La transformation digitale au service du développement : Initiatives globales, Stratégies nationales !

La transformation digitale désigne les changements associés à l’intégration des innovations technologiques dans tous les aspects de la société humaine. Le professeur et académicien français, Michel Serres, évoque même la digitalisation comme « la troisième révolution anthropologique majeure », preuve de son importance sur la société actuelle.

En Août 2015, 193 pays se sont accordés dans le cadre de l’ONU pour fixer 17 Objectifs de Développement Durable (ODD). Leur but était de renforcer la paix dans le monde, éliminer la pauvreté et lutter contre la dégradation de la planète.

Ce nouveau référentiel international a été voté et partagé par les gouvernements, les ONGs et les entreprises. Il lance, de fait, une série d’initiatives pour la mise en œuvre de 17 objectifs. Ces derniers sont ambitieux : ils visent à éradiquer la pauvreté, lutter contre la faim, réduire les inégalités et préserver la planète.

Réunis en Assemblée Générale, les Etats membres de l’ONU ont donné leur feu vert le 31 mai 2018 à la réforme proposée par le Secrétaire général (SG), António Guterres, afin que le système de développement des Nations Unies apporte des résultats plus concrets pour les individus et soit plus rentable pour leurs contributeurs.

La réforme met l’accent sur l’appropriation par les pays, la responsabilité et les résultats pour guider le système de développement des Nations Unies à chaque étape du processus avec notamment la mise en œuvre effective, dès le 1er janvier 2019, des Objectifs de développement durable (ODD) pour tous, partout dans le monde – avec pour but principal l’éradication de la pauvreté.

Dans chaque domaine de développement identifié à travers les ODD, les innovations technologiques peuvent apporter une valeur ajoutée substantielle. D’où la vision du SG de l’ONU déclinée à travers sa stratégie en matière d’innovations technologiques publiée en septembre 2018 dont l’objectif est d’établir la manière dont l’organisation mondiale encouragera l’utilisation de ces technologies en vue d’accélérer la réalisation du programme de développement durable à l’horizon 2030, et simplifier sa mise en adéquation avec les valeurs inscrites dans la Charte des Nations Unies, la Déclaration universelle des droits de l’homme et les normes et règles du droit international.

S’appuyant sur les multiples efforts et initiatives mis en œuvre par de nombreuses parties des Nations Unies, en particulier ceux entrepris au niveau des pays, 4 objets stratégiques sont fixés. Ceux-ci associent la participation et l’appui d’acteurs externes et l’adoption de mesures internes visant à permettre à l’organisation de mieux connaître et utiliser les nouvelles technologies et à favoriser la mise en place d’un système fondé sur l’apprentissage, l’innovation et l’esprit d’entreprise.

Quatre engagements stratégiques ont été pris par Monsieur Guterres : a) renforcer les capacités internes de l’ONU et favoriser la familiarisation avec les nouvelles technologies; b) augmenter la compréhension, le plaidoyer et le dialogue autour des nouvelles technologies; c) soutenir les échanges sur les cadres normatifs et de coopération; et d) intensifier l’appui du système des Nations Unies aux efforts nationaux de développement des capacités.

Il y a cinq ans, à la demande de Mme Atefeh Riazi, l’Assistante du Secrétaire Général de l’ONU en charge des innovations technologiques, j’avais coordonné un travail de réflexion sur l’architecture technologique du futur pour l’ONU. Ce travail a bénéficié de la contribution d’une centaine d’experts mondiaux.

Madame Riazi vient de réunir à Glen Cove, une ville des États-Unis située sur la côte Nord de Long Island dans l’État de New York (comté de Nassau)., une vingtaine d’experts pour réfléchir sur la mise en œuvre de cette stratégie dont elle est en partie responsable. Pendant une semaine, nous avions discuté des modalités de mise en œuvre de la politique d’innovation technologique au sein de l’ONU, mais aussi et surtout à travers les activités d’assistance technique aux Etats membres.

Deux processus complexes qui s’appuient sur des artefacts théoriques des piliers du cadrage stratégique technologique (connu sous son appellation anglo-saxonne de Business-IT Strategic Alignment) qui aide à formuler des orientations pérennes (au sein d’une entreprise, pour le développement national ou dans la société) et de fixer des objectifs propres à assurer les adaptations rendues indispensables par les innovations technologiques et leurs impacts sur ces environnements des mutations sociétales, institutionnelles, réglementaires, organisationnelles, etc. Ces orientations sont généralement disponibles dans des documents nationaux multisectoriels.

Quelle politique d’innovation technologique pour les pays africains ? Quelques éléments de réflexion à partir du don présidentiel au Cameroun d’ordinateurs PB Hev.

Les nouveaux modèles de croissance économique placent l’innovation technologique au cœur du développement. Cette dernière est un levier du progrès social et un générateur de richesses dans les pays développés (pays de l’OCDE et nouveaux pays émergents). Comme la plupart des pays d’Afrique au Sud du Sahara, le Cameroun s’est lancé dans la voie de l’émergence, à l’horizon 2035, avec une économie forte, diversifiée, compétitive, caractérisée aussi par une intégration effective à l’économie mondiale.

Mais comment les pays Africains en général et le Cameroun en particulier, peuvent relever les différents défis de la mondialisation dont le principal est la croissance économique sans résoudre la question de la politique d’innovation technologique ?

Il y a aujourd’hui deux écoles de pensée sur la politique d’innovation technologique à adopter par les pays africains. La première école de pensée estime qu’il faut absolument éviter en Afrique des investissements de prestige comme on l’a fait dans les années 70. Au Cameroun, les spécialistes de cette école citent les cas des entreprises comme la Camair ou la Cellucam, dont les Camerounais étaient et continuent d’être fiers, alors que ce sont des “éléphants blancs”. Ces spécialistes estiment que le Cameroun a appris des éléphants blancs. Ils estiment que certains pays, notamment le Rwanda ou la Guinée Équatoriale, font aujourd’hui des choses que le Cameroun a faites en 1970 et ne peut plus refaire : des investissements de prestige non économiquement rentables.

La deuxième école de pensée estime que les Africains doivent intégrer l’innovation technologique dans le processus de développement national. L’innovation technologique étant définie comme le processus de la genèse, dans une société donnée, de nouveaux produits et de nouveaux procédés de fabrication et de méthodes organisationnelles de production. Je fais partie de cette dernière école de pensée.

En parcourant le DSCE et le document « Vision 2035 », l’on s’aperçoit que l’innovation technologique est abordée de manière sommaire. En outre, les projets de société de certains partis politiques en lice pour l’élection présidentielle de 2018 proposent quelques pistes qui méritent davantage de réflexions. Tout ceci est préjudiciable à la compétitivité de l’économie nationale qui doit innover si elle veut tirer son épingle du jeu dans les échanges internationaux et promouvoir sa croissance. La philosophie politique et les politiques économiques élaborées ces dernières années n’intègrent pas suffisamment et clairement, à mon avis, l’innovation technologique dans le processus de développement du pays.

En effet, l’activité industrielle et technologique camerounaise est caractérisée par une atonie aussi bien structurelle que conjoncturelle. Au lendemain de l’accès à l’indépendance, le Cameroun élabore une matrice d’actions économiques dont l’issue débouche sur la définition d’une politique industrielle soutenue par trois piliers : a) la réduction des importations par la politique d’import substitution en favorisant la production locale dans la limite des compétences ; b) la transformation des ressources naturelles afin de créer de la valeur ajoutée ; c) l’intervention massive de l’État pour le financement de l’industrie embryonnaire du pays. La récession mondiale des années 80, qui a entraîné la chute brutale des cours des matières premières, a empêché la réalisation du Plan directeur de l’industrialisation du Cameroun de 1987. L’intervention du FMI dans le redressement et la stabilisation des finances publiques, à travers l’instauration des plans d’ajustement structurel, a plombé toute tentative de développement industriel.

Il faut comprendre qu’en l’absence de moyens nationaux d’innover, l’option d’importer les technologies dont le Cameroun a besoin semble être pour certains le moyen de rattraper le retard que le pays accuse. Et c’est là la source des interrogations de l’opinion nationale et sa demande d’installation des unités de montage (ou de fabrication) des ordinateurs à travers ces débats ubuesques sur le don présidentiel d’ordinateurs PB Hev qui ont récemment animé les réseaux sociaux et les studios de télévisions nationales.

Quand l’on parle du transfert de technologies entre les pays du Nord et les pays du Sud, l’on a tendance à oublier les dimensions économiques et géostratégiques d’un tel transfert. Développer de nouvelles technologies demande des investissements et il va de soi que ces investissements doivent être rentabilisés. Ces projets sont non seulement politiquement corrects, mais aussi techniquement et financièrement réalisables dès lors que leur soutenabilité et les erreurs du passé sont maîtrisées.

Dans l’impossibilité de se doter d’une politique d’innovation technologique nationale, les pays africains sont obligés de subir les diktats commerciaux qui leur sont imposés par les détenteurs de ces technologies. Les projets d’infrastructure querellés au Cameroun par exemple, dans lesquels la Chine finance et construit des outils de haute technologie, mais importe toute la main d’œuvre, doivent être revisités. Aucune technologie ne peut être transférée sur ce modèle. Ceci justifie en partie les taux élevés de chômage et les déséquilibres criards dans nos balances commerciales, ainsi que les écarts de plus en plus prononcés entre le développement des pays du Nord, de l’Est asiatique et ceux du Sud.

Depuis un certain temps, nous lisons, ici et là, des réflexions savamment présentées, sur l’évolution de l’Afrique, plébiscitée comme le prochain continent émergent. La plupart des experts nous prédisent, pour les uns, qu’au cours des cinquante prochaines années, l’Afrique aura toutes les chances de réaliser son ambition de créer une zone économique dynamique, diversifiée et compétitive avec une évolution démographique supérieure à celle de la Chine ou de l’Inde, trois fois supérieure à celle de l’Europe, et pour les autres, que le potentiel en ressources naturelles du sous-sol de l’Afrique sera à l’origine d’investissements, et que des sociétés africaines pacifiées, stables et dynamiques ne connaîtront plus d’extrême pauvreté. Malheureusement, force est de constater que sans une politique d’innovation technologique ambitieuse, tout ceci ne sera qu’un doux rêve.

La quête pour le développement passe par la maîtrise des sciences et des technologies. C’est une autre facette de la lutte pour une indépendance réelle et effective, au même niveau que la problématique du franc CFA pour les pays d’Afrique francophone et les Comores. Autrement dit, c’est un combat pour s’affranchir de la tutelle infâme de l’Occident qui commence à étaler publiquement ses angoisses par rapport à l’arrivée d’un nouveau venu, la Chine, sur la scène africaine.

Cette dernière s’installe subrepticement dans nos contrées avec l’acquiescement coupable de nos dirigeants en manque d’imagination, et très souvent de vision. L’engouement, certes justifié, des dirigeants africains à embrasser la Chine sans conditions, sans stratégie apparente ouvre en même temps une fenêtre sur l’incroyable naïveté des Africains et leur niveau parfois résiduel et assez surprenant de la réalité et de la compréhension des enjeux géostratégiques du moment.

Les pays africains en général et le Cameroun en particulier, ne peuvent plus faire l’économie d’une réflexion stratégique sur l’innovation technologique au service du développement. La stratégie chinoise ne peut plus faire office de politique économique parce qu’elle ne permet pas de créer des emplois. Parce que le temps passant, elle prend la forme d’une nouvelle colonisation, et qu’au demeurant, ce partenariat ne débouche sur aucun transfert tangible de technologie. Or, c’est très précisément la maîtrise technologique qui nous permettra à terme de sortir de l’infernale spirale du sous-développement.

Problématique de la mobilisation de la diaspora camerounaise : les réflexions du Think Tank CABAC au-delà du FODIAS2017

La première édition du Forum de la Diaspora (FODIAS2017) se déroule actuellement à Yaoundé sous le thème, « Le Cameroun et sa Diaspora : agir ensemble pour le développement de la Nation ». Les sept grands pôles définis comme prioritaires par les organisateurs et autour desquels seront organisés les débats sont les suivants: a) Santé, b) Sécurité Sociale, c) Éducation et Formation, d) TIC et Économie Verte ; e) Économie, Finances, Développement immobilier ; f) Art, Culture et Tourisme ; g) Communication et Relations Publiques.

FODIAS2017 reprend quelques réflexions du Think Thank CABAC. L’occasion était belle de centrer le débat sur le modèle d’engagement de la diaspora à travers les lois, les cadres politiques, l’intégration institutionnelle, les structures administratives, et les mesures incitatives. Que l’on soit d’accord ou pas de la définition des contours de l’organisation du forum, il est souhaitable de recadrer la problématique de la mobilisation de la diaspora camerounaise pour le développement du pays, un thème abondamment traité et ayant fait l’objet de plusieurs publications par les experts du Think Tank CABAC. Les articles qui suivent sont des résumés des chapitres de l’ouvrage collectif intitulé, « Diaspora Camerounaise: En dehors de l’État, Au sein de la Nation », rédigé par une vingtaine d’intellectuels et professionnels camerounais.

Le projet d’élaboration de cet ouvrage avait pour but d’explorer l’ampleur et la pluralité des modalités de l’influence de la diaspora camerounaise sur les questions de développement du pays. L’un de ses objectifs majeurs du projet était de partager avec l’ensemble des camerounais une réflexion, une idée, voire un projet de société qui réunirait tous les enfants d’une même nation afin de travailler ensemble à sa construction, son développement et son essor dans le monde. La sortie du livre a été un point d’ancrage dans le cadre du lancement d’activités du Think Thank CABAC.

Nous essayerons de répondre dans cette première contribution à la question sur la meilleure stratégie nationale de mobilisation de la diaspora à travers le modèle d’engagement proposé dans l’ouvrage.


Les réflexions sur la mobilisation du capital humain de la diaspora africaine au profit du développement du continent sont depuis longtemps et nous le verrons, au centre des débats dans les instances internationales ainsi que dans certaines institutions de recherche. L’idée générale qui ressort des divers travaux entrepris est qu’au-delà des envois de fonds, la diaspora africaine peut aussi transférer au continent des idées, une pensée, des valeurs, des modes de vie et des systèmes de référence susceptibles de sortir l’Afrique de sa désuétude et de son sous-développement.

L’investissement sur les diasporas scientifiques est aujourd’hui l’un des grands thèmes prônés par les nouvelles politiques de développement en faveur de l’Afrique initiées par certaines organisations internationales. Il semble pouvoir apporter des solutions à l’un des problèmes auquel le continent est confronté depuis des décennies, à savoir la fuite des cerveaux (ou fuite du capital humain). Il se dégage aujourd’hui un consensus interdisciplinaire de plus en plus large soulignant que l’utilisation du capital humain de cette diaspora faciliterait la lutte contre la pauvreté et la promotion du développement économique des pays africains.

Cette interdisciplinarité regroupe les théories modernes du capital humain, les théories et stratégies de développement, et l’analyse théorique des migrations internationales. L’articulation entre ces différents concepts n’est nullement un effort scientifique. Les outils et les résultats d’analyse de cet ensemble de disciplines, en l’occurrence, cette interdisciplinarité est la volonté pratique de transformer le « brain drain » dont sont victimes les pays africains en un « brain gain ».

Depuis Adam Smith, la plupart des économistes reconnaissent que les compétences de la main d’œuvre d’un pays représentent un de ses atouts concurrentiels les plus importants. Les origines de la théorie moderne du capital humain remontent toutefois aux années 60, alors que Theodore Schultz, puis Gary Becker, proposaient leurs analyses théoriques et empiriques des liens entre l’investissement en capital humain et la rémunération. La théorie du capital humain peut en effet contribuer à expliquer la croissance économique d’un pays et l’apport protéiforme (éducation, formation, envois de fonds, influence diplomatique, transfert de technologies, etc.) de sa diaspora.

En mettant en relief les trois disciplines (capital humain, développement et migrations) sur la problématique de la diaspora africaine, on comprend aisément les démarches de l’Union africaine et/ou la Banque africaine de développement de structurer au niveau continental cette diaspora pour en faire une « sixième région ». La diaspora, dans ce cas, devra avoir un rôle stratégique fait d’influence, de lobbying, et de négociations. Elle devra aussi être un réel vecteur d’intelligence culturelle en apportant une valeur ajoutée au dialogue interculturel par des pratiques et des initiatives visant à faciliter une appréhension mutuelle des valeurs et des intérêts communs des sociétés mondiales.

En vue de prendre en compte toutes ces préoccupations, il semble convenable d’apprécier notre modèle d’engagement avec une diaspora, en se basant sur les exemples réussis dans certains pays de référence.

Modèle d’engagement avec une diaspora

Plusieurs organisations internationales considèrent les diasporas comme des vecteurs de développement, les encouragent à jouer un rôle institutionnel par le biais du dialogue et de consultations régulières, et facilitent la mise en place d’une politique nationale encourageante pour les diasporas désireuses de participer au développement de leur pays d’origine. Ces mécanismes contribuent à un bon équilibre entre le processus d’intégration des diasporas dans la société d’accueil et le maintien des liens de ces diasporas avec leur pays d’origine.

Ces nouvelles formes de mobilisation des diasporas peuvent être résumées dans un modèle d’engagement de la diaspora (voir figure ci-dessous) élaboré à partir des données collectées des exemples des pays qui ont réussi à travailler avec leurs diasporas. Ce modèle est basé sur les régularités mises en évidence à partir de la comparaison de plusieurs cas d’entre eux. Les conclusions portent alors sur les résultats de la comparaison. Le modèle d’engagement de la diaspora proposé comporte cinq construits : les lois, les cadres politiques, l’intégration institutionnelle, les structures administratives, et les mesures incitatives. Les pays choisis sont la Corée du Sud, l’Inde, la Chine, l’Israël, et la Tunisie.

Par rapport au cas spécifique du Cameroun, même si la passation de pouvoirs a été difficile entre Ahidjo Babatoura et Biya Barthelemy avec comme apogée la condamnation à mort par contumace du premier le 28 février 1984, accusé de complot contre la sûreté de l’État, le Président Biya a maintenu la politique de suspicion et d’exclusion par rapport à la diaspora camerounaise. A titre d’exemple, la loi n° 68-LF-3 du 11 juin 1968 portant code de la nationalité camerounaise a été signée par Ahidjo et n’a jamais été amendée malgré ses innombrables contradictions, l’évolution quantitative et qualitative de la diaspora, les appels récurrents de la société civile et des partis d’opposition.

Henri Eyebe Ayissi, alors Ministre des Relations Extérieures (MINREX) du pays, a au moins le mérite de proposer une démarche dite du Gouvernement résumée dans un article intitulé « Pour une mobilisation patriotique de la diaspora camerounaise » disponible sur Internet en 2010 où il tenta d’exposer les grandes lignes de la politique de gestion des relations avec la diaspora dont on a vraiment vu aucune mise en œuvre depuis qu’il n’occupe plus ce département ministériel !

Les lois

Sur le vote de la diaspora: Lors de son passage le 29 juillet 2009 en France, le Président Biya a déclaré qu’il a pris bonne note des doléances et des souhaits de ses compatriotes concernant notamment leur participation au vote électoral et aussi le problème de la double nationalité. Le décret n°2011/237 du 8 août 2011 portant sur les modalités d’application de la loi n°2011/013 du 13 juillet 2011 relative au vote des citoyens camerounais établis ou résidant à l’étranger a été promulgué et semble redondant, dans la mesure où le droit de vote est reconnu à l’ensemble des citoyens Camerounais âgés d’au moins 20 ans, ainsi que le précise l’alinéa 3 de l’article 2 de la Constitution du 18 janvier 1996.

Les modalités pratiques permettant l’exercice effectif du droit de vote qui est reconnu à la diaspora reste à peaufiner au regard des approximations observées lors de la dernière élection présidentielle dans les opérations qui ont eu lieu dans les missions diplomatiques et postes consulaires de 33 pays de par le monde. Que seulement 24.372 Camerounais de l’étranger se soient inscrits sur les listes électorales sur les 4 millions de Camerounais vivant à l’étranger (statistiques du MINREX) lors de la même élection montre clairement qu’il y a problème.

Les solutions doivent être apportées par rapport au recensement des camerounais en âge de voter dans les différents pays, leur inscription sur les listes électorales, la détermination et la localisation des bureaux de vote, la mise en place du vote électronique pour éviter des déplacements dans des pays où se trouvent les missions diplomatiques et postes consulaires.

Sur l’octroi de la double nationalité à tous les descendants du pays vivant à l’étranger : La double nationalité peut resserrer les relations entre les diasporas et leur pays d’origine en facilitant les voyages, en évitant les contraintes imposées aux étrangers dans certains cas (travail temporaire ou possession de terrains, par exemple) et en ouvrant droit aux services publics et aux prestations sociales. De façon plus générale, elle peut aider à maintenir des liens émotionnels avec le pays d’origine, encourageant ainsi des contacts et des flux d’investissement constants. Malgré ces avantages, seuls 21 des 54 pays africains autorisent la double nationalité.

La double nationalité est reconnue par le droit camerounais de la nationalité dans deux cas seulement, à savoir celui des sportifs de haut niveau et celui des Camerounais(es) qui acquièrent, par le mariage, la nationalité de leur conjoint. Une modification du code de la nationalité s’impose. Un avant-projet de loi correspondant semble avoir été élaboré par le Ministère de la Justice mais tarde à être soumis pour la procédure législative en vigueur.

Les cadres politiques

La diaspora n’est représentée ni à l’Assemblée nationale, ni au Senat, ni aux conseils régionaux ou municipaux. Le montant des envois de fonds déclarés que reçoit le Cameroun de sa diaspora est estimé à 130, 167, 162, 148, et 148 millions de dollars en 2006, 2007, 2008 2009 et 2010 respectivement. Ce montant représente plus de 0,7 % du PIB du Cameroun. Notre contribution technique en tant que diaspora à notre pays est incalculable. L’État Camerounais perçoit des taxes sur nos transferts, nos investissements et lors de nos voyages répétés au Cameroun. Notre contribution au pays est énorme. Pour le moment, la diaspora n’est pas représentée au Cameroun. La démocratie représentative exige notre participation à la gestion des affaires politiques, économiques et sociales de notre pays. Le moment est venu pour les Camerounais vivant à l’étranger d’être représenté à l’Assemblée nationale et au Senat.

Les lois du 22 juin 2004 (complétées par d’autres lois) ont marqué une rupture par rapport à la décentralisation territoriale au Cameroun. L’examen de ces nouvelles lois met en exergue deux éléments qui constituent la nouveauté par rapport aux anciennes lois: les types de collectivités territoriales décentralisées (CTD) et les compétences à transférer.

D’après la constitution du 18 janvier 1996 et la loi n°2004/017 du 22 juillet 2004 portant orientation de la décentralisation, les CTD sont les régions et les communes. La région dispose de deux organes pour son fonctionnement, le conseil régional et le président du conseil régional. Le conseil régional est l’organe délibérant de la région. Il est composé des conseillers régionaux élus pour un mandat de cinq ans. Les conseillers régionaux représentent les départements et le commandement traditionnel.

Quant au président du conseil régional, il assure l’exécutif de la région et est assisté par un bureau régional élu en même temps que lui au sein du conseil. Le bureau régional doit refléter la composition sociologique de la région. Il est composé d’un premier vice-président, d’un deuxième vice-président, de deux questeurs et deux secrétaires. Les modalités de fonctionnement, les attributions sont définies par la loi.

En ce qui concerne les communes, les nouvelles lois sur la décentralisation marquent une rupture dans la distinction communes rurales/communes urbaines simples/et communes urbaines à régime spécial. Ainsi en dehors des régions qui se situent au niveau provincial, les départements, les arrondissements et les districts seront tous dotés en CTD appelées tout simplement « communes ».

Selon l’article 15, alinéa 1 de la loi n°2004/017 portant orientation de la décentralisation, l’état transfère aux CTD, dans les conditions fixées par la loi, des compétences dans les matières nécessaires à leur développement économique, social, sanitaire, éducatif, culturel et sportif. Ces compétences ne sont pas exclusives, elles sont exercées de manière concurrente par l’état et les CTD.

Il est donc surprenant qu’au moment où L’État camerounais souhaite mobiliser sa diaspora pour son développement, les modalités diverses ne soient pas prises pour compléter la règlementation en vigueur et permettre aux camerounais de la diaspora d’influencer directement le développement de leurs régions et communes. Les jumelages observés et souhaités peuvent pourtant être facilités par les membres de la diaspora qui, pour certains, ont la notoriété et le respect dans leurs pays d’accueil.

L’intégration institutionnelle

Le Gouvernement Sénégalais a créé, le 27 Août 2003, le Ministère des Sénégalais de l’Extérieur, pour donner toute la mesure de l’importance qu’il accorde à la communauté sénégalaise vivant à l’étranger, eu égard à sa représentation quantitative et qualitative. Le Ministère des Sénégalais de l’Extérieur se devait, en collaboration avec les Missions Diplomatiques et Consulaires, de véhiculer les informations qui permettent aux Sénégalais expatriés d’accomplir les formalités requises pour une meilleure prise en charge de leur séjour à l’étranger, mais aussi de leur retour au pays. Plus près de nous, Chief Olusegun Obasanjo a lancé en 2000 le Nigerians in Diaspora Organization (NIDO), impressionné par la taille et la qualité des nigérians de la diaspora, mais inquiet de l’absence d’une plate-forme unifiée de l’engagement avec le gouvernement.

Depuis les années 1990, le gouvernement indien a créé au sein de son ministère des affaires étrangères une division des Indiens non-résidents et des personnes d’origine indienne, ces derniers pouvant disposer d’une carte attestant de leur origine. En janvier 2005, lors de la conférence du Pravasi Bharatiya Divas, devant 2 500 délégués de la diaspora indienne venus de 61 pays, le Premier ministre indien Manmohan Singh a fait état de son espoir de voir un jour tous les descendants d’immigrants indiens vivant dans différents pays du monde bénéficier de la citoyenneté indienne s’ils le désirent.

A défaut d’un département de la diaspora attaché à la Présidence de la République, il a été créé en 2005 la Division des Camerounais à l’Étranger au MINREX. Cette division a initié une série d’échanges, notamment un colloque international sur le thème « Diaspora et Développement dans les Relations Euro-Africaines » organisé, du 13 au 15 décembre 2006 à Yaoundé, avec la participation des représentants de la Diaspora Camerounaise venus d’Afrique, d’Amérique et d’Europe.

Un groupe de travail aurait été créé au sein du MINREX en 2008, avec pour mission de réaliser une ébauche de politique nationale de mobilisation, de protection et de valorisation de la diaspora. Les conclusions de ce groupe auraient été soumises à une réflexion interministérielle, dont l’objectif était la rédaction d’un document de projet d’une politique de gestion des Camerounais de l’étranger, intégrant tous les domaines de la vie du pays. On attend toujours la suite !

De tels arrangements institutionnels signifient une approche géopolitique nouvelle dans ces pays. Certains vont même plus loin en créant des institutions pour renforcer les liens culturels avec leur diaspora, mais aussi pour transformer les membres de la diaspora en ambassadeurs du pays d’origine.

Les structures administratives

Rien n’est vraiment fait à ce niveau quand on suit l’actualité des drames récurrentes liées a l’immigration a l’Europe. Pourtant, les pays africains se respecteraient en renforçant les mécanismes de protection de leurs citoyens expatriés dans les pays d’accueil ou le développement d’une politique de lutte contre les discriminations subies par leur diaspora.

Le 29 juillet 2009, à Paris, le Président Biya a exprimé le vœu de voir les Camerounais vivant en France mettre leur savoir et leur savoir-faire au service du développement du pays. Il a en outre rassuré ses compatriotes quant à la volonté de l’État de leur garantir, à travers des négociations bilatérales avec les pays d’accueil, de meilleures conditions de séjour. Est-ce la situation de ces compatriotes vivant en France a-t-elle changée entre-temps ?

Les mesures incitatives

L’exode des compétences des pays africains devrait se poursuivre dans un avenir prévisible, en raison de la vigueur d’un certain nombre de facteurs attractifs et incitatifs. Les diasporas constituent un réservoir de connaissances et de ressources humaines et financières que ces pays pourraient utiliser, afin de contribuer au développement national. Les gouvernements de ces pays ne font que commencer à prendre des mesures pour exploiter ce potentiel. Des mesures plus incitatives sont nécessaires pour renforcer la contribution des diasporas au développement. Certaines de ces mesures incluent la facilitation de l’investissement, des transferts de technologies et de connaissances de la diaspora au pays d’origine, de la reconnaissance de la contribution de la diaspora envers le pays d’origine par la création d’une distinction honorifique particulière, etc.

Le succès de ces initiatives passe par la mobilisation et la coordination des efforts et des ressources de différentes parties prenantes, notamment : institutions et entreprises des pays d’origine, pouvoirs publics dans les pays d’accueil, organisations d’expatriés, ONGs, donateurs bilatéraux, organisations internationales.

Le Cameroun a signé avec la France en mai 2009 un accord de coopération en matière de gestion concertée des flux migratoires et de développement solidaire entre les deux pays. A travers ledit accord, les deux pays s’engagent notamment à : promouvoir les instruments financiers crées en France dans le but de faciliter les transferts de fonds des migrants et de leurs investissements dans les activités participant au développement économique du Cameroun; faire bénéficier les camerounais établis en France, des dispositifs français du compte d’épargne co-développement et du livret d’épargne pour le co-développement, lequel donne lieu à une prime d’épargne; mettre en œuvre des stratégies concertées destinées à permettre la réinsertion, au Cameroun, des professionnels camerounais travaillant en France et volontaires pour un tel retour; conjuguer leurs efforts afin de permettre aux professionnels susmentionnés de bénéficier, au Cameroun, de conditions d’exercice de leur métier, dans le secteur public ou dans le secteur privé, aussi favorables que possible; encourager la réinsertion des étudiants dans leur pays d’origine à la suite d’une expérience d’expatriation.

Renseignement criminel et compétitivité des économies africaines : L’approche du CAVIE

D’après le rapport sur la compétitivité en Afrique 2015, l’Afrique a enregistré une croissance supérieure à 5% en moyenne, une main-d’œuvre de plus en plus abondante et l’émergence d’un vaste marché de consommation offrant des opportunités de croissance supplémentaires au cours des 15 dernières années. Ce rapport est le fruit de la collaboration entre le Forum économique mondial, la Banque internationale pour la reconstruction et le développement/Banque mondiale, la Banque africaine de développement et l’Organisation de coopération et de développement économiques.

Les conclusions de ce rapport se rapprochent de celles de la plupart des analyses sur l’évolution de l’Afrique, louée comme le prochain continent émergent. Certains experts prédisent qu’au cours des cinquante prochaines années, l’Afrique aura toutes les chances de réaliser son ambition de créer une zone économique dynamique, diversifiée et compétitive avec une évolution démographique supérieure à celle de la Chine ou de l’Inde, trois fois supérieure à celle de l’Europe[1]. D’autres estiment que le potentiel en ressources naturelles du sous-sol de l’Afrique sera à l’origine d’investissements et les sociétés africaines pacifiques, stables et dynamiques ne connaîtront plus l’extrême pauvreté[2].

Dès lors, que faire pour que certains éléments de cette tryptique (croissance, ressources naturelles et évolution démographique) soient moins une source de tension mais plus une opportunité pour les Africains au détriment des pays riches qui chassent en meute nos richesses? Comment  renforcer la compétitivité des économies africaines en privilégiant une approche intégrale et intégrée fondée sur des données factuelles du renseignement criminel? Voilà les enjeux et la dimension du combat qui attendent les Africains dans les années à venir.

Le 4e forum des marchés africains émergents qui s’est achevé le 22 juin 2013 à Abidjan, a endossé la vision 2050 pour l’Afrique[3], élaborée en réponse à une demande de la 5e réunion ministérielle conjointe de l’Union Africaine et de la Commission économique des Nations Unies pour l’Afrique tenue en mars 2012.

Les participants à cette réunion conseillaient aux États africains de créer les conditions d’une croissance soutenue en mettant de l’ordre dans leur situation macroéconomique. Pour eux, nos gouvernements doivent suivre les politiques raisonnables et procéder à d’importantes réformes structurelles pour susciter une augmentation des flux d’aide, bénéficier d’allègements de la dette, et libérer nos propres ressources. Ces progrès pourront aboutir à la création d’un espace budgétaire grâce auquel les pays peuvent accroître leurs dépenses sociales et leurs investissements, en particulier dans les infrastructures et les services comme  les télécommunications, ce qui contribuera à rehausser le rythme de la croissance économique. Ils conseillaient aussi aux pays Africains d’accroître leur production agricole pour assurer une croissance plus solidaire, dont les bienfaits seront partagés de façon plus équitable entre tous les segments de la population, y compris les plus pauvres.

La réalité est que la décennie de croissance économique a beaucoup moins réduit la pauvreté en Afrique subsaharienne que dans le reste du monde. Le tiers des habitants du monde, en situation d’extrême pauvreté, vivant avec moins de 1,25 dollar par jour sont actuellement concentrés dans cette région, contre 11% il y a trente ans ; soit plus de 400 millions de personnes !

La quasi-totalité des pays africains ayant mené des études nationales de perspectives à long terme ont identifié la compétitivité comme une question stratégique clef dans le contexte actuel. Un contexte marqué par l’avancée significative de l’économie de marché et de l’idéologie libérale, l’émergence de pays nouvellement industrialisés, la mondialisation des échanges, la constitution de blocs économiques et régionaux, le Brexit et la remarquable accélération des innovations technologiques. Ces transformations touchent directement les pays africains qui doivent trouver des réponses appropriées pour que leur croissance économique et leurs ressources naturelles du sous-sol soient bénéfiques à ces millions de jeunes Africains annoncés en 2050.

Faute de quoi, l’Afrique sera très mal partie ou plutôt en danger car le risque est grand que sa jeunesse soit exclue du marché du travail et de l’économie structurée, avec pour résultante un chômage croissant. La croissance, elle-même, pourrait devenir une source d’instabilité (comme les ressources naturelles du sous-sol le sont déjà !) sans les voies et moyens de la rendre inclusive.

À l’aube des « Trentes Glorieuses » de l’Afrique, il y a certes beaucoup d’améliorations à apporter dans plusieurs domaines notamment la démocratie, la gouvernance, le leadership, l’intégration et de coopérations régionales, ou l’engagement de la diaspora pour le développement du Continent. C’est tout aussi vrai qu’à travers la Françafrique, l’ensemble des relations personnelles, des mécanismes politiques, militaires et culturels permettent à la France de continuer à piller ses anciennes colonies et d’autres pays africains. A l’instar du franc CFA, qui est toujours un outil de contrôle politique et économique de la France sur les pays africains de la zone franc.

Incontestablement, l’Afrique devra surmonter de multiples obstacles pour mettre à profit ce potentiel. Pour que sa croissance puisse être plus équitable et bénéficier à un plus large pan de sa population, il faut que les pays africains passent à des activités à plus forte valeur ajoutée, qui créeront des emplois de qualité pour leur population, de plus en plus nombreuse, et qui jetteront les bases d’une croissance soutenue. L’Afrique dispose de tous les ingrédients nécessaires à cette fin, et les décisions prises et les actions engagées aujourd’hui détermineront sa capacité à atteindre un niveau de prospérité plus élevé et accroître sa compétitivité.

Par une analyse détaillée des problèmes de compétitivité auxquels il est urgent de remédier, le renseignement criminel assorti d’une boîte à outils faite de veille technologique, économique, scientifique… mais aussi d’influence pourra aider à lever les obstacles et les difficultés qui empêchent les économies africaines d’exploiter tout leur potentiel.

C’est cet état d’esprit soldé par une politique affirmée que promeut le Centre Africain de Veille et d’Intelligence Économique en abrégé (CAVIE). L’honneur m’échoit  de proposer, dans le cadre de la plateforme du CAVIE, un modèle qui sustenterait des notes mensuelles sur le rapport du renseignement criminel à la compétitivité des économies africaines à travers un ensemble d’études stratégiques et internationales en tenant compte des facteurs endogènes et exogènes qui ont des effets sur ces économies.



[1] Lire le rapport des Sénateurs Jeanny Lorgeoux et Jean-Marie Bockel intitulé « L’Afrique est notre avenir »;  http://www.senat.fr/rap/r13-104/r13-1041.pdf.

[2] Banque africaine de développement; « L’Afrique dans 50 ans vers une croissance inclusive», Aout 2011.

[3] Lire le rapport « Afrique 2050 : Réaliser tout le potentiel du Continent »