Problématique de la mobilisation de la diaspora camerounaise : les réflexions du Think Tank CABAC au-delà du FODIAS2017

La première édition du Forum de la Diaspora (FODIAS2017) se déroule actuellement à Yaoundé sous le thème, « Le Cameroun et sa Diaspora : agir ensemble pour le développement de la Nation ». Les sept grands pôles définis comme prioritaires par les organisateurs et autour desquels seront organisés les débats sont les suivants: a) Santé, b) Sécurité Sociale, c) Éducation et Formation, d) TIC et Économie Verte ; e) Économie, Finances, Développement immobilier ; f) Art, Culture et Tourisme ; g) Communication et Relations Publiques.

FODIAS2017 reprend quelques réflexions du Think Thank CABAC. L’occasion était belle de centrer le débat sur le modèle d’engagement de la diaspora à travers les lois, les cadres politiques, l’intégration institutionnelle, les structures administratives, et les mesures incitatives. Que l’on soit d’accord ou pas de la définition des contours de l’organisation du forum, il est souhaitable de recadrer la problématique de la mobilisation de la diaspora camerounaise pour le développement du pays, un thème abondamment traité et ayant fait l’objet de plusieurs publications par les experts du Think Tank CABAC. Les articles qui suivent sont des résumés des chapitres de l’ouvrage collectif intitulé, « Diaspora Camerounaise: En dehors de l’État, Au sein de la Nation », rédigé par une vingtaine d’intellectuels et professionnels camerounais.

Le projet d’élaboration de cet ouvrage avait pour but d’explorer l’ampleur et la pluralité des modalités de l’influence de la diaspora camerounaise sur les questions de développement du pays. L’un de ses objectifs majeurs du projet était de partager avec l’ensemble des camerounais une réflexion, une idée, voire un projet de société qui réunirait tous les enfants d’une même nation afin de travailler ensemble à sa construction, son développement et son essor dans le monde. La sortie du livre a été un point d’ancrage dans le cadre du lancement d’activités du Think Thank CABAC.

Nous essayerons de répondre dans cette première contribution à la question sur la meilleure stratégie nationale de mobilisation de la diaspora à travers le modèle d’engagement proposé dans l’ouvrage.


Les réflexions sur la mobilisation du capital humain de la diaspora africaine au profit du développement du continent sont depuis longtemps et nous le verrons, au centre des débats dans les instances internationales ainsi que dans certaines institutions de recherche. L’idée générale qui ressort des divers travaux entrepris est qu’au-delà des envois de fonds, la diaspora africaine peut aussi transférer au continent des idées, une pensée, des valeurs, des modes de vie et des systèmes de référence susceptibles de sortir l’Afrique de sa désuétude et de son sous-développement.

L’investissement sur les diasporas scientifiques est aujourd’hui l’un des grands thèmes prônés par les nouvelles politiques de développement en faveur de l’Afrique initiées par certaines organisations internationales. Il semble pouvoir apporter des solutions à l’un des problèmes auquel le continent est confronté depuis des décennies, à savoir la fuite des cerveaux (ou fuite du capital humain). Il se dégage aujourd’hui un consensus interdisciplinaire de plus en plus large soulignant que l’utilisation du capital humain de cette diaspora faciliterait la lutte contre la pauvreté et la promotion du développement économique des pays africains.

Cette interdisciplinarité regroupe les théories modernes du capital humain, les théories et stratégies de développement, et l’analyse théorique des migrations internationales. L’articulation entre ces différents concepts n’est nullement un effort scientifique. Les outils et les résultats d’analyse de cet ensemble de disciplines, en l’occurrence, cette interdisciplinarité est la volonté pratique de transformer le « brain drain » dont sont victimes les pays africains en un « brain gain ».

Depuis Adam Smith, la plupart des économistes reconnaissent que les compétences de la main d’œuvre d’un pays représentent un de ses atouts concurrentiels les plus importants. Les origines de la théorie moderne du capital humain remontent toutefois aux années 60, alors que Theodore Schultz, puis Gary Becker, proposaient leurs analyses théoriques et empiriques des liens entre l’investissement en capital humain et la rémunération. La théorie du capital humain peut en effet contribuer à expliquer la croissance économique d’un pays et l’apport protéiforme (éducation, formation, envois de fonds, influence diplomatique, transfert de technologies, etc.) de sa diaspora.

En mettant en relief les trois disciplines (capital humain, développement et migrations) sur la problématique de la diaspora africaine, on comprend aisément les démarches de l’Union africaine et/ou la Banque africaine de développement de structurer au niveau continental cette diaspora pour en faire une « sixième région ». La diaspora, dans ce cas, devra avoir un rôle stratégique fait d’influence, de lobbying, et de négociations. Elle devra aussi être un réel vecteur d’intelligence culturelle en apportant une valeur ajoutée au dialogue interculturel par des pratiques et des initiatives visant à faciliter une appréhension mutuelle des valeurs et des intérêts communs des sociétés mondiales.

En vue de prendre en compte toutes ces préoccupations, il semble convenable d’apprécier notre modèle d’engagement avec une diaspora, en se basant sur les exemples réussis dans certains pays de référence.

Modèle d’engagement avec une diaspora

Plusieurs organisations internationales considèrent les diasporas comme des vecteurs de développement, les encouragent à jouer un rôle institutionnel par le biais du dialogue et de consultations régulières, et facilitent la mise en place d’une politique nationale encourageante pour les diasporas désireuses de participer au développement de leur pays d’origine. Ces mécanismes contribuent à un bon équilibre entre le processus d’intégration des diasporas dans la société d’accueil et le maintien des liens de ces diasporas avec leur pays d’origine.

Ces nouvelles formes de mobilisation des diasporas peuvent être résumées dans un modèle d’engagement de la diaspora (voir figure ci-dessous) élaboré à partir des données collectées des exemples des pays qui ont réussi à travailler avec leurs diasporas. Ce modèle est basé sur les régularités mises en évidence à partir de la comparaison de plusieurs cas d’entre eux. Les conclusions portent alors sur les résultats de la comparaison. Le modèle d’engagement de la diaspora proposé comporte cinq construits : les lois, les cadres politiques, l’intégration institutionnelle, les structures administratives, et les mesures incitatives. Les pays choisis sont la Corée du Sud, l’Inde, la Chine, l’Israël, et la Tunisie.

Par rapport au cas spécifique du Cameroun, même si la passation de pouvoirs a été difficile entre Ahidjo Babatoura et Biya Barthelemy avec comme apogée la condamnation à mort par contumace du premier le 28 février 1984, accusé de complot contre la sûreté de l’État, le Président Biya a maintenu la politique de suspicion et d’exclusion par rapport à la diaspora camerounaise. A titre d’exemple, la loi n° 68-LF-3 du 11 juin 1968 portant code de la nationalité camerounaise a été signée par Ahidjo et n’a jamais été amendée malgré ses innombrables contradictions, l’évolution quantitative et qualitative de la diaspora, les appels récurrents de la société civile et des partis d’opposition.

Henri Eyebe Ayissi, alors Ministre des Relations Extérieures (MINREX) du pays, a au moins le mérite de proposer une démarche dite du Gouvernement résumée dans un article intitulé « Pour une mobilisation patriotique de la diaspora camerounaise » disponible sur Internet en 2010 où il tenta d’exposer les grandes lignes de la politique de gestion des relations avec la diaspora dont on a vraiment vu aucune mise en œuvre depuis qu’il n’occupe plus ce département ministériel !

Les lois

Sur le vote de la diaspora: Lors de son passage le 29 juillet 2009 en France, le Président Biya a déclaré qu’il a pris bonne note des doléances et des souhaits de ses compatriotes concernant notamment leur participation au vote électoral et aussi le problème de la double nationalité. Le décret n°2011/237 du 8 août 2011 portant sur les modalités d’application de la loi n°2011/013 du 13 juillet 2011 relative au vote des citoyens camerounais établis ou résidant à l’étranger a été promulgué et semble redondant, dans la mesure où le droit de vote est reconnu à l’ensemble des citoyens Camerounais âgés d’au moins 20 ans, ainsi que le précise l’alinéa 3 de l’article 2 de la Constitution du 18 janvier 1996.

Les modalités pratiques permettant l’exercice effectif du droit de vote qui est reconnu à la diaspora reste à peaufiner au regard des approximations observées lors de la dernière élection présidentielle dans les opérations qui ont eu lieu dans les missions diplomatiques et postes consulaires de 33 pays de par le monde. Que seulement 24.372 Camerounais de l’étranger se soient inscrits sur les listes électorales sur les 4 millions de Camerounais vivant à l’étranger (statistiques du MINREX) lors de la même élection montre clairement qu’il y a problème.

Les solutions doivent être apportées par rapport au recensement des camerounais en âge de voter dans les différents pays, leur inscription sur les listes électorales, la détermination et la localisation des bureaux de vote, la mise en place du vote électronique pour éviter des déplacements dans des pays où se trouvent les missions diplomatiques et postes consulaires.

Sur l’octroi de la double nationalité à tous les descendants du pays vivant à l’étranger : La double nationalité peut resserrer les relations entre les diasporas et leur pays d’origine en facilitant les voyages, en évitant les contraintes imposées aux étrangers dans certains cas (travail temporaire ou possession de terrains, par exemple) et en ouvrant droit aux services publics et aux prestations sociales. De façon plus générale, elle peut aider à maintenir des liens émotionnels avec le pays d’origine, encourageant ainsi des contacts et des flux d’investissement constants. Malgré ces avantages, seuls 21 des 54 pays africains autorisent la double nationalité.

La double nationalité est reconnue par le droit camerounais de la nationalité dans deux cas seulement, à savoir celui des sportifs de haut niveau et celui des Camerounais(es) qui acquièrent, par le mariage, la nationalité de leur conjoint. Une modification du code de la nationalité s’impose. Un avant-projet de loi correspondant semble avoir été élaboré par le Ministère de la Justice mais tarde à être soumis pour la procédure législative en vigueur.

Les cadres politiques

La diaspora n’est représentée ni à l’Assemblée nationale, ni au Senat, ni aux conseils régionaux ou municipaux. Le montant des envois de fonds déclarés que reçoit le Cameroun de sa diaspora est estimé à 130, 167, 162, 148, et 148 millions de dollars en 2006, 2007, 2008 2009 et 2010 respectivement. Ce montant représente plus de 0,7 % du PIB du Cameroun. Notre contribution technique en tant que diaspora à notre pays est incalculable. L’État Camerounais perçoit des taxes sur nos transferts, nos investissements et lors de nos voyages répétés au Cameroun. Notre contribution au pays est énorme. Pour le moment, la diaspora n’est pas représentée au Cameroun. La démocratie représentative exige notre participation à la gestion des affaires politiques, économiques et sociales de notre pays. Le moment est venu pour les Camerounais vivant à l’étranger d’être représenté à l’Assemblée nationale et au Senat.

Les lois du 22 juin 2004 (complétées par d’autres lois) ont marqué une rupture par rapport à la décentralisation territoriale au Cameroun. L’examen de ces nouvelles lois met en exergue deux éléments qui constituent la nouveauté par rapport aux anciennes lois: les types de collectivités territoriales décentralisées (CTD) et les compétences à transférer.

D’après la constitution du 18 janvier 1996 et la loi n°2004/017 du 22 juillet 2004 portant orientation de la décentralisation, les CTD sont les régions et les communes. La région dispose de deux organes pour son fonctionnement, le conseil régional et le président du conseil régional. Le conseil régional est l’organe délibérant de la région. Il est composé des conseillers régionaux élus pour un mandat de cinq ans. Les conseillers régionaux représentent les départements et le commandement traditionnel.

Quant au président du conseil régional, il assure l’exécutif de la région et est assisté par un bureau régional élu en même temps que lui au sein du conseil. Le bureau régional doit refléter la composition sociologique de la région. Il est composé d’un premier vice-président, d’un deuxième vice-président, de deux questeurs et deux secrétaires. Les modalités de fonctionnement, les attributions sont définies par la loi.

En ce qui concerne les communes, les nouvelles lois sur la décentralisation marquent une rupture dans la distinction communes rurales/communes urbaines simples/et communes urbaines à régime spécial. Ainsi en dehors des régions qui se situent au niveau provincial, les départements, les arrondissements et les districts seront tous dotés en CTD appelées tout simplement « communes ».

Selon l’article 15, alinéa 1 de la loi n°2004/017 portant orientation de la décentralisation, l’état transfère aux CTD, dans les conditions fixées par la loi, des compétences dans les matières nécessaires à leur développement économique, social, sanitaire, éducatif, culturel et sportif. Ces compétences ne sont pas exclusives, elles sont exercées de manière concurrente par l’état et les CTD.

Il est donc surprenant qu’au moment où L’État camerounais souhaite mobiliser sa diaspora pour son développement, les modalités diverses ne soient pas prises pour compléter la règlementation en vigueur et permettre aux camerounais de la diaspora d’influencer directement le développement de leurs régions et communes. Les jumelages observés et souhaités peuvent pourtant être facilités par les membres de la diaspora qui, pour certains, ont la notoriété et le respect dans leurs pays d’accueil.

L’intégration institutionnelle

Le Gouvernement Sénégalais a créé, le 27 Août 2003, le Ministère des Sénégalais de l’Extérieur, pour donner toute la mesure de l’importance qu’il accorde à la communauté sénégalaise vivant à l’étranger, eu égard à sa représentation quantitative et qualitative. Le Ministère des Sénégalais de l’Extérieur se devait, en collaboration avec les Missions Diplomatiques et Consulaires, de véhiculer les informations qui permettent aux Sénégalais expatriés d’accomplir les formalités requises pour une meilleure prise en charge de leur séjour à l’étranger, mais aussi de leur retour au pays. Plus près de nous, Chief Olusegun Obasanjo a lancé en 2000 le Nigerians in Diaspora Organization (NIDO), impressionné par la taille et la qualité des nigérians de la diaspora, mais inquiet de l’absence d’une plate-forme unifiée de l’engagement avec le gouvernement.

Depuis les années 1990, le gouvernement indien a créé au sein de son ministère des affaires étrangères une division des Indiens non-résidents et des personnes d’origine indienne, ces derniers pouvant disposer d’une carte attestant de leur origine. En janvier 2005, lors de la conférence du Pravasi Bharatiya Divas, devant 2 500 délégués de la diaspora indienne venus de 61 pays, le Premier ministre indien Manmohan Singh a fait état de son espoir de voir un jour tous les descendants d’immigrants indiens vivant dans différents pays du monde bénéficier de la citoyenneté indienne s’ils le désirent.

A défaut d’un département de la diaspora attaché à la Présidence de la République, il a été créé en 2005 la Division des Camerounais à l’Étranger au MINREX. Cette division a initié une série d’échanges, notamment un colloque international sur le thème « Diaspora et Développement dans les Relations Euro-Africaines » organisé, du 13 au 15 décembre 2006 à Yaoundé, avec la participation des représentants de la Diaspora Camerounaise venus d’Afrique, d’Amérique et d’Europe.

Un groupe de travail aurait été créé au sein du MINREX en 2008, avec pour mission de réaliser une ébauche de politique nationale de mobilisation, de protection et de valorisation de la diaspora. Les conclusions de ce groupe auraient été soumises à une réflexion interministérielle, dont l’objectif était la rédaction d’un document de projet d’une politique de gestion des Camerounais de l’étranger, intégrant tous les domaines de la vie du pays. On attend toujours la suite !

De tels arrangements institutionnels signifient une approche géopolitique nouvelle dans ces pays. Certains vont même plus loin en créant des institutions pour renforcer les liens culturels avec leur diaspora, mais aussi pour transformer les membres de la diaspora en ambassadeurs du pays d’origine.

Les structures administratives

Rien n’est vraiment fait à ce niveau quand on suit l’actualité des drames récurrentes liées a l’immigration a l’Europe. Pourtant, les pays africains se respecteraient en renforçant les mécanismes de protection de leurs citoyens expatriés dans les pays d’accueil ou le développement d’une politique de lutte contre les discriminations subies par leur diaspora.

Le 29 juillet 2009, à Paris, le Président Biya a exprimé le vœu de voir les Camerounais vivant en France mettre leur savoir et leur savoir-faire au service du développement du pays. Il a en outre rassuré ses compatriotes quant à la volonté de l’État de leur garantir, à travers des négociations bilatérales avec les pays d’accueil, de meilleures conditions de séjour. Est-ce la situation de ces compatriotes vivant en France a-t-elle changée entre-temps ?

Les mesures incitatives

L’exode des compétences des pays africains devrait se poursuivre dans un avenir prévisible, en raison de la vigueur d’un certain nombre de facteurs attractifs et incitatifs. Les diasporas constituent un réservoir de connaissances et de ressources humaines et financières que ces pays pourraient utiliser, afin de contribuer au développement national. Les gouvernements de ces pays ne font que commencer à prendre des mesures pour exploiter ce potentiel. Des mesures plus incitatives sont nécessaires pour renforcer la contribution des diasporas au développement. Certaines de ces mesures incluent la facilitation de l’investissement, des transferts de technologies et de connaissances de la diaspora au pays d’origine, de la reconnaissance de la contribution de la diaspora envers le pays d’origine par la création d’une distinction honorifique particulière, etc.

Le succès de ces initiatives passe par la mobilisation et la coordination des efforts et des ressources de différentes parties prenantes, notamment : institutions et entreprises des pays d’origine, pouvoirs publics dans les pays d’accueil, organisations d’expatriés, ONGs, donateurs bilatéraux, organisations internationales.

Le Cameroun a signé avec la France en mai 2009 un accord de coopération en matière de gestion concertée des flux migratoires et de développement solidaire entre les deux pays. A travers ledit accord, les deux pays s’engagent notamment à : promouvoir les instruments financiers crées en France dans le but de faciliter les transferts de fonds des migrants et de leurs investissements dans les activités participant au développement économique du Cameroun; faire bénéficier les camerounais établis en France, des dispositifs français du compte d’épargne co-développement et du livret d’épargne pour le co-développement, lequel donne lieu à une prime d’épargne; mettre en œuvre des stratégies concertées destinées à permettre la réinsertion, au Cameroun, des professionnels camerounais travaillant en France et volontaires pour un tel retour; conjuguer leurs efforts afin de permettre aux professionnels susmentionnés de bénéficier, au Cameroun, de conditions d’exercice de leur métier, dans le secteur public ou dans le secteur privé, aussi favorables que possible; encourager la réinsertion des étudiants dans leur pays d’origine à la suite d’une expérience d’expatriation.

Renseignement criminel et compétitivité des économies africaines : L’approche du CAVIE

D’après le rapport sur la compétitivité en Afrique 2015, l’Afrique a enregistré une croissance supérieure à 5% en moyenne, une main-d’œuvre de plus en plus abondante et l’émergence d’un vaste marché de consommation offrant des opportunités de croissance supplémentaires au cours des 15 dernières années. Ce rapport est le fruit de la collaboration entre le Forum économique mondial, la Banque internationale pour la reconstruction et le développement/Banque mondiale, la Banque africaine de développement et l’Organisation de coopération et de développement économiques.

Les conclusions de ce rapport se rapprochent de celles de la plupart des analyses sur l’évolution de l’Afrique, louée comme le prochain continent émergent. Certains experts prédisent qu’au cours des cinquante prochaines années, l’Afrique aura toutes les chances de réaliser son ambition de créer une zone économique dynamique, diversifiée et compétitive avec une évolution démographique supérieure à celle de la Chine ou de l’Inde, trois fois supérieure à celle de l’Europe[1]. D’autres estiment que le potentiel en ressources naturelles du sous-sol de l’Afrique sera à l’origine d’investissements et les sociétés africaines pacifiques, stables et dynamiques ne connaîtront plus l’extrême pauvreté[2].

Dès lors, que faire pour que certains éléments de cette tryptique (croissance, ressources naturelles et évolution démographique) soient moins une source de tension mais plus une opportunité pour les Africains au détriment des pays riches qui chassent en meute nos richesses? Comment  renforcer la compétitivité des économies africaines en privilégiant une approche intégrale et intégrée fondée sur des données factuelles du renseignement criminel? Voilà les enjeux et la dimension du combat qui attendent les Africains dans les années à venir.

Le 4e forum des marchés africains émergents qui s’est achevé le 22 juin 2013 à Abidjan, a endossé la vision 2050 pour l’Afrique[3], élaborée en réponse à une demande de la 5e réunion ministérielle conjointe de l’Union Africaine et de la Commission économique des Nations Unies pour l’Afrique tenue en mars 2012.

Les participants à cette réunion conseillaient aux États africains de créer les conditions d’une croissance soutenue en mettant de l’ordre dans leur situation macroéconomique. Pour eux, nos gouvernements doivent suivre les politiques raisonnables et procéder à d’importantes réformes structurelles pour susciter une augmentation des flux d’aide, bénéficier d’allègements de la dette, et libérer nos propres ressources. Ces progrès pourront aboutir à la création d’un espace budgétaire grâce auquel les pays peuvent accroître leurs dépenses sociales et leurs investissements, en particulier dans les infrastructures et les services comme  les télécommunications, ce qui contribuera à rehausser le rythme de la croissance économique. Ils conseillaient aussi aux pays Africains d’accroître leur production agricole pour assurer une croissance plus solidaire, dont les bienfaits seront partagés de façon plus équitable entre tous les segments de la population, y compris les plus pauvres.

La réalité est que la décennie de croissance économique a beaucoup moins réduit la pauvreté en Afrique subsaharienne que dans le reste du monde. Le tiers des habitants du monde, en situation d’extrême pauvreté, vivant avec moins de 1,25 dollar par jour sont actuellement concentrés dans cette région, contre 11% il y a trente ans ; soit plus de 400 millions de personnes !

La quasi-totalité des pays africains ayant mené des études nationales de perspectives à long terme ont identifié la compétitivité comme une question stratégique clef dans le contexte actuel. Un contexte marqué par l’avancée significative de l’économie de marché et de l’idéologie libérale, l’émergence de pays nouvellement industrialisés, la mondialisation des échanges, la constitution de blocs économiques et régionaux, le Brexit et la remarquable accélération des innovations technologiques. Ces transformations touchent directement les pays africains qui doivent trouver des réponses appropriées pour que leur croissance économique et leurs ressources naturelles du sous-sol soient bénéfiques à ces millions de jeunes Africains annoncés en 2050.

Faute de quoi, l’Afrique sera très mal partie ou plutôt en danger car le risque est grand que sa jeunesse soit exclue du marché du travail et de l’économie structurée, avec pour résultante un chômage croissant. La croissance, elle-même, pourrait devenir une source d’instabilité (comme les ressources naturelles du sous-sol le sont déjà !) sans les voies et moyens de la rendre inclusive.

À l’aube des « Trentes Glorieuses » de l’Afrique, il y a certes beaucoup d’améliorations à apporter dans plusieurs domaines notamment la démocratie, la gouvernance, le leadership, l’intégration et de coopérations régionales, ou l’engagement de la diaspora pour le développement du Continent. C’est tout aussi vrai qu’à travers la Françafrique, l’ensemble des relations personnelles, des mécanismes politiques, militaires et culturels permettent à la France de continuer à piller ses anciennes colonies et d’autres pays africains. A l’instar du franc CFA, qui est toujours un outil de contrôle politique et économique de la France sur les pays africains de la zone franc.

Incontestablement, l’Afrique devra surmonter de multiples obstacles pour mettre à profit ce potentiel. Pour que sa croissance puisse être plus équitable et bénéficier à un plus large pan de sa population, il faut que les pays africains passent à des activités à plus forte valeur ajoutée, qui créeront des emplois de qualité pour leur population, de plus en plus nombreuse, et qui jetteront les bases d’une croissance soutenue. L’Afrique dispose de tous les ingrédients nécessaires à cette fin, et les décisions prises et les actions engagées aujourd’hui détermineront sa capacité à atteindre un niveau de prospérité plus élevé et accroître sa compétitivité.

Par une analyse détaillée des problèmes de compétitivité auxquels il est urgent de remédier, le renseignement criminel assorti d’une boîte à outils faite de veille technologique, économique, scientifique… mais aussi d’influence pourra aider à lever les obstacles et les difficultés qui empêchent les économies africaines d’exploiter tout leur potentiel.

C’est cet état d’esprit soldé par une politique affirmée que promeut le Centre Africain de Veille et d’Intelligence Économique en abrégé (CAVIE). L’honneur m’échoit  de proposer, dans le cadre de la plateforme du CAVIE, un modèle qui sustenterait des notes mensuelles sur le rapport du renseignement criminel à la compétitivité des économies africaines à travers un ensemble d’études stratégiques et internationales en tenant compte des facteurs endogènes et exogènes qui ont des effets sur ces économies.



[1] Lire le rapport des Sénateurs Jeanny Lorgeoux et Jean-Marie Bockel intitulé « L’Afrique est notre avenir »;  http://www.senat.fr/rap/r13-104/r13-1041.pdf.

[2] Banque africaine de développement; « L’Afrique dans 50 ans vers une croissance inclusive», Aout 2011.

[3] Lire le rapport « Afrique 2050 : Réaliser tout le potentiel du Continent »

CAMEROUN-FMI : Pourquoi les trois grandes options de Christine Lagarde seront difficilement applicables dans le contexte actuel ?

88960bChristine Lagarde, la Directrice Générale (DG) du Fonds Monétaire International (FMI) est arrivée à Yaoundé le 07 janvier 2016 pour une visite officielle de trois jours. Invitée au Palais de l’Unité à dîner avec le couple présidentiel, la patronne du FMI a fait savoir qu’au Cameroun, «la pauvreté règne encore et persiste particulièrement en milieu rural». Et pourtant, selon elle, «le Cameroun, comparé à certains de ses voisins, n’est ni sans atouts, ni sans options» et ce malgré un contexte économique régional des plus moroses. Elle a donc proposé trois grandes options qui contribueront au développement et à l’essor du Cameroun vers l’émergence en 2035: l’intégration régionale, un choix judicieux d’infrastructures et un bon climat des affaires. Dans le contexte actuel marqué par des intérêts stratégiques, économiques, politiques et, surtout, d’une inertie nationale et communautaire dans un environnement de corruption généralisée, ces options sont-elles raisonnables et applicables ? Et dans l’affirmative, leur applicabilité ne nécessite-t-elle pas de réformes prioritaires pouvant assurer leur efficacité pour le développement de notre pays ? L’objectif de cet article est d’apporter quelques éléments de réponse à ces questionnements.

D’abord, l’intégration et la coopération sous-régionales !

Les progrès réalisés par les pays de la sous-région Afrique centrale en matière de mise à exécution de leurs politiques communautaires de développement ainsi que leurs opinions sur les avantages qu’ils tirent de leur participation aux institutions communautaires donnent une idée des résultats obtenus en matière d’intégration et de coopération sous-régionales. Globalement parlant, ces résultats sont plutôt maigres. En effet, si l’on note quelques réalisations surtout au niveau des structures (création de trois communautés économiques régionales et de plusieurs organisations  intergouvernementales), on constate également la faiblesse ou l’absence des actions concrètes de l’intégration comme la libre circulation des facteurs de production et le droit d’établissement ; un commerce intra-communautaire développé ; l’existence d’un marché sous-régional des capitaux ; la réalisation des  projets d’industrialisation communautaires, et ; l’existence d’un mécanisme communautaire de prévention et résolutions des conflits.

Ce manque de résultats est la conséquence d’un ensemble de facteurs endogènes notamment l’impact des conflits au sein des États mais aussi inter-étatiques dont certaines conséquences sont l’instauration d’un environnement peu propice au développement économique, facteur ayant un impact négatif sur le processus de l’intégration et de la coopération régionales. Une situation d’insécurité qui s’est aggravée ces dernières années par le terrorisme de la secte islamiste Boko Haram.

Lire aussi : Bassin du Lac Tchad : Vers un État islamique Boko Haram ?

On note aussi des facteurs exogènes particulièrement une dette extérieure lourde et des programmes d’ajustement structurel imposés par les institutions de Bretton Woods.  Les efforts des pays de la  région d’intensifier leur  coopération sont  handicapés  par le service  d’une dette extérieure  de plus en plus insupportable, contactée avec la complicité des pourvoyeurs des fonds pour financer entre autres des projets dont la rentabilité était douteuse et gérés de manière hasardeuse. Actuellement, la presque totalité des entreprises créées dans ces conditions (éléphants blancs) sont bradée dans les programmes de privatisation des pays alors que  le remboursement des dettes contractées continue.

Les préoccupations liées à l’endettement relèguent au second plan les engagements pris dans le cadre régional, notamment les obligations financières envers les institutions d’intégration et de coopération régionale. Cette dette a  servi également d’alibi à la Banque Mondiale et le FMI pour imposer aux pays de la sous-région des programmes d’ajustement structurel.

L’assainissement du cadre macro-économique national en soi est une bonne chose. Le seul  problème est que les objectifs  poursuivis à  l’échelon national dans le cadre de ce réajustement macro-économique peuvent être contraires à ceux poursuivis au niveau communautaire et  de ce fait ils peuvent avoir un impact négatif sur le processus de l’intégration. Des expériences d’ailleurs montrent qu’au fur et à mesure que  ces programmes produisent au niveau de chaque pays des résultats, des tensions se développent entre les pays d’une même communauté.

Ensuite, un choix judicieux d’infrastructures à forte valeur ajoutée !

Dans son discours de politique générale lors du 3ème congrès ordinaire du RDPC[1] le 16 septembre 2011, le Président Biya a déclaré que «les grandes ambitions d’hier vont devenir les grandes réalisations. Et à partir de janvier 2012, le Cameroun sera un vaste chantier». À ce sujet, il a évoqué de grands projets comme  la construction de plusieurs barrages dont Lom Pangar, Memvele, ou Nachtigal. D’autres chantiers, annonçait-il, concerneront la construction d’un deuxième pont sur le Wouri à Douala, la construction du yard pétrolier et le port en eau profonde de Kribi. Le Président Biya aura quand même noté que ces « grandes réalisations » exigent une « nouvelle dynamique » qui permettra de transformer le Cameroun.

Christine Lagarde a insisté sur le choix judicieux d’infrastructures à forte valeur ajoutée et non une multiplication des projets d’infrastructures. Les projets cités par le Président Biya sont inéluctablement porteurs de beaucoup d’espoirs pour les Camerounais et seront sans doute de véritables vecteurs de création d’emplois pour le pays. Mais ce ne sont que de grands programmes d’équipement et d’infrastructures destinés à soutenir le développement dans quelques régions du pays d’une industrie globalement balbutiante. Dans son édition du 16 février 2010, le quotidien Mutations avait fait une excellente analyse sur la panne sur les ressorts de l’industrialisation au Cameroun. D’après le journal, l’ossature de l’industrie nationale est malmenée par un demi-siècle de tergiversations internes sur les stratégies d’industrialisation à adopter avec comme conséquence une baisse inexorable des investissements directs extérieurs.

L’activité industrielle camerounaise est caractérisée par une atonie aussi bien structurelle que conjoncturelle. Au lendemain de l’accès à l’indépendance, le Cameroun élabore une matrice d’actions économiques dont l’issue débouche sur la définition d’une politique industrielle adossée sur trois piliers : a) la réduction des importations par la politique d’import substitution en favorisant la production locale dans la limite des compétences ; b) la transformation des ressources naturelles afin de créer de la valeur ajoutée ; c) l’intervention massive de l’État pour le financement de l’industrie embryonnaire du pays. La récession mondiale des années 80, qui a entraîné la chute brutale des cours des matières premières, a empêché la réalisation du Plan directeur de l’industrialisation du Cameroun de 1987. L’intervention du FMI dans le redressement et la stabilisation des finances publiques, à travers l’instauration des plans d’ajustement structurel, a plombé toute tentative de développement industriel.

Le Ministère de l’Économie, de la Planification et de l’Aménagement du Territoire a entrepris en 2009 une réflexion nationale sur le long terme et publié un document ntitulé « Cameroun Vision 2035 ». L’un des objectifs généraux de cette vision prospective à long terme étant de faire du Cameroun un Nouveau Pays Industrialisé (NPI). Pour ce Ministère, la principale caractéristique d’un NPI  est une industrialisation rapide par une évolution accélérée du secteur manufacturier, et un développement harmonieux du domaine des services notamment dans ses composantes commerce, transport et tourisme.

Lire aussi notre livre sur la: Diaspora Camerounaise: En dehors de l’Etat, au sein de la nation

Enfin, un bon climat des affaires !

Lors des vœux traditionnels de fin d’année 2013, le Président Biya a avoué de manière explicite que le déficit de patriotisme (dont l’une des conséquences directes est la corruption généralisée) et la malgouvernance sont les principaux handicaps pour la mise en œuvre de la stratégie gouvernementale de marche vers une émergence à l’horizon 2035. Il a en outre souhaité qu’il nous faille sans aucun doute améliorer les choses par rapport à ces deux fléaux.

La corruption et la malgouvernance au Cameroun sont des dérives nationales qui causent la pauvreté, entravent le développement, et éloignent l’investissement. Elles sont endémiques et ont imprégnés tous les aspects de la vie nationale depuis des décennies. Le Cameroun a été classé en 1998 et 1999 par l’ONG Transparency International deux fois «champion du monde de la corruption». L’indice (2014) sur la “Facilité de faire des affaires” place le Cameroun à la 168e position sur 189 économies derrière les pays comme le Gabon, le Togo ou le Mali. Les pays sont classés en fonction de la facilité d’y faire des affaires, de 1 à 189, la première place indiquant le plus haut niveau de facilité. Un classement élevé sur l’indice de facilité de faire des affaires signale un environnement réglementaire propice aux opérations commerciales. L’indice correspond à la moyenne des classements sur les 10 indices étudiés. Pour tous ces indices, le Cameroun est très mal classé.[2]

Plusieurs hauts responsables séjournent aujourd’hui en prison pour détournement de plus de 200 milliards de FCFA de fonds publics[3]. Il semblerait que cette estimation ne représente que la partie visible de l’iceberg de 5,789 milliards de FCFA (minimum) spoliés au pays en 40 ans !  En effet, selon une étude publiée en 2010 par le programme Global Financial Integrity du Center for International Policy, les flux financiers sortant du pays entre 1970 et 2008 ont atteint 5,789 milliards de FCFA.

La prévention de la corruption et l’action de l’ARMP est plombée par la création du Ministère des Marchés Publics. De 1989 à 2011, près de 20 modifications substantielles des règlements des marchés publics ont eu lieu, suivies, en 2001 du décret n°2001/048 du 23 février 2001 portant création, organisation et fonctionnement de l’Agence de Régulation des Marchés Publics (ARMP) et en 2004 du décret n°2004/275 du 24 septembre 2004 portant Code des marchés publics… et finalement, le décret N°2011/408 du 09 décembre 2011 portant création du Ministère des Marchés Publics (Minmap) placé sous l’autorité de Ministres Délégués à la Présidence de la République ! Cette situation serait l’une des raisons de la non-exécution du BIP en 2014 déplorée par le Président Biya dans son message à la nation à l’occasion de la fin de l’année 2013 !

 Lire aussi : Comment confisquer et restituer 5,789 milliards de FCFA spoliés au Cameroun en 40 ans ?

En guise de conclusion : Comment le Cameroun peut-il suivre les options du FMI ?

La croissance doit atteindre un niveau élevé, entre 8 et 10% et sur une longue période, pour pouvoir induire une réduction sensible de la pauvreté de masse dans notre pays. Cela passe nécessairement par les trois grandes options proposées par la DG du FMI, mais sans doute par d’autres décisions stratégiques notamment la gestion autonome d’une monnaie nationale ! Il nous faut néanmoins tenir compte de nos échecs dans ces domaines en proposant promptement des reformes diverses.

Premièrement, dans un passé récent, la relation entre le Nigeria et le Cameroun est devenu hostile sur la presqu’île de Bakassi et les liens économiques entre les économies restent limitées. Le conflit a été résolu dans un règlement pacifique et diplomatique ouvrant ainsi la possibilité d’accroître les liens économiques et commerciaux entre les deux pays en supprimant les obstacles avec des procédures commerciales transparentes, en luttant énergétiquement contre la sécurité maritime et la piraterie dans le Golfe de Guinée, et stoppant urgemment l’insurrection Boko Haram. Une réévaluation des expériences, défis et opportunités en matière d’intégration et de coopération régionales dans la sous-région Afrique centrale doit prendre en compte la nature et le nombre des structures communautaires existantes et la place du Nigeria en tant que première puissance économique en Afrique dans le cadre par exemple d’une Communauté Économique des États du Golfe de Guinée (CEEGG), une structure à cheval entre la Communauté économique des États de l’Afrique de l’Ouest (CÉDÉAO), la Communauté Économique des États de l’Afrique Centrale (CEEAC) et  la Communauté Économique des États de l’Afrique Centrale (CEMAC). Il faut rapidement concrétiser les souhaits du Président Biya que la récente visite du Président Buhari au Cameroun serve « à une dynamique nouvelle dans la relation économique entre nos deux pays pour plus de solidarité et de complémentarité » dans le but de promouvoir une grande fluidité d’échanges et plus de joint-ventures entre les opérateurs économiques des deux pays et de développer encore plus de projets transfrontaliers d’intérêt commun.

Deuxièmement, les pays africains qui connaissent un boom économique sans précédent sont ceux qui prennent une part de plus en plus active dans le commerce intercontinental et mondial. Ces nations ont la capacité à pouvoir tirer profit de l’économie de la connaissance, à intégrer leur diaspora dans la réflexion sur le destin national, ou à investir massivement dans l’acquisition de technologies de pointe (énergies renouvelables, télécoms et services connexes, TICs, etc.). Ces pays ont aussi profondément réformé les secteurs de l’énergie et des télécommunications y compris les structures nationales de régulation (ANTIC, ART, ou ARSEL) et opérationnelles (CAMTEL, ENEO, etc.). Voici quelques exemples d’infrastructures à valeur ajoutée à copier et dont suggère le FMI.

Enfin, les résultats en matière de lutte contre la corruption au Cameroun sont mitigés : ils se résument surtout à la mise à jour des législations nationales et des cadres légaux pour être en conformité avec les conventions et mécanismes de surveillance anti-corruption internationaux. Le fait que la corruption soit endémique et a imprégné tous les aspects de la vie nationale pendant une longue période, demande une nouvelle approche multidimensionnelle qui impliquerait à la fois des mesures réactives et proactives pouvant offrir les meilleures chances de ramener la corruption sous contrôle. Cette stratégie devrait inclure des réformes structurelles, une plus grande transparence dans la gestion des affaires publiques, une révision de nos rapports avec nos partenaires bilatéraux et multilatéraux, et une coopération efficace entre les agences de lutte contre la corruption.

Les insuffisances du dispositif anticorruption et les difficultés pour la mise en œuvre de ce dispositif peuvent se décliner par un manque de volonté politique malgré les déclarations d’intention ; une prévention de la corruption inefficace avec la création du Ministère des marchés publics et une ARMP inopérante ; la non-ratification de la Convention de l’Union Africaine ; la non transposition des dispositions de la Convention des Nations Unies contre la corruption dans le dispositif juridique national même avec la création de la CONAC dont l’action est plombée par l’Opération Épervier qui est plutôt perçu comme un instrument politique; un cadre juridique non adapté : la création de la TCS étant perçu comme un aveu d’échec de la justice; l’absence de coopération judiciaire au niveau national et communautaire et le manque de coordination entre les acteurs nationaux anticorruption ; le manque de méthodes de gestion et d’outils modernes (au sein de l’ANIF notamment) permettant une lutte efficace contre la corruption et la malgouvernance ; une politique de renforcement est balbutiante, dispersée et mal adaptée aux besoins réels ; et enfin un nécessaire retour à nos valeurs culturelles et sociales et renforcement des cours de civisme à l’école.

[1] Acronyme de Rassemblement démocratique du peuple camerounais (RDPC), parti au pouvoir au Cameroun qui est issu de l’Union nationale camerounaise (UNC), ancien parti unique fondé par le premier Président Ahidjo. L’UNC a dominé la vie politique au Cameroun de 1960 à 1984 avant d’être rebaptisée RDPC en 1985 par l’actuel président Paul Biya.

[2] Accessible sur le site: http://francais.doingbusiness.org/rankings.

[3] Pour plus de détails sur ces détournements, lire l’analyse d’Edouard Kingue du 27 Septembre 2012 dans le journal camerounais, Le Messager.