De la Baule à Addis Abéba: la balle démocratique est au centre !

Le titre de cette note pouvait aussi être : Afrique : démocratie, année zéro ! Avec son discours historique devant l’Union Africaine ce jour, Barack Obama vient d’ouvrir une nouvelle ère démocratique en Afrique.

barack a l'UA

Car les progrès démocratiques en Afrique jusque-là et de manière générale pouvaient être analysés à partir de cinq grands temps forts : i) la guerre froide des années 80 marquée par les idéologies capitaliste et communiste incarnées respectivement par les Etats-Unis d’Amérique et l’Union Soviétique ; ii) les vents d’Est et l’épidémie libérale dont Gorbatchev est l’instigateur et qui a abouti à la chute fracassante du Mur de Berlin en 1989 ; iii) l’irruption des institutions financières que sont le Fonds monétaire international et la Banque Mondiale dans l’élaboration du nouvel ordre mondial, ces dernières conditionnant l’octroi de l’aide internationale par l’instauration des régimes démocratiques dans les pays bénéficiaires et enfin ; iv) le discours de François Mitterrand à la Baule lors du sommet Franco-Africain de 1990. Mais au-delà de ces facteurs exogènes, le continent africain observe dans les années 90 une dynamique démocratique interne sans précédent dont la chute de l’Apartheid en Afrique du Sud en est une des résultantes majeures sans pour autant minimiser les derniers évènements au Burkina Faso.

Les institutions démocratiques sont présentes presque partout en Afrique. Cependant, les expériences mitigées de la démocratie observées récemment dans ces pays montrent que ce processus, dont la finalité est d’approfondir la démocratie et de la rendre plus concrète, a été vide de sa substance dans plusieurs pays africains. Comment cela pouvait en être autrement dans des pays où le problème politique majeur est de concevoir un cadre qui puisse sauvegarder les équilibres savamment élaborés au temps du monopartisme tout en oubliant les fâcheuses habitudes issues des partis uniques vantés comme étant les seuls moyens de garantir l’unité nationale ? Que faire face aux velléités autocratiques de ces « pères de la Nation » qui changent comme bon leur semble la loi constitutionnelle dans leur pays ? En tout cas, les transitions démocratiques en Afrique au moyen des conférences nationales, par des élections souvent piégées, ou par les armes/rebellions ont été toutes mouvementées, plongeant encore le continent dans un long et déplorable marasme économique.

La démocratie suscite aujourd’hui en Afrique moins d’optimisme que pendant la période d’euphorie des années 90. Les nombreux pays qui ont opté pour la démocratie ont ensuite fait marche arrière, tandis que dans beaucoup d’autres, la concurrence politique est encore limitée et les violations des droits civils et politiques persistent. D’où les appels incessants de nombreux institutions et experts de tout bord à l’endroit de ces pays africains de restaurer la confiance publique dans les structures représentatives et de réduire la concentration du pouvoir politique entre les mains d’une personne en engageant les mesures adéquates. Parmi celles-ci, on note l’élaboration des vecteurs plus solides pour la participation et la représentation politiques formelles par le biais des partis politiques, des systèmes électoraux et l’organisation des élections justes et transparentes, tout en observant la limitation du nombre de mandats présidentiels.

La levée de la limitation du nombre de mandats présidentiels constitue actuellement l’objet principal de la révision de la Constitution dans la plupart des pays africains. Très controversée, considérée par les opposants comme un attentat contre la paix civile, la fin de la limitation du mandat présidentiel remet en cause l’un des acquis du néo-constitutionnalisme libéral de la décennie 1990 en Afrique et rouvre la possibilité pour ces Chefs d’État d’être indéfiniment réélu à la charge suprême.

Le Président Obama vient de montrer à ces « Présidents à vie » que l’abandon de la clause de l’alternance automatique au sommet est antidémocratique. Le discours de François Mitterrand à la Baule lors du sommet Franco-Africain de 1990 conseillait que « le vent de liberté qui a soufflé à l’Est devra inévitablement souffler un jour en direction du Sud (…) Il n’y a pas de développement sans démocratie et il n’y a pas de démocratie sans développement ». Le discours à Addis Abéba de Barack Obama devant l’Union Africaine nous rappelle qu’il n’y a pas de démocratie avec le tripatouillage de la loi constitutionnelle.

À bon entendeur, salut les révisionnistes Africains !