Crise Anglophone: Un échec et une honte pour nous tous, Camerounais !

Comment un peuple réputé si dynamique et intelligent a pu échouer de la sorte ? La crise anglophone et les images horribles que nous voyons à longueur de journée, et ceci, bientôt un an et demi, devront nous faire honte, très honte. Anglophones, francophones, tous ont échoué à trouver la solution à une crise pourtant prévisible et solvable.

Je suis surpris que toutes les énergies soient concentrées à la préparation des élections de 2018. La question est : à quoi ça sert ? Oui, à quoi sert une élection dans notre République brisée?

L’élection est une délégation de Souveraineté. Elle constitue, au sein d’une société organisée, une « soupape de sécurité ». La possibilité pour les citoyens de pouvoir régulièrement exprimer leur mécontentement ou, au contraire, de donner un nouveau mandat au pouvoir sortant, évite que les désaccords politiques majeurs ne trouvent un autre terrain d’expression (la rue) et d’autres modalités (la violence).

Puisqu’on a laissé la violence primer sur le dialogue social, puisqu’on a privilégié le pire sur la concorde sociale ? A quoi ca servira les élections de cette année dans notre pays ?

Pourtant, ce n’est pas faute, dès février 2017, d’avoir proposé des solutions à la crise naissante, de me mettre mis à la disposition de la République pour tenter de trouver la solution à cette crise. En vain !

Nous avons tous échoué. Nous sommes tous coupables de ce qui se passe dans la partie anglophone du pays ! Nous avons une lourde responsabilité devant l’histoire d’avoir laissé que les Camerounais s’entretuer et que beaucoup soient en ce moment même en train d’attendre les sacs de riz des bienfaiteurs Nigérians.

Quelle horreur !

Il y a deux ans, j’avais publié une tribune sur mon blog, reprise par plusieurs journaux en Afrique, sur «Quelques réflexions sur la problématique de l’injustice intergénérationnelle au Cameroun.» Dans mon analyse, j’avais souligné que le pays était pris en otage par la Génération Ahidjo-Biya.

Et si le pays était pris en otage par tous les Camerounais ? Réfléchissons !

Douala, 03 février 2018

Strasbourg – Conseil de L’Europe – MONEYVAL

Je suis invité, en tant qu’Expert, à la 55e réunion plénière de MONEYVAL pour m’entretenir avec les collègues de délégations des États et territoires membres sur les modèles et innovations technologiques (connus sous le concept de goPortfolio) que nous proposons pour les aider à lutter contre les crimes organisés.

Le Comité d’experts sur l’évaluation des mesures de lutte contre le blanchiment des capitaux et le financement du terrorisme (MONEYVAL) est un organe de suivi permanent du Conseil de l’Europe chargé d’apprécier la conformité aux principales normes internationales en matière de lutte contre le blanchiment des capitaux et contre le financement du terrorisme et d’apprécier l’efficacité de l’application de ces normes, ainsi que de faire des recommandations aux autorités nationales concernant les améliorations nécessaires à leurs système.

Les réunions plénières de MONEYVAL se déroulent à Strasbourg (France) au siège du Conseil de l’Europe. Au nombre de trois par an, elles se composent de délégations des États et territoires membres de MONEYVAL et de deux États membres du GAFI, ainsi que de représentants d’États, organisations et institutions ou organes observateurs, comme prévu dans le Statut de MONEYVAL.

La Plénière de MONEYVAL est l’organe décisionnaire; elle adopte les rapports d’évaluation mutuelle et les rapports sur les progrès réalisés, ainsi que d’autres rapports produits par le Comité (par exemple des rapports de typologies, sur la conformité des mécanismes de RFV dans les États et territoires membres et autres documents).

Les réunions en plénière sont également une tribune qui permet aux experts participants de mettre en commun leurs expériences, et leur propose régulièrement des présentations faites en général par des experts des domaines d’activité concernés portant notamment sur les développements du cadre de la lutte anti-blanchiment et contre le financement du terrorisme (LAB/CFT) dans le contexte international, sur de nouvelles initiatives élaborées par des organisations internationales dans ce domaine et d’autres thèmes.

J’ai eu l’honneur d’échanger avec les représentants de ces pays sur les actions engagées dans leurs pays respectifs et des apports concrets ainsi que l’influence que la science et la technologie ont sur leurs activités quotidiennes. Blanchiment d’argent, cybercriminalité, financement du terrorisme, cryptomonnaies, analyses tactiques et stratégiques, ou renseignement financier sont quelques domaines d’application.

En Afrique aussi, de rencontres similaires sont régulièrement organisées notamment par le Groupe Intergouvernemental d’Action contre le Blanchiment d’Argent en Afrique de l’Ouest (GIABA) ou le Groupe d’Action contre le Blanchiment d’Argent en Afrique Centrale (GABAC).

Crise anglophone: le nécessaire dialogue social. Mes propositions pour la paix au Cameroun

J’appelle au dialogue pour résoudre la situation de crise dans la partie anglophone du Cameroun.

Le Président Biya a ordonné récemment l’arrêt les poursuites pendantes contre des leaders du mouvement de protestation anglophone et leurs libérations. Ce geste d’apaisement présidentiel constitue un pas positif dans la recherche d’une solution par le dialogue.

Nous avions tous proposé des solutions à cette crise. Je reste convaincu que le fédéralisme peut aider notre pays en rapprochant le pouvoir des peuples. Je réitère cette proposition d’une nouvelle forme de l’État qui dépasse les clivages anglophones-francophones et offre un modèle moderne à 5 ou 6 États fédérés utilisant officiellement le français, l’anglais et si possible la reconnaissance de deux langues locales écrites.

Plusieurs intellectuels et personnalités de la société civile sont d’accord sur la mise en place progressive du fédéralisme à plusieurs États dans notre pays. Déconcentrer le pouvoir au profit des collectivités territoriales est un processus de longue haleine qui demande une volonté politique, une vision de développement, un état d’esprit et du courage pour réinventer le Cameroun de demain !

Nous devons continuer à clarifier ces propositions dans l’apaisement. Les leaders de toutes les communautés du pays doivent tout faire pour ramener la paix dans notre pays en évitant des discours, positions et gestes contraires à l’apaisement et à la paix.

Nous croyons au dialogue et nous suivons de très près ce problème à tous les niveaux. On peut vouloir appeler les forces extérieures pour résoudre nos problèmes internes; cela ne servira à rien. Il y a du côté de nos frères et sœurs des deux régions anglophones du Nord-Ouest et du Sud-Ouest des responsables qui ont la même vision du pays et aussi certains responsables au sein du pouvoir actuel.

Nous devons continuer à rassembler. Les sécessionnistes et les bellicistes au pouvoir seront minoritaires à un moment donné en interne et à l’extérieur du pays.

Le pouvoir central a aussi intérêt à discuter. C’est la logique de la résolution des conflits dans la paix. Le problème est que si nous, fédéralistes, continuons à mettre de l’huile sur le feu avec d’autres types de discours, ça ira très mal pour le pays.

Le Président Buhari utilise actuellement une autre démarche pour régler le problème des sécessionnistes au Nigéria car là-bas les Elders sont écoutés. Chez nous, on a perdu cette communauté d’Elders respectés au vu de leurs échecs répétés au début et/ou pendant cette crise. En attendant que nos Elders retrouvent leurs positions naturelles de leaders au sein de nos communautés, nous sommes convaincus que la seule issue c’est rassembler ce noyau de Camerounais modérés dans toutes les communautés et poser les bases d’un dialogue entre frères et sœurs.

L’apaisement est en chacun de nous comme le conseillait justement le Dalaï-Lama. Le salut du Cameroun réside en chacun de nous, non pas dans un système, une croyance, ou à l’intérieur d’une frontière donnée. L’ennemi n’est pas au-dehors, mais en dedans. En chacun de nous sommeille un monstre ; en chacun de nous vit un saint.

Au nom de la paix dans notre pays, je propose les quatre points suivants pour une sortie de la crise :

  1. Constituer une équipe composée des membres influents de la société civile du pays et de la diaspora ;
  2. Libérer les autres sympathisants du mouvement de protestation anglophone qui seraient encore en prison et permettre aux exilés de revenir au pays ;
  3. Engager un dialogue franc et sincère avec toutes les parties prenantes ;
  4. Publier les résolutions prises avec un calendrier d’exécution et mettre en place un mécanisme de suivi de mise en œuvre des résolutions prises.

Si les quatre points ci-dessus sont respectés, je me mettrai à la disposition du pays pour aider à la résolution pacifique de la crise.

Fait à Douala le 23 Septembre 2017
Dr. Alain NKOYOCK
Écrivain, universitaire et diplomate.