité ne veulent pas la perdre et souhaiteraient une « Europe des nations », soit un système fédéraliste où les cultures, les sensibilités, les propriétés de tout un chacun soient respectées, tout en créant un « projet commun » respectueux de ces éléments ?

Les historiens se rappelleront que les Africains ont eu à gérer la même problématique avant la création de l’OUA : Le groupe de Monrovia mené par Senghor avait imposé aux partisans du fédéralisme (groupe de Casablanca) conduits par Nkrumah cette vision d’une “Afrique des États”.

Pour nous les Africains, le Brexit permet de comprendre que l’analyse de la nature de l’Union à travers le prisme de l’Etat panafricain passe nécessairement par l’étude des compétences (politique étrangère, sécurité commune ou politique monétaire) et des structures institutionnelles (confédération, fédération, organisation internationale ou supranationale, etc.) de celle-ci.

L’aventure d’une Afrique unie (sous le format de Nkrumah ou celui de Senghor) ne se poursuivra qu’avec l’émergence d’une nouvelle génération des Hommes d’Etats (à la trempe de Nkrumah ou Nyerere) qui remplaceraient les leaders politiques de pacotille actuels de la plupart des capitales du continent! Dès lors, les citoyens africains devront comprendre les enjeux de ce magnifique projet du 25 mai 1963 et s’y impliquer le plus possible. Il appartient donc à l’intelligentsia africaine que nous sommes de susciter le débat, d’interpeller leurs dirigeants politiques et d’expliquer les tenants et aboutissants de cette aventure à nos concitoyens.

L’Union africaine, comme l’Union européenne, se construira dans le respect des spécificités de chacun et de l’identité nationale de chaque peuple, voire de chaque nation. Tout système trop « directif », qui ne tient pas compte des peuples, finit par s’autodétruire, ou imploser!

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