Comment confisquer et restituer 5,789 milliards de FCFA spoliés au Cameroun en 40 ans ?

Aside

Marafa Hamidou Yaya et Yves Michel Fotso ont été condamnés le 22 Septembre 2012 à 25 ans de prison ferme pour le détournement de 14,5 milliards FCFA débloqués par le Cameroun en 2001 pour l’achat manqué de l’avion présidentiel. Dans le cadre de la même affaire, deux autres personnes ont écopé de 15 et 10 ans de prison.

Certains camerounais sont heureux que l’Acte I de ce feuilleton  à la mafia italienne (qui promet d’être riche en rebondissements car  les accusés auraient déposé deux jours  après des pourvois en appel et en cassation pour contester la décision du juge Gilbert Schlick !) finisse enfin pour qu’ils puissent se concentrer sur des problèmes quotidiens et urgents du pays.

Avec la condamnation de la bande à Marafa, l’Opération Epervier a conduit en prison plus d’une dizaine de hauts responsables camerounais pour détournement de plus de 200 milliards de FCfa de fonds publics (pour plus de détails sur ces détournements, lire l’analyse d’Edouard Kingue du 27 Septembre 2012 dans Le Messager). Mais il faut dire que l’estimation d’Edouard Kingue ne représente que la partie visible de l’iceberg de 5,789 milliards de FCFA (minimum) spoliés au pays en 40 ans !

En effet, les flux financiers du Cameroun entre 1970 et 2008 ont atteint 5,789 milliards de FCFA, selon une étude réalisée par le programme Global Financial Integrity (GIF) du Center for International Policy, publiée en 2010. Ces estimations ont été revues à la hausse en 2011 à 10,000 milliards de FCFA grâce aux travaux de mon frère et ami Léonce Ndikumana et de son collègue James K. Boyce, deux brillants économistes de l’University of Massachusetts Amherst, dans leur ouvrage à succès Africa’s Odious Debts: How foreign loans and capital flight bled a continent. GIF a utilisé le modèle de la Banque mondiale et de la Direction de statistique commerciale du FMI pour calculer ces fuites. Si on tient compte des flux concernant les services et des manques existants (y compris les intérêts bancaires) dans ce chiffrage, la note peut encore être plus salée pour le pays.

Les capitaux fuient par divers canaux : détournement de fonds publics et de l’aide au développement, transfert clandestin des dividendes, évasion fiscale, surfacturation des produits importés, sous-évaluation des recettes d’exportation, etc.  L’ampleur de l’hémorragie financière est nettement supérieure au montant de la dette extérieure du Cameroun et de son produit intérieur brut. Tant que le pays continuera à perdre un volume aussi massif de capitaux, le développement humain et la lutte contre la pauvreté resteront un leurre !

Comment récupérer cet argent pour financer le développement du pays ?

Il faut non seulement stopper cette hémorragie dévastatrice du capital qui est essentiel pour atteindre les objectifs de développement économique et de réduction de la pauvreté au Cameroun, mais aussi et surtout avoir la volonté politique et une stratégie pour essayer de récupérer cet argent.

Il apparaît vital de confisquer et de restituer ces fonds criminels au pays spolié, qui en a grand besoin. Un recouvrement même partiel de  ces avoirs pourrait fournir les ressources indispensables au financement des services sociaux de base  ou des services d’infrastructures qui font cruellement défaut au pays. Les avoirs rapatriés permettront en quelque sorte de réparer les préjudices causés par ces criminels à col blanc composés d’anciens dirigeants et fonctionnaires corrompus, qui pour la plupart se baladent en Occident, toute honte bue, s’érigeant en donneurs de leçons  avec des spams politico-médiatiques aussi stupides que leurs forfaits.

Sur la base des calculs de certains instituts de recherche, le recouvrement de 5,789 milliards de FCFA permettrait de financer un programme complet de vaccination pour 479 million d’enfants, de fournir de l’eau sous conduite à quelque 28 millions de ménages, ou de financer le traitement pendant une année complète de plus de 67 millions de personnes vivant avec le VIH/SIDA.

La restitution des avoirs illicitement acquis a été expressément inscrite dans la  convention des Nations-Unies contre la corruption. En faisant finalement de cette problématique, un principe fondamental de ladite convention, la communauté internationale a ainsi pris la mesure des conséquences néfastes pour les pays et populations, qui sont les victimes des milliards de dollars détournés chaque année par leurs dirigeants véreux.

Consécutivement à la Convention des Nations Unies contre la corruption, un certain nombre d’initiatives ont été mises en place pour le recouvrement des avoirs volés.  L’International Centre for Asset Recovery (ICAR) de la Basel Institute on Governance, fondé en 2006, fait partie des initiatives actuelles en matière de recouvrement des avoirs volés.

En 2007, la Banque mondiale, conjointement avec l’Office des Nations Unies contre la drogue et le crime (ONUDC), a lancé le  projet StAR en vue d’aider les pays en développement à recouvrer les avoirs volés par des dirigeants corrompus, à investir les fonds restitués dans des programmes de développement efficaces, et à combattre l’existence de refuges internationaux.

Il est vrai que, une fois sortis de leur pays, ces fonds sont extrêmement difficiles à récupérer, à l’instar des procédures de recouvrement en Suisse des avoirs des ex-dictateurs, Mobutu Sese Seko de l’ex-Zaïre actuellement République démocratique du Congo (RDC) ou encore de Jean-Claude Duvalier (Haïti). Les informations détaillées sur ces procédures sont disponibles sur le site Internet de l’ICAR.

C’est la raison pour laquelle, et ce point est primordial, la prévention de la corruption par les marchés publics par exemple, parait la solution la mieux adaptée de lutte contre la corruption dans nos pays africains ! Lire sur ce point ma récente présentation du 25 Septembre 2012 à l’Académie Internationale de Lutte contre la Corruption basée à Laxenburg en Autriche disponible dans l’espace Slideshare de mon profil LinkedIn et intitulée « Prévention de la corruption par la régulation des marchés publics et le programme goPRS ».

Qui doit le faire ?

Il existe des exemples récents réussis de recouvrement des avoirs, notamment les fonds Abacha au Nigeria, les fonds Marcos aux Philippines, mais aussi au Kazakhstan ou en Angola. Les avoirs restitués servent à financer les programmes de lutte contre la pauvreté, de création d’emploi, de la promotion de la santé, de l’éducation,  de l’agriculture, des routes, ou de développement des zones rurales.

Les hautes autorités de l’Etat du Cameroun ont la responsabilité morale et le devoir républicain, dans ce cas et dans bien d’autres, de faire preuve d’une volonté politique, en saisissant officiellement les organismes cités plus haut et d’engager des procédures de recouvrement. Nul besoin de recruter d’autres escrocs internationaux, experts en tout et finalement en rien du tout, comme le fut notamment le cas des récentes velléités de Dooh Collins avec la bénédiction de l’ancien Garde des Sceaux, Amadou Ali.

Depuis 1991, suite à une décision du Conseil économique et social des Nations Unies, le détournement de fonds publics est considéré comme une violation des droits de l’homme. Les Camerounais sont privés de leurs droits, et tels que les énonce la Charte internationale des droits de l’homme, nous sommes à juste titre les victimes des pillages en règle organisés par ces « Don Vito Corleone » camerounais. Leurs pratiques nous portent un préjudice à tous, à nos enfants, à nos mamans, aux familles pauvres qui forment le groupe de populations le plus important et le plus vulnérable du pays.

Quel rôle pour l’Agence nationale d’investigation financière ?

L’Agence Nationale d’Investigation Financière (ANIF) est la Cellule de Recherche Financière du Cameroun, instituée par le  Règlement  n°01/03-CEMAC-UMAC-CM du 04 avril 2003 portant prévention et répression du blanchiment des capitaux et du financement du terrorisme en Afrique Centrale. Le décret n° 2005/187 du 31 mai 2005 la rend opérationnelle en  fixant son organisation et les modalités de son fonctionnement.

L’ANIF a comme mission principale la collecte, le traitement, le développement d’une banque de données d’informations utiles en  matière de lutte contre la délinquance financière concernant  les déclarations de soupçon, les opérations effectuées, ainsi que les personnes ayant effectué l’opération, directement ou par personnes interposées. Cette information peut être transmise, à  la demande,  aux autorités judiciaires compétentes afin d’établir l’origine des sommes ou la nature des opérations faisant l’objet de la déclaration de soupçon au titre de la répression des crimes organisés, la lutte contre  la corruption et le financement du terrorisme.

L’ANIF devrait être au centre de l’environnement institutionnel et organisationnel de la prévention et de la lutte contre la corruption et devrait travailler avec toutes les agences nationales de lutte contre la corruption, les institutions bancaires locales, la Banque des Etats de l’Afrique Centrale (BEAC) et la Commission Bancaire de l’Afrique Centrale (COBAC), les organismes sous-régionaux comme le Groupe d’action contre le blanchiment d’argent en Afrique Centrale (GABAC) et le Groupe Intergouvernemental d’Action contre le Blanchiment d’Argent en Afrique de l’Ouest (GIABA), mais aussi toutes les institutions financières dans le monde regroupées au sein du Groupe Egmont dont elle est membre.

Cette triple coopération a pour but l’échange d’informations financières afin d’aider l’ANIF dans le processus de traçabilité des fonds perdus et d’accroitre sa capacité opérationnelle en tant que principal fournisseur d’intelligence financière  aux structures en charge d’investigation, de renseignement et d’exécution de la loi.

Comme la majorité des agences d’intelligence financière dans le monde, L’ANIF doit être reformée, indépendante et dotée des pouvoirs de coercition sur  les entités déclarantes et l’obligation de résultats par rapport aux autorités judiciaires. Dans sa configuration actuelle de service public rattaché au Ministère des Finances, l’ANIF ne peut pas être efficace même si elle dispose, sur le papier, d’une autonomie financière et d’un pouvoir de décision sur les matières relevant de sa compétence. Son absence remarquée dans tous les débats et affaires de corruption en cours renforce cette appréciation. L’Etat doit urgemment reformer l’ANIF et donner enfin un début de crédibilité à la stratégie gouvernementale de lutte contre la corruption qui lui fait tant défaut avec cette Opération Epervier !

Leadership en Afrique: Le maillon manquant !

Aside

English version

Dans son récent rapport intitulé Afrique au travail: création d’emplois et croissance incluse, McKinsey Global Institute (MGI), la division recherche en business et économie de McKinsey & Company, vient de publier un article approfondi indiquant que l’Afrique est la 2ème région où la croissance est la plus rapide du monde (voir figure ci-dessus), où la pauvreté est en baisse, et où près de 90 millions de ses ménages ont rejoint la classe des consommateurs dans le monde.

Après avoir fait une première lecture le rapport de MGI, je me suis empressé, assez naïvement il faut l’avouer, de partager celui-ci sur mon profil Facebook (FB). Pourquoi ne devrions-nous pas être enchantés pour une fois de lire de bonnes nouvelles sur le développement en Afrique? Ensuite, les commentaires que j’ai reçus de mes amis FB rappelèrent le débat entre les partisans du développement économique et les défenseurs du développement humain. Oui, l’Afrique est la deuxième région au monde qui se développe rapidement; mais mes amis estiment qu’il existe une différence fondamentale entre le développement économique et le développement humain, et que les pays africains ont le plus désespérément besoin de développement humain. Pour eux, les améliorations économiques sont de moindre importance, les réalités de la vie quotidienne à Douala, Lagos, Bamako ou Maputo ne reflétant pas les résultats du MGI. Le Mozambique est l’un des pays d’Afrique avec le plus fort taux de croissance, à savoir 7% en 2010 et 7,5% en 2011 d’après le FMI. Ce pays a été classé en 2011 (lire l’article de Agnès Ratsimiala sur SlateAfrique) parmi les 10 pays ayant les plus forts taux de croissance de leur PIB réel sur trois années, en se basant sur les chiffres du CIA World Factbook, les projections du FMI, et de l’indice de perception de la corruption de Transparency International. Mais malgré cette croissance rapide, 70% de la population vit encore en dessous du seuil de pauvreté !

La Commission économique des Nations Unies pour l’Afrique (CEA) a indiqué dans son Rapport économique sur l’Afrique 2011 que les économies africaines ont rebondi après la crise qui a été provoquée par la récession mondiale. Selon la CEA, l’Afrique a fortement rebondi, passant d’un taux de croissance du PIB de 2,4 % en 2009 à 4,7 % en 2010, même si l’on a observé un ralentissement de 2,7 % en 2011, en raison notamment des troubles politiques en Afrique du Nord. La CEA a indiqué dans son Rapport économique sur l’Afrique 2012 que le taux de croissance du continent devrait atteindre 5,1 % en 2012 et rester robuste à moyen terme.

Diverses études ont montré que les mesures de la consommation réelle basées sur la possession de biens durables, la qualité du logement, la santé et la mortalité des enfants, l’éducation de la jeunesse et de la répartition du temps des femmes dans le ménage indiquent que le niveau de vie en Afrique a, au cours des deux dernières décennies, connu une croissance de plus de 3% par an. Cependant, la pauvreté persistante est une réalité pour des millions d’hommes, de femmes et d’enfants. A titre d’illustration, sur une population de 16 millions de personnes au Cameroun, 7 millions vivent en dessous du seuil de pauvreté d’un dollar par jour, 8,5 millions résident dans les zones rurales et environ 1 million vivent avec le VIH/SIDA. En Afrique du Sud, 11 millions de personnes vivent en dessous du seuil de pauvreté et près de 6 millions ont le VIH/SIDA. Au Nigeria, 110 millions de personnes sur une population de 158 millions de personnes vivent avec moins de 1 dollar par jour.

Dans son livre intitulé Complex Systems Theory and Development Practice, Samir Rihani estime qu’il ne peut y avoir de développement économique sans développement humain. Certes, il y a des millions de possibilités inexploitées en Afrique pour transformer le développement économique en développement humain. MGI a conseillé une stratégie en cinq volets visant à accélérer le rythme de création d’emplois en Afrique qui pourrait ajouter jusqu’à 72 millions de nouveaux emplois rémunérés au cours de la prochaine décennie, en augmentant la part de la main-d’œuvre à 36 pour cent! La stratégie en cinq volets conseillée par MGI est la suivante: (1) identifier un ou plusieurs sous-secteurs à forte intensité de main-d’œuvre dans un pays africain qui dispose d’un avantage concurrentiel mondial ou pourrait combler la forte demande intérieure; (2) améliorer l’accès au financement dans des secteurs cibles; (3) construire une infrastructure propre; (4) réduire la réglementation inutile; et (5) développer des compétences dans des secteurs cibles.

On peut quand même douter que la simple application de la stratégie en cinq points proposée par MGI à elle seule soit suffisante à ajouter jusqu’à 72 millions de nouveaux emplois rémunérés au cours de la prochaine décennie sans les effets positifs d’autres facteurs de développement. Les approches appliquées par le passé qui étaient impulsées par l’État et tirées par le marché, n’ont pas permis de promouvoir la transformation économique du continent. En plus, l’Afrique se heurte encore aujourd’hui à des obstacles majeurs. Pourquoi? Rihani, mais également Hernando de Soto (l’auteur de The Mystery of Capital) avant lui, ont démontré que le développement est un processus adaptatif complexe et non un processus linéaire newtonien comme présumé par erreur par divers théoriciens et réformateurs!

La linéarité est associée à l’ordre, la prévisibilité des causes liées et des effets, et aux lois universelles connues qui permettent des résultats souhaitables, pouvant être obtenus par l’application des entrées nécessaires à un système. Des paradigmes linéaires provenaient des idées avancées par des chercheurs tels que Hobbes, Descartes, Locke, and Newton. Mais l’Afrique est si complexe et imprévisible que la linéarité ne peut, dans la majorité des cas, nous aider! En Afrique, des événements triviaux peuvent amener de grands bouleversements. Une cause donnée peut conduire à plus d’un résultat, et si le processus est répété, les résultats peuvent être, et sont souvent différents.

Alors, comment pouvons-nous aider l’Afrique? L’ancien Président du Ghana, John Agyekum Kufuor, estime que “ce dont l‘Afrique a besoin, c’est le leadership. Un bon leadership. Pas n’importe quel type de leadership, mais le leadership qui a été bien préparé à diriger un développement socio-économique, qui a une vision et est imprégné d’un zèle missionnaire pour s’attaquer à la myriade de problèmes qui interpellent le continent par ordre de priorité “.

La croissance économique en Afrique s’est accélérée au cours de la décennie passée, mais le bien-être des Africains ne s’en est pas pour autant amélioré. En raison de l’absence de lien entre la croissance économique et l’amélioration du bien-être, il est urgent pour les africains d’imaginer des nouveaux modèles de leadership pour s’attaquer à la myriade de problèmes qui interpellent le continent.

Il y a une crise de leadership qui empêche la gestion du processus de développement complexe adaptatif en Afrique. Les causes de cette crise sont multiples: mentalité coloniale des Africains et tous ses corollaires, mauvaise gouvernance et corruption, mépris total de l’intérêt commun et du bien-être des populations africaines par la classe dirigeante, conflits répétés, incapacité des Africains à mettre en œuvre des initiatives louables, absence d’ intégration régionale, etc., etc.

Le genre de leadership dont l’Afrique a besoin

Les conceptions traditionnelles ou hiérarchiques du leadership sont de moins en moins utiles, étant donné la complexité de l’Afrique. Le leadership traditionnel a été interprété de diverses manières. Il fait fréquemment appel aux images de vision, de courage, d’engagement et d’action franche. Les leaders sont généralement considérés comme des personnes qui possèdent une vision claire de ce qui doit être fait et sont capables de transformer leurs visions en résultats substantiels. Le leadership est un moyen de transformation personnelle, une attitude ou un comportement particulier d’aborder la vie et d’être engagé dans un processus continu et englobant qui mène vers l’accomplissement humain.

Il y a un besoin urgent en Afrique d’un nouveau type de leadership possédant le courage et les compétences nécessaires pour construire et réinventer le continent en ces temps de changement complexe, dynamique, imprévisible et dans tous les domaines socio-économiques, politiques, et technologiques. Toute action de soutien à des initiatives ou programmes de développement des capacités de ce nouveau leadership pour le développement de l’Afrique est la bienvenue.

J’ai passé en revue les institutions existantes visant à développer les capacités en leadership de nos futurs dirigeants: ALI en Namibie, AfLI de l’Archevêque Desmond Tutu et TMALI du Président Mbeki en Afrique du Sud, pour en citer quelques-unes. L’objectif principal de toutes ces institutions est de renforcer les capacités d’un nouveau leadership africain prêt à faire face aux exigences du monde contemporain. Excellentes initiatives dans la même lignée que le Centre Colin L. Powell de leadership et de service, parfois avec les mêmes offres de formation.

Qu’est donc un nouveau leadership africain prêt à faire face aux exigences du monde contemporain?

Un nouvel état d’esprit est en train d’émerger, qui reconnaît que les questions de développement en Afrique sont trop complexes et confuses, et ne peuvent être traitées par le leadership traditionnel. Les exemples triviaux qui mettent en lumière cette complexité sont légion : corruption endémique ; inondations ; maladies ; incendies ; coupures intempestives d’eau et l’électricité même dans les capitales africaines ; ou essor des Boda-boda à Kampala, Bendskins à Douala, ou Okada à Lagos, ces motos-taxis qui représentent une réponse « par le bas » à la crise de leadership actuel.

De manière générale, plusieurs questions devraient avoir des réponses pratiques si nous voulons réussir ce nouveau pari. Ces questions sont liées  1) à l’ensemble d’actions que nous mènerons dans le contexte de la globalisation, 2) aux approches stratégiques (sans doute cross-sectorielles) dans la lutte contre pauvreté, 3) à la gestion des conflits et à la résolution et la prévention de la violence, 4) à la légitimité des institutions étatiques, 4) à un monde d’interdépendance croissante, 5) à la gestion de transformations à grande échelle, 6)  à la gestion des contradictions et des paradoxes, ou 7) à la lutte et la prévention de la corruption endémique qui mine le développement de l’Afrique.

Le nouveau leadership africain devra repenser le concept de développement et des impasses d’un processus de standardisation des sociétés en redécouvrant les styles et qualités existants dans la philosophie passée, la culture, et le comportement de l’Afrique. Le développement de l’Afrique devrait s’opérer dans un ensemble de paradigmes non-linéaires. Le développement tel qu’il est imposé aux sociétés africaines est fortement tributaire d’une culture et d’une vision du monde caractéristiques de la philosophie occidentale linéaire, la Banque Mondiale et le FMI assurant le service après-vente !.

Les résultats publiés par MGI sont certes encourageants, mais ils doivent être analysés en tenant compte des défis du développement humain, de la complexité et – pour beaucoup d’endroits – de l’environnement chaotique dans lequel nous vivons. Je suggère de relever ces défis en développant un nouveau modèle de leadership basé non sur la bureaucratie et la linéarité, mais sur la complexité.

Leadership in Africa: The Missing Link

Aside


Version francaise

In its recent report entitled Africa at work: Job creation and inclusive growth, McKinsey Global Institute (MGI), the business and economics research arm of McKinsey & Company just published a thoughtful article indicating that Africa is the world’s second-fastest-growing region, (see figure above) where poverty is falling, and around 90 million of its households have joined the world’s consuming classes.

After reading MGI’s report, I hurriedly and innocently shared it on my Facebook profile. Why shouldn’t we be elated for once with good news about Africa’s development? Then the comments I received from my followers called to mind the argument between supporters of economic development and advocates of human development. Yes, Africa is the world’s second fastest growing region but they argued that there is a fundamental difference between economic and human development, and that African nations require human development most desperately. For them the economic improvements are largely irrelevant as the realities of everyday life in Douala, Lagos or Bamako are not reflecting the results of MGI.

The U.N. Economic Commission for Africa (UNECA) indicated in its African Economic Outlook 2011 that Africa´s economies have rebounded from the slump which had been caused by the global recession. According to UNECA, Africa´s average rate of growth amounted to 4.9% in 2010, wich is an improvement from 3.1% in 2009. It is true that various research studies showed that measures of real consumption based upon the ownership of durable goods, the quality of housing, the health and mortality of children, the education of youth and the allocation of female time in the household indicate that Africa’s living standards have, for the past two decades, been growing in excess of 3% per annum.

The reality is that the result is continued poverty for millions of men, women and children. In Cameroon, 7 million people out of a population of 16 million live below the poverty line of $1 a day of which 8.5 million reside in rural areas and around 1 million living with HIV. In South Africa, 11 million people live below the poverty line, and almost 6 million have HIV. In Nigeria, 110 million out of a population of 158 million live with less than $1 a day. In his book entitled Complex Systems Theory and Development Practice, Samir Rihani concluded that this is a false dichotomy: there can be no effective economic development without progress and human development.

There are millions of untapped opportunities in Africa to turn economic development to human development. MGI advised a five-part strategy, which are (1) identify one or more labor-intensive subsectors in which an African country has a global competitive advantage or could fill strong domestic demand; (2) improve access to finance in target sectors; (3) build a suitable infrastructure; (4) cut unnecessary regulations; and (5) develop skills in target sectors.  These strategies are to accelerate the pace of job creation in Africa that could add as many as 72 million new wage-paying jobs over the next decade, raising the wage-earning share of the labor force to 36 percent!

However, with the application of these strategies, Africa will still face huge hurdles. Why? Hernando de Soto (the author of The Mystery of Capital) and Rihani and believed that development is a complex adaptive process and not a linear Newtonian process as mistakenly presumed by various theoreticians and reformers!

Linearity is associated with order, predictability, linked causes and effects, and knowable universal laws that allow desirable results to be obtained by application of the requisite inputs to a system. Linear paradigms (set of rules and assumptions) originated from ideas advanced by scholars such as Hobbes, Descartes, Locke, and Newton but Africa is too complex and unpredictable that linearity cannot just work for us! In Africa, trivial events could be magnified into major upheavals. A given cause might lead to more than one outcome, and if the process were repeated the results could be, and often are, different.

So what can help Africa? The former President of Ghana, John Agyekum Kufuor, advised that “what Africa needs is leadership. Good leadership. Not just any kind of leadership but leadership that has been well nurtured; to direct socio-economic development, has vision and is imbued with a missionary zeal to tackle the myriad of problems that face the continent in prioritized order.

There is a crisis of leadership to handle the complex adaptive development process in Africa. The causes of this crisis are numerous: Africans’ colonial mindset, bad governance and corruption, total disregard for the common interest and well-being of the African people by the ruling class, repeated conflicts, inability of Africans to implement worthy initiatives, absence of regional integration, cultural behaviors, etc., etc.

The kind of leadership Africa needs

Traditional or hierarchical views of leadership are less useful given the complexities of Africa. Traditional leadership has been interpreted in various ways. It always calls forth images of vision, courage, commitment, and forthright action. The leaders are usually considered as individuals who possess a clear vision of what need to be done and are capable of transforming their visions to substantial achievements. Leadership is a vehicle for personal transformation as well as an agent for positive change and a particular way (attitude or behavior) of approaching life, one of being committed to a lifelong process of growing toward human fulfillment.

Leadership is an art of transforming the self and others. There is an urgent need in Africa for a new categories of leadership (not ruling class or power elite! ) with the courage and skills to reinvent and build the continent in these times of complex, dynamic and unpredictable economic, social, political, technological, and national change. Any promotion and support of initiatives and programs aiming at empowering this new leadership that understands the complexity of our continent is welcome.

I have been reviewing the existing institutions aiming at developing leadership skills and capabilities of our future leaders:  ALI in Namibia, AfLI of Archbishop Desmond Tutu and TMALI of President Mbeki in South Africa, to name a few. The primary focus of all these institutions is to build the capacity and capability for visionary and strategic leadership across Africa. They are excellent initiatives in the same lineage as the Colin L. Powell Center for Leadership and Service, which are sometimes with similar educational offers.

What then is a visionary and strategic leadership for a complex adaptive continent like Africa?

A new mindset is beginning to emerge which recognizes that development issues in Africa are too complex and muddled to be handled by traditional leadership. Endemic corruption, floods, fires, poor delivery of basic social services including water and electricity, or the growth of motorcycle taxis in some cities like Kampala, Douala, or Lagos are few examples that highlight this complexity. The externalities generated by urban transport, e.g., congestion, road accidents, pollution emissions, crime within the confines of an urban area, are a visible manifestation of the chaotic system in place.

Although chaotic systems and complex systems are different, as complex ones are less mechanical and more stable and predictable, chaos theory does inform complexity theory, as both concern non-linearity. The development of Africa should advance within nonlinear paradigm where economic development is not frequently seen as a move through a series of stages of development derived essentially from the history of the West or linear thinking of Bretton Woods institutions. A new type of leadership is needed during these chaotic and complex times in Africa.

African challenging situations and Complexity Theory have supported a re-examination of leadership in the continent, as much of the leadership lexicon developed under General Systems Theory. The results published by MGI are encouraging but they must be analyzed taking into account the challenges of human development and the complex and – for many places – chaotic situation of the African continent. I suggest to address these challenges by developing a model of leadership (as proposed by President Kufuor), the type grounded not in bureaucracy but in complexity.