La mobilisation efficiente de la diaspora est un facteur de développement indéniable

Préface par Théodore Nkodo Foumena

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Dans le contexte de la mondialisation qui a cours actuellement, le débat sur la place et le rôle de la diaspora sur l’échiquier national revêt une importance réelle dans tous les pays, notamment ceux dits intermédiaires ou moins avancés, qui sont en quête permanente de solutions susceptibles d’impulser avec efficience le développement. Ce débat ne devrait laisser insensible aucun patriote.

Aussi, ai-je marqué mon accord à la sollicitation de rédiger la préface du présent ouvrage, avant même de l’avoir lu. Après lecture et sans nécessairement être d’accord avec certaines opinions émises ici et là, il me plaît de constater que l’ouvrage  Diaspora camerounaise : En dehors de l’Etat, au sein de la nation, est une contribution sérieuse à l’amplification du  dialogue sur cette thématique dans notre pays.

De prime abord, il est significatif de relever qu’à ce sujet, toutes les organisations continentales et internationales sont unanimes pour souligner que la mobilisation efficiente de la diaspora est un facteur de développement indéniable, auquel il convient de consacrer une attention et des moyens accrus. Le Cameroun, malgré ses spécificités et sa démarche propre, ne peut se soustraire à cette évidence, sans se pénaliser substantiellement, ceci d’autant plus qu’il est crédité d’une diaspora qualifiée, dynamique et diversifiée, dont il est en droit de tirer avantage.

À trop se focaliser sur les questions de nationalité et d’élections, il était à craindre que le débat fût réduit à des considérations politiciennes qui, certes, sont importantes, mais demeurent néanmoins réductrices d’une problématique qui mérite d’être correctement appréhendée et traitée dans sa globalité, pour escompter in fine, un impact appréciable sur le devenir du pays.

Le présent ouvrage vient opportunément enrichir et élargir cette thématique aux aspects de développement, d’une part, et mettre à la disposition de l’opinion publique, des données et des pistes de réflexion sur les solutions possibles aux problèmes qui se posent dans certains domaines de la vie de la nation, d’autre part. Il s’agit assurément d’une illustration objective et frappante du potentiel remarquable que représente la diaspora camerounaise.

La description qui est faite de ladite diaspora, caractérisée par une insuffisance organisationnelle, doublée de l’inexistence de données statistiques fiables, invite à l’urgence de poursuivre avec volontarisme au niveau interne, sa structuration. Il s’agit d’aller vers plus d’efficience, la globalisation des moyens et, plus généralement, l’identification des actions prioritaires à mener dans l’intérêt de la nation, indépendamment des contingences du moment. Sur ce plan, vu l’importance des moyens nécessaires pour mener certaines actions à bien, il peut être utile de solliciter les concours qu’offrent les partenaires multilatéraux au développement, pour appuyer les initiatives porteuses dans ce domaine. Une telle évolution, en mettant la diaspora en phase avec ses capacités réelles, augmentera sa crédibilité et facilitera l’instauration d’un partenariat aussi inéluctable que bénéfique entre les institutions et  la nation entière.

Il semble désormais admis au Cameroun, que la diaspora a une place et un rôle à jouer sur l’échiquier national. Cette donne est une évolution qu’il convient d’encourager et dont il faut tirer parti, tout en poursuivant une réflexion hardie sur les voies et moyens adéquats pour aller de l’avant, de manière optimale. Dans cet ordre d’idées, les efforts d’ouverture déjà engagés par le gouvernement méritent d’être salués, mais ils gagneraient à être accentués, tout en veillant à la mise en application effective des décisions annoncées.

Par ailleurs, la création au sein de l’administration étatique d’une interface unique, identifiable et outillée de manière conséquente, dédiée à la diaspora, apparaît être une nécessité. Une telle décision serait un signal fort de la volonté politique maintes fois affirmée, d’ouverture du chantier de la construction nationale à toutes les bonnes volontés. Elle faciliterait aussi, sans nul doute, une meilleure mobilisation et le suivi des contributions multiformes de la diaspora. Compte tenu du contexte historique spécifique ayant conduit à l’adoption des réglementations en vigueur dans ce domaine, l’intégration de la diaspora «au sein de l’Etat » ne peut être qu’un processus à inscrire dans la durée. Son rythme de mise en œuvre est fonction de la maturation d’un climat de confiance à construire méthodiquement, non seulement entre la diaspora et les Institutions, mais aussi entre celle-ci et les leaders d’opinion, la Société Civile et l’intelligentsia résidant au Cameroun. Cela ne doit pas surprendre, ni être un facteur rebutant.

C’est le lieu de saluer la deuxième originalité de l’initiative prise par les auteurs du présent ouvrage, à savoir, l’organisation au Cameroun des Conférences Académiques Bénévoles Annuelles ouvertes aux étudiants des universités et grandes écoles nationales. Cette action aura sans nul doute, en cas de mise en œuvre réussie, des résultats significatifs à moyen et long terme, sur la prise de conscience collective de la nécessité d’associer pleinement la diaspora aux affaires de la nation. Pour ce faire, il importe que lesdites conférences soient ouvertes, sans exclusive, aux autres cibles citées plus haut, y compris les décideurs politiques. De plus, il est souhaitable qu’elles s’inscrivent dans une démarche intellectuelle exigeante, excluant tout amalgame nocif à un dialogue constructif et à la pérennisation de cette remarquable idée.

Ma conviction est qu’au cours des années à venir, trois sujets vont influer de manière déterminante sur le devenir de notre pays : la lutte pour éradiquer la prévarication de la fortune publique et la corruption, en vue d’instaurer une gouvernance orthodoxe ; la mobilisation de toutes les forces vives nationales, y compris la diaspora, pour faire face aux défis qui interpellent la nation, notamment pour hisser le développement à la hauteur des potentialités de notre pays ; enfin, la consolidation de la crédibilité et de la pérennité de nos institutions. L’intérêt supérieur de la nation commande que les contributions pour faire avancer la réflexion et l’action sur ces sujets, tout en étant aussi pointues et exigeantes que possible, transcendent les clivages partisans et les problèmes de personnes, pour s’inscrire dans une optique de dialogue constructif, fait d’avancées progressives, parfois audacieuses. Les auteurs de Diaspora camerounaise : En dehors de l’Etat, au sein de la nation, semblent vouloir s’engager à faire œuvre de précurseurs dans cette démarche. Cela est de bon augure.

S’agissant particulièrement de l’objectif prioritaire national de l’émergence à l’horizon 2035, les changements profonds qu’il faudra induire aux plans organisationnel, des mentalités, des valeurs, de la qualité et des méthodes de travail, enfin, les modes de financement et les expertises à mobiliser… sont tels qu’il doive être bien compris que « l’ Emergence se fera à tous les niveaux socioprofessionnels, par la volonté et l’implication de tous les camerounais, ou ne se fera pas. » Dans ce défi collectif, la mise à contribution de la diaspora est essentielle et devrait se révéler déterminante, dans bien de domainesC’est le lieu de relever que tous les pays qui sont devenus émergents (Chine, Inde, Corée du Sud, Brésil, etc.), se sont appuyés sur leur diaspora pour relever ce défi. De même, les grandes puissances, à l’instar du Japon, ne se font pas faute, chaque fois que nécessaire, de mettre leur diaspora à contribution, en lui confiant selon les circonstances, des missions de représentation ou de gestion de l’image nationale, de conseil ou de lobbying.

En définitive, si l’enjeu de l’intégration de la diaspora au sein de la nation et de l’État peut paraître crucial pour les institutions, il est assurément existentiel pour la grande majorité de nos compatriotes, confrontés aux affres de la pauvreté et soucieux d’en sortir. En s’inspirant des expériences connues qui font école en la matière, le Cameroun gagnerait à jouer avec succès cette carte maîtresse, en plus de ce qui doit  être fait au plan national, pour s’engager avec détermination dans la voie de l’Emergence.

 

UN MOT SUR LE PRÉFACIER DE L’OUVRAGE THÉODORE NKODO FOUMENA.

TedAlainTed Nkodo est Economiste. De 1971 à 1978, il travaille à la Banque mondiale où il occupe divers postes de gestion à l’Institut de Développement Economique, et dans les opérations pour les régions Afrique et Amérique centrale. En 1998, il rejoint la haute direction de la Banque africaine de développement, et termine sa carrière de fonctionnaire international au poste de vice-président chargé des opérations. Après dix années au service de la banque africaine de développement, il se porte candidat à la Présidence en mai 2005 pour succéder au Marocain Omar El Kabbaj à la tête de cette institution. Depuis 2006, M. Nkodo travaille comme consultant indépendant. Ancien Maitre de conférences à la School of Advanced International Studies (Johns Hopkins University), M. Nkodo est diplômé de Miami University (Ohio); il a également étudié à l’Université du Maryland. Ted est actuellement le Président du Conseil d’Administration de la nouvelle banque des PMEs au Cameroun.

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