Que faut-il retenir de la session extraordinaire de la Conférence des Chefs d’État de la CEMAC à N’Djamena ?

Les résultats de la Conférence des Chefs d’État de la Communauté Économique et Monétaire de l’Afrique Centrale (CEMAC), réunie en session extraordinaire le 31 Octobre 2017 à N’Djamena, sont mitigés au regard des expériences du passé, du respect du Traité, et d’une volonté d’éviter des sujets qui pourraient contrarier les partenaires au développement.

A) Les expériences du passé 

Celles-ci concernent : a) les contributions des États membres au budget de la CEMAC ; b) à la présence ou non des leaders politiques de la sous-région aux rencontres organisées par l’institution ; et c) aux déséquilibres variés entre pays qui ont longtemps freiné le processus de l’intégration et de la coopération régionale.

Premièrement, l’adhésion des pays à la CEMAC et surtout le respect des dispositions prises au niveau de cette communauté entraîne des efforts financiers pour son fonctionnement et ses activités. Le mécanisme de financement de la CEMAC est fondé selon le cas, sur un prélèvement ou l’institutionnalisation d’une taxe sur les biens importés des pays tiers et destinés à la consommation dans tous les pays de la Communauté. Le taux de cette taxe est de 1% de la valeur CAF (Coût, Assurance, Fret) des biens aux frontières. Le mode de recouvrement de cette taxe devrait permettre une sécurisation des contributions des États membres au budget de la Communauté.

Ces contributions des États membres au budget de l’institution exigent de leur part un effort financier certain, ce d’autant plus que contrairement aux recommandations de Malabo qui préconisaient un seul mécanisme appelé à couvrir tout le dispositif institutionnel de la coopération sous-régionale, on semble s’acheminer vers un mécanisme séparé pour la CEMAC et la Communauté économique des États de l’Afrique centrale (CEEAC). On imagine que c’est à contre-cœur que la Conférence a décidé d’annuler la masse d’arriérés à hauteur de 90% et a invité les États membres à s’acquitter du différentiel de ces arriérés avant la fin de l’année.

Deuxièmement, en ce qui concerne la présence des leaders politiques à la Conférence, étaient présents ce mardi, à l’hôtel Radisson Blu de N’Djaména, quatre des six Chefs d’État de la Communauté. En effet, le Président Deby Itno était entouré de Theodoro Obiang Nguema, Paul Biya et Archange Faustin Touadéra et des Premiers ministres du Gabon et du Congo Brazzaville.

On a aussi salué la participation de la CEEAC et surtout regretté l’absence du CEPGL. Il existe actuellement trois communautés économiques en Afrique Centrale : la Communauté économique des États de l’Afrique centrale (CEEAC) ; l’Union Douanière et Économique des États de l’Afrique Centrale/ Communauté Économique des États de l’Afrique Centrale (UDEAC/CEMAC), et ; la Communauté Économique des pays des Grands Lacs (CEPGL). Malgré quelques préoccupations spécifiques, les trois communautés visent toutes la réalisation d’une intégration économique complète après avoir franchi toutes les étapes du modèle classique de l’intégration. Elles se sont toutes dotées d’institutions et d’organes de décision comparables et de structures de gestion avec des programmes quasi similaires dans divers domaines. La combinaison de ces facteurs, surtout en l’absence d’un cadre définissant leurs rapports, aboutit à une duplication de leurs efforts préjudiciable à une mise en œuvre harmonieuse du processus de l’intégration et de la coopération régionale.

Enfin, le déséquilibre économique entre les pays de la sous-région, dû surtout aux disparités physiques et géographiques, est un des facteurs qui a longtemps freiné le processus de l’intégration régionale en Afrique centrale. On constate malheureusement ce même déséquilibre par rapport aux nominations des premiers responsables dans les structures communautaires, le Congo s’en sortant avec six responsables, quatre pour la Guinée Équatoriale, la RCA et le Tchad, deux pour le Cameroun et le Gabon même si, avec la nomination du Professeur Daniel Ona Ondo aux fonctions de Président de la Commission de la CEMAC, le Gabon s’en sort bien comparativement au Cameroun.

B) Le respect du Traité

La mise en œuvre de la Communauté passe par a) le renforcement de la monnaie unique ainsi que la mise en cohérence des politiques macro-économiques  et à l’instauration  d’un cadre juridique propice à l’investissement ; b) la libre circulation  des personnes, capitaux,  des biens et des services ; et c) l’instauration d’un véritable  marché commun  par le parachèvement d’une réelle union douanière, l’affirmation de la liberté totale de  circulation des facteurs de production, et l’exécution des politiques  sectorielles communes.

Nous reviendrons sur le manque de courage et de volonté politique en matière de politiques monétaires, bancaires et financières dans la dernière partie de cette note d’analyse. En revanche, il faut saluer les avancées remarquables enregistrées dans le domaine de la libre circulation, et la volonté affichée quant à la coordination des politiques sectorielles communes (énergie, transports), ainsi que la mise en œuvre des objectifs assignés au volet fiscal et douanier du Programme des réformes adopté en 1991 notamment la simplification et l’assouplissement des instruments de politique tarifaire et de fiscalité indirecte. En ce qui concerne la libre circulation des personnes et des biens au sein de la CEMAC, on espère que le scenario de décembre 2013, de triste mémoire, ne se répétera plus.


C) La volonté d’éviter des sujets qui fâchent

Le Traité instituant la CEMAC devrait, s’il est respecté et effectivement mis en application, permettre à l’Afrique centrale de constituer un espace économique unifié tout en approfondissant sa coopération monétaire qui date des années 60.

Tirant des leçons de l’échec de l’UDEAC, les chefs d’État et de Gouvernement de l’Afrique centrale ont mis en place un schéma d’intégration qui s’articule autour de deux piliers : a) l’Union Monétaire d’Afrique Centrale (UMAC), et l’Union Économique d’Afrique Centrale (UEAC). Le communiqué final précise bien que les membres du Conseil des Ministres de l’UEAC et du Comité Ministériel de l’UMAC ont participé aux travaux.

L’UMAC vise la consolidation de la coopération monétaire, bâtie sur la reconnaissance d’une unité monétaire commune, le FCFA, ayant cours légal et pouvoir libératoire dans l’ensemble des six États. Au moment où les peuples de l’Afrique francophone rejettent massivement le FCFA, les membres du Comité Ministériel de l’UMAC ont manqué une occasion historique et un courage politique en évitant d’ouvrir les discussions sur le FCFA.

L’Afrique centrale est particulièrement vulnérable au terrorisme et aux conflits au sein des États notamment en Centrafrique et récemment au Cameroun avec la crise anglophone. La persistance de la violence et des conflits suscite des inquiétudes sur le fait que ces menaces pourraient faire dérailler des gains économiques durement acquis, contribuer à l’instabilité politique et compromettre le processus de l’intégration et de la coopération sous-régionales. En dehors de la nomination du Centrafricain Gervais Mbata, remplaçant le Camerounais Désiré Geofrey Mbock au Secrétariat Permanent du Groupe d’Action contre le Blanchiment d’Argent en Afrique centrale (GABAC) et des tractations de coulisses lors de pareilles rencontres de haut niveau, aucune résolution n’a été publiée sur l’impact négatif du blanchiment d’argent, du financement du terrorisme et les conflits divers sur le processus de l’intégration dans la sous-région.

Les défis de l’Afrique centrale en matière d’intégration et de coopération sont différents selon qu’on adopte l’approche classique de l’intégration, à savoir l’intégration par les marchés ou les approches nouvelles dictées par les expériences d’autres sous-régions en développement ou encore par la globalisation des économies mondiales. Sur les questions monétaires, bancaires et financières, la Conférence a recommandé aux États et aux banques de tout mettre en œuvre pour renforcer la résilience des économies par une grande diversification, encourager la bancarisation, promouvoir les crédits à l’économie et assurer le rapatriement des recettes d’exportation. Il faut se rendre compte que les efforts de redynamisation de l’intégration et coopération en Afrique centrale intervient dans un contexte international marqué par la mondialisation, la libéralisation, mais aussi par des progrès technologiques, notamment en matière de technologies financières (ou Fintech), de l’agro-industrie et des crypto-monnaies. Malheureusement, la conférence n’a pas abordé ces sujets importants.

Que faut-il donc retenir de la session extraordinaire de la conférence des Chefs d’État de la CEMAC du 31 Octobre 2017 à N’Djamena? Il faut rendre hommage à tous les Chefs d’État de la communauté pour leur leadership ayant abouti à l’intégration par la libre circulation. Cependant, beaucoup reste à faire. L’Afrique centrale doit mobiliser son capital humain en vue de créer les conditions internes de son développement et son intégration aux niveaux sous-régional et régional et pour son insertion dans l’économie mondiale.

Théories de la complexité, franc CFA, et BitAfric !

Le problème du franc CFA est complexe et c’est pourquoi depuis 1945 les Africains n’arrivent pas à trouver des solutions idoines malgré toute la détermination et les énergies déployées : Kwame Nkrumah, Ossende Afana, Tchundjang Pouemi, Kemi Seba, etc. Je ne connais pas un seul intellectuel africain et/ou panafricain qui n’ait pas abordé cette problematique !

Le problème, me semble-t-il, est que nous voulons résoudre ce problème avec des outils classiques de la finance internationale. Nous travaillons dans le même référentiel que ceux qui n’ont pas voulu nous aider ou empêchent notre bien-être. Ça ne marchera jamais si on continue dans ce sens. Les actes symboliques comme celui posé par Kemi Seba dernièrement peuvent faire bouger les choses ; la preuve j’ai été obligé de réagir. Mais il nous faut des solutions concrètes alternatives ou parallèles, qui nous permettront d’être en position de négocier ou de se passer des outils conventionnels. BitAfric en est une !

Les nouvelles technologies bouleversent complètement les institutions financières traditionnelles, en permettant aux entreprises et aux ménages d’accéder à des services plus pratiques et personnalisés. Les entrepreneurs trouvent également des applications qui vont bien au-delà de la finance, et ces nouvelles technologies pourraient transformer d’autres domaines, notamment la politique monétaire africaine ; et pour nous le FCFA.

Ces innovations dans les services financiers, connues sous le nom de technologies financières – ou Fintech – suscitent un grand engouement, mais génèrent aussi beaucoup de battage, suivant le point de vue de chacun.

Il y a 867 crypto-monnaies dans le monde aujourd’hui qui s’appuient sur la technologie Blockchain. Le bitcoin est classé première et vaut plus de 4.000 euros à l’heure où on parle. Bitcoin n’est règlementé par personne. Les transactions sont validées par les mineurs dans tout le monde entier. Les banques n’y voient que du feu.

BitAfric n’aura pas besoin de la BEAC, la BCEAO, la BCC. BitAfric a besoin de la communauté de 15 pays francophones plus les Comores avec 150 millions d’habitants. C’est cette communauté qui en donnera une valeur marchande et la crédibilité nécessaire.

Résoudre les problèmes complexes avec les théories de la complexité est ce que je propose pour ce cas précis. Cette nouvelle approche pourrait modifier fondamentalement la relation que les institutions financières traditionnelles et la France entretiennent avec les anciennes colonies françaises en Afrique.

Kemi Seba, le franc CFA et le BitAfric !

Le président de l’ONG Urgences Panafricanistes, Kemi Seba, a été placé sous mandat de dépôt vendredi soir, à la prison centrale de Rebeuss, au terme d’une journée de garde à vue devant les enquêteurs de la Division des investigations criminelles. Il lui est reproché d’avoir brûlé un billet de 5000 FCFA lors d’un rassemblement, le 19 août à Dakar. Poursuivi pour avoir enfreint les dispositions du code pénal sénégalais, il encourt une peine de 5 à 10 ans de prison. Son procès va s’ouvrir ce 29 septembre 2017, mais en attendant l’affaire a enflammé la toile entre les soutiens et les détracteurs de celui qui fait désormais figure d’icône de la contestation du franc CFA en Afrique.

Le débat sur notre monnaie commune n’est pas nouveau. L’incarcération de Kemi Seba, constitue un épisode d’une polémique entre ses partisans et ses adversaires. Depuis l’indépendance des pays africains, plusieurs chercheurs ont analysé les problèmes de développement de nos pays. Pour expliquer les maux dont souffre l’Afrique, plusieurs ont identifié le rôle de facteurs exogènes. Des réflexions et actions ont été menées sur la responsabilité du système économique et monétaire africain dans la perpétuation du sous-développement.

Les Africains dénoncent le FCFA et la zone franc dont la gestion et les principes servent les intérêts français. En effet, la zone franc englobe donc aujourd’hui quinze pays dont huit pays d’Afrique de l’Ouest, six pays d’Afrique centrale et les Comores. C’est une organisation financière, monétaire et économique, dont le cœur est la France et l’instrument principal le franc CFA. Cette organisation, gérée par la France, s’appuie sur des institutions africaines : la BCEAO, la BEAC, et la BCC. Le système franc CFA est basé sur quatre grands principes : la centralisation des réserves de change au Trésor public français, la fixité de la parité franc CFA/euro, la libre convertibilité du franc CFA à l’euro, et la libre circulation des capitaux entre la France et les pays africains de la zone franc. A ces principes s’ajoute la participation française aux instances de direction des banques centrales africaines, pièce maîtresse du système CFA puisqu’elle garantit l’application sans faille des quatre principes précédemment cités.

Depuis des décennies, les Africains se battent pour changer la gouvernance de la zone franc. Certains en sont morts. Il est temps de changer de stratégies avec des solutions alternatives à cette problématique du FCFA. Puisque les crypto-monnaies (Bitcoin, Monero, Cash, ou Dash) et les technologies annexes qui gravitent autour sont en passe de bouleverser le secteur de la finance, pourquoi ne pas y investir tous nos derniers efforts pour contourner le FCFA ? Selon le dernier rapport du cabinet américain « Research and Markets », le marché mondial de la technologie des crypto-monnaies et du Blockchain enregistrera une croissance de 35,2% au cours de la période 2016-2022.

Adoptons le BitAfric dont la nature numérique se passera des banques centrales et des opérateurs financiers ! En effet, les transactions restent totalement anonymes, l’historique des transactions est assuré par le Blockchain, une technologie de stockage et de transmission d’informations, transparente, sécurisée, et fonctionnant sans organe central de contrôle. Le système BitAfric nous permettra aussi de supprimer une bonne partie du coût des transactions. Bien plus, les blocages suivants tant décriés seront levés : la question de souveraineté des États africains de la zone franc ; la libre convertibilité FCFA/euro et la libre circulation des capitaux ; la participation française à la gestion des banques centrales africaines, ou la centralisation des réserves de changes.

L’affaire Kemi Seba porte un mauvais coup à l’image du Sénégal car elle s’étend désormais au-delà des frontières de ce pays. Nous exhortons les autorités sénégalaises de le libérer. Activistes Africains et sympathisants du « Kemi Seba Challenge », arrêtez de brûler les billets de FCFA et de poster les images sur les réseaux sociaux. Engageons dès maintenant une réflexion sur la mise en œuvre du BitAfric. Car c’est ça le vrai combat !