Crise anglophone: le nécessaire dialogue social. Mes propositions pour la paix au Cameroun

J’appelle au dialogue pour résoudre la situation de crise dans la partie anglophone du Cameroun.

Le Président Biya a ordonné récemment l’arrêt les poursuites pendantes contre des leaders du mouvement de protestation anglophone et leurs libérations. Ce geste d’apaisement présidentiel constitue un pas positif dans la recherche d’une solution par le dialogue.

Nous avions tous proposé des solutions à cette crise. Je reste convaincu que le fédéralisme peut aider notre pays en rapprochant le pouvoir des peuples. Je réitère cette proposition d’une nouvelle forme de l’État qui dépasse les clivages anglophones-francophones et offre un modèle moderne à 5 ou 6 États fédérés utilisant officiellement le français, l’anglais et si possible la reconnaissance de deux langues locales écrites.

Plusieurs intellectuels et personnalités de la société civile sont d’accord sur la mise en place progressive du fédéralisme à plusieurs États dans notre pays. Déconcentrer le pouvoir au profit des collectivités territoriales est un processus de longue haleine qui demande une volonté politique, une vision de développement, un état d’esprit et du courage pour réinventer le Cameroun de demain !

Nous devons continuer à clarifier ces propositions dans l’apaisement. Les leaders de toutes les communautés du pays doivent tout faire pour ramener la paix dans notre pays en évitant des discours, positions et gestes contraires à l’apaisement et à la paix.

Nous croyons au dialogue et nous suivons de très près ce problème à tous les niveaux. On peut vouloir appeler les forces extérieures pour résoudre nos problèmes internes; cela ne servira à rien. Il y a du côté de nos frères et sœurs des deux régions anglophones du Nord-Ouest et du Sud-Ouest des responsables qui ont la même vision du pays et aussi certains responsables au sein du pouvoir actuel.

Nous devons continuer à rassembler. Les sécessionnistes et les bellicistes au pouvoir seront minoritaires à un moment donné en interne et à l’extérieur du pays.

Le pouvoir central a aussi intérêt à discuter. C’est la logique de la résolution des conflits dans la paix. Le problème est que si nous, fédéralistes, continuons à mettre de l’huile sur le feu avec d’autres types de discours, ça ira très mal pour le pays.

Le Président Buhari utilise actuellement une autre démarche pour régler le problème des sécessionnistes au Nigéria car là-bas les Elders sont écoutés. Chez nous, on a perdu cette communauté d’Elders respectés au vu de leurs échecs répétés au début et/ou pendant cette crise. En attendant que nos Elders retrouvent leurs positions naturelles de leaders au sein de nos communautés, nous sommes convaincus que la seule issue c’est rassembler ce noyau de Camerounais modérés dans toutes les communautés et poser les bases d’un dialogue entre frères et sœurs.

L’apaisement est en chacun de nous comme le conseillait justement le Dalaï-Lama. Le salut du Cameroun réside en chacun de nous, non pas dans un système, une croyance, ou à l’intérieur d’une frontière donnée. L’ennemi n’est pas au-dehors, mais en dedans. En chacun de nous sommeille un monstre ; en chacun de nous vit un saint.

Au nom de la paix dans notre pays, je propose les quatre points suivants pour une sortie de la crise :

  1. Constituer une équipe composée des membres influents de la société civile du pays et de la diaspora ;
  2. Libérer les autres sympathisants du mouvement de protestation anglophone qui seraient encore en prison et permettre aux exilés de revenir au pays ;
  3. Engager un dialogue franc et sincère avec toutes les parties prenantes ;
  4. Publier les résolutions prises avec un calendrier d’exécution et mettre en place un mécanisme de suivi de mise en œuvre des résolutions prises.

Si les quatre points ci-dessus sont respectés, je me mettrai à la disposition du pays pour aider à la résolution pacifique de la crise.

Fait à Douala le 23 Septembre 2017
Dr. Alain NKOYOCK
Écrivain, universitaire et diplomate.

La subversion démocratique

Mactar SILLA

Docteur-ès-Lettres, Angliciste, Licencié en Droit, Président Fondateur de MSA-COM, ancien Directeur Général de la Radiodiffusion Télévision Sénégalaise, d’Africa Online et de WorldSpace West Africa, ancien Directeur de TV5 Afrique et Président de l’Union des Radiodiffusions et Télévisions Nationales d’Afrique.


Le titre du présent ouvrage peut faire penser à priori à un ouvrage de quelques techniciens, pétris du savoir puisé dans le World Wide Web et désireux de trouver le « cobaye idéal » en ces élections tropicales africaines tant décriées, chaque fois que l’occasion en est offerte par des détracteurs ou des observateurs simples ou avertis. Les lecteurs qui s’en tiendraient à cette perception première auront raté une belle occasion de s’imprégner de véritables solutions à une question fondamentalement politique et à des enjeux de société, de culture, de citoyenneté, de développement et de consolidation de l’Etat de droit.

Quel observateur, intellectuel ou non, scolarisé ou pas, urbain ou rural n’est pas envahi à longueur de journées, de mois, d’années, par les scènes, images et sons de désastre démocratique qui n’épargnent aucune région de notre continent ? Qui ne saurait être insensible à ces mouvements et crises de défiance qui plongent de nombreux pays Africains dans une instabilité quasi congénitale ? Qui n’a eu vent de ces contestations de légitimité qui font le lit des guerres et secousses ethniques, tribales, politiques et autres animosités et convulsions qui rythment le quotidien africain? Qui n’a pas vécu les lendemains incertains d’élections ou la confusion la plus totale recouvre le rapport vainqueurs-vaincus ? Qui ne ressent au plus profond de son être l’image et la triste réalité d’une Afrique déchirée, déchiquetée, divisée, impuissante face à son destin et otage d’une classe politique plus préoccupée, selon le moment, par le maintien d’un régime ou la conquête du pouvoir au mépris de la prise en charge et de la satisfaction des aspirations citoyennes et des promesses de campagne ? Qui n’a ri, soit aux éclats, soit sous cape, lorsque les résultats d’une élection auront mis plus de cinq, six, sept ou huit  jours pour  faire l’objet d’une première annonce, en attendant une proclamation plus officielle ? Qui en Afrique, en ce 21e siècle, ne retrouve pas dans son vocabulaire électoral, les « bourreurs d’urnes » ou les « multiples voteurs », ces voleurs d’un genre particulier ?

Le plaidoyer pourrait s’étirer davantage, nous mettant, à chaque interrogation, devant notre propre miroir de la honte, du spectacle de désolation, de dénuement, de promesses non tenues, d’espoirs anéantis, de capitulation de nos élites, de démission de nos intellectuels, d’absence de perspectives pour les générations d’aujourd’hui et de demain. Comment remédier à cette situation ou souvent le burlesque le dispute au dramatique ? Comment relever la tête et faire face, en proposant des pistes de solution aptes à fonder le socle démocratique, facteur de paix et de stabilité, de légitimité et de crédibilité, d’adhésion et de mobilisation saine et dynamique qui permettra de s’atteler avec méthode, détermination et cohérence à l’œuvre de construction nationale, au service de nos populations ?

Le présent ouvrage, réalisé sous la direction de notre jeune frère et ami, l’universitaire doublé du technicien Alain NKOYOCK, participe de ces instruments indispensables à l’émergence d’une Afrique réhabilitée avec ses valeurs de civilisation, ses traditions et en phase avec ses impératifs de développement et de modernité. La faculté d’écoute, d’analyse, la technicité sont mises au service d’une organisation susceptible de freiner, du moins d’amoindrir les revendications sempiternelles, justifiées ou non des lendemains électoraux, en allant d’abord s’abreuver à la source de ceux qui savent : les acteurs politiques et administrateurs des processus électoraux. Fort de l’expérience de ceux qui connaissent le système dans ses différentes phases, celles d’AVANT, PENDANT et APRES le processus, cernant ainsi, dans une démarche méthodologique les BESOINS DES CLIENTS dont les électeurs, Alain NKOYOCK a su distribuer les rôles, assigner les objectifs pour atteindre les RESULTATS escomptés à travers un MODELE DE PLANIFICATION INFORMATIQUE et DEMOCRATIQUE. En cela, l’équipe reste fidèle à la méthode qui veut que « pour informatiser un système, il faut le connaître».

Assurément l’informatisation permet de prendre en charge techniquement la question des listes incomplètes, donc de la base de données du fichier électoral et de sa fiabilisation,  celle de la « normalisation » de l’âge électoral, et bien au delà, jette la lumière sur l’actualité et la pertinence de l’Etat civil, tant de décennies après l’accession de nos pays à la souveraineté internationale. Cette démarche à la fois croisée et pyramidale, compartimentée et transversale consiste en l’édification d’une base solide et cohérente sur laquelle viendront s’intégrer les divers éléments et étages de l’édifice démocratique.

L’informatisation viendrait-elle en appui à la « subversion démocratique » ou serait-elle un outil d’organisation et de renforcement de la démocratie par le biais d’élections ou la triche serait techniquement écartée ? Certains n’hésiteront pas à rétorquer que toute technique ne vaut que par l’utilisation qui en est faite et par la qualité, la conscience et la culture démocratique des divers acteurs. Ceci est vrai comme une lapalissade! Les structures ne valent en définitive que par les hommes qui les animent. D’autres nous jetteront cruellement à la face cette vérité quotidienne d’une Afrique aux communications arriérées entre les espaces géographiques d’un même pays, d’une même unité administrative, avec des interconnexions pour le moins approximatives.

Le mérite de l’ouvrage aura été de tenir compte de ces paramètres pour adapter les technologies existantes dans le monde et sortir un modèle original, qui, sous ses variantes, pourrait s’adapter à chaque pays africain, en fonction de critères liés au réseau des télécommunications, au degré d’électrification, aux modes d’accès à l’outil informatique. Le tout n’étant pas d’informatiser, l’ouvrage prend également en charge le délicat problème du renforcement des capacités par la formation qui est le corollaire de l’informatisation, tant pour les scolarisés que les non scolarisés.

En somme, NKOYOCK et son équipe nous démontrent que le problème posé n’est pas l’informatique « per se » mais qu’il s’agit d’apporter une plus-value, d’offrir un véritable catalyseur de changements organisationnels. D’aucuns auront tôt fait d’objecter et de dénoncer une subversion démocratique, allongeant par la même occasion la liste des délits de lèse-régime et lèse-majesté, dans un sursaut de survie et par attachement atavique à l’art du flou électoral, gage ou leurre de la pérennité ici bas.

Avec pertinence, l’ouvrage cerne les contours du problème plus global de l’introduction des nouvelles techniques dans le processus électoral, notamment de l’impérieuse nécessité de combler la non prise en compte par les législateurs africains de ces éléments de nouveauté et de modernité d’une part et de la capacité à créer une meilleure adhésion à l’exercice du droit de vote, dans la transparence et avec une plus grande confiance.

Voici l’informatique et nous voilà dans une sorte de « BRAVE NEW WORLD » ! Non ! avertissent les auteurs, l’informatique n’est pas une panacée. Il y a aussi les moyens de communication de masse telles les radios de proximité qui permettent le traitement à chaud et  la proclamation  immédiate et instantanée des résultats sortis des urnes grâce à ce gadget tant prisé mais ô combien subversif qu’est le téléphone portable. Mais quelle responsabilité professionnelle accrue pour les tenants du quatrième pouvoir !

La société civile, elle aussi s’affirme comme une composante de plus en plus réelle, dynamique, structurante de l’énorme majorité des « sans-partis » et de la demande démocratique. Elle joue et jouera partout en Afrique de plus en plus son rôle de pourvoyeuse de solutions de sortie de crise, de vigie et d’actrice du développement, à condition de mieux s’unir et prendre conscience de son potentiel et de ses responsabilités historiques sans pour autant se substituer aux organisations politiques. Cela est d’autant plus vrai partout où l’héritage et la pratique politicienne ont fini d’installer la désillusion, l’absence de relève politique, de renouvellement de la classe dirigeante, éloignant les faiseurs de roi des attributs de la couronne.

Rêve d’intellectuels ou « coup d’état informatique » ? S’il est certain que ce n’est point demain la veille pour le vote électronique partout ou dans une partie de l’Afrique, l’époque des « cyber-isoloirs », des bureaux de vote informatisés, des cartes perforées, qui n’ont pas laissé forcément pour ce que l’on en sait que des souvenirs de performance démocratique sous d’autres cieux plus cléments, l’Afrique électorale doit passer le cap des contestations primaires. L’informatisation peut permettre, ici et maintenant, de rendre le fichier plus fiable, de le vider de ses incongruités, de faciliter les procédures administratives qui jalonnent la vie d’un individu de la naissance à la mort.

Quid alors des libertés individuelles, de leur protection, de la violation du sacro-saint principe du secret des votes, de l’obsolescence soudaine de l’isoloir, du risque d’infantilisation du citoyen, des déviations possibles et probables? Voilà autant d’enjeux comportementaux, démocratiques, juridiques et sociaux que l’ouvrage aborde par l’un ou l’autre de ses auteurs.

La prétention est certainement de produire un ouvrage qui aura effet d’entraînement par une sorte d’interpellation de la conscience démocratique africaine et du sens de l’organisation. Il participe ainsi de ce bouillonnement des idées au sein des sentinelles de la démocratie, de la nécessité de respecter toute volonté populaire telle qu’elle s’exprime à travers des élections, qui ne seraient plus synonymes de violences, d’emprisonnements, de détournements du suffrage universel, d’enlisements dans l’instabilité, la haine, les conflits et le non-développement.

Je découvre, à travers cet ouvrage, une génération africaine patriote, responsable, capable de conceptualisation, d’action, de générosité et de responsabilité, partageant des convictions et soucieuse de jouer sa partition démocratique.

Je suis conforté dans la conviction qu’il existe des informaticiens, des juristes, des administrateurs, des journalistes, des fonctionnaires, des économistes, des hommes d’affaires, des leaders d’opinion, des religieux, des élites et des peuples qui peuvent, ensembles, être les artisans de cette « subversion démocratique », synonyme de progrès, de liberté, de cohésion, de solidarité, de paix et de total épanouissement de chacun et de tous.

Çà peut changer ! Çà doit changer ! Çà changera grâce à la toile démocratique que ces tisserands unis confectionneront, maille après maille et déploieront à travers le continent. A ne pas s’y tromper, « L’INFORMATISATION DES PROCESSUS ÉLECTORAUX EN AFRIQUE » est œuvre de précurseurs.

Quelques questions à ceux qui nous poussent à s’inscrire massivement sur les listes électorales !

Les dysfonctionnements du processus électoral concernent les listes et cartes électorales, la campagne électorale, les candidatures, la gestion des bureaux de vote, la proclamation des résultats, etc.

Ceux qui veulent avoir des millions d’inscrits sur les listes électorales ont raison de le faire s’ils ont les moyens de faire plus.

C’est quoi faire plus ?

Comment ces partis politiques et responsables de la société civile assureront que les inscriptions ne sont pas sélectives ? Ont-ils mis les moyens logistiques et financiers appropriés pour prendre en charge leurs représentants appelés à siéger au sein des commissions paritaires chargées de l’inscription des électeurs s’il en existe encore ? Ou bien comment s’assurent-ils qu’Elecam fait le boulot si les commissions n’existent plus?

Au-delà des slogans, ces questions sont très importantes !

Ceux qui nous poussent à nous inscrire massivement ont peut-être de très bonnes intentions ; mais ils ne comprennent rien du tout du système électoral camerounais !

Deuxième niveau de problèmes : outre ces plaintes récurrentes contre les manipulations des listes électorales, il se pose le problème de leur affichage qui n’est pas encore une pratique établie ; mais des progrès sont enregistrés dans le sens de généraliser cet affichage, quoique les communes ou les services administratifs se plaignent de ne pas être suffisamment outillés pour assumer cette tâche.

Comment comptent-ils vérifier les listes qui probablement ne seront pas affichées, ni au sein des communes, ni sur Internet ?

Je peux encore compliquer cette affaire en ces termes: Il se pose réellement une question de sécurisation de la liste électorale au Cameroun puisque la carte d’identité qui est l’élément essentiel d’identification de l’électeur n’est pas encore elle-même suffisamment à l’abri des manipulations frauduleuses ; car l’acte de naissance qui est la pièce couramment exigée pour établir la carte nationale d’identité s’établit encore dans bien de régions de façon aléatoire sans des mesures de sécurité optimales. C’est un problème plus complexe. Mais passons!

Au Sénégal, pour éviter ces critiques, les listes électorales ont été publiées sur Internet au cours de l’élection présidentielle d’Avril 2000. Pouvons-nous le faire au Cameroun ?

Troisième niveau des problèmes : la complaisance de certains responsables chargés de délivrer ces pièces et la porosité des frontières entre les États africains (pour nous on connait nos voisins), qui facilite la circulation des populations dans les zones frontalières, précarisent davantage la fiabilité des listes électorales exposées à tous ces aléas.

Question : Comment nos amis des partis politiques comptent résoudre ces problèmes sans au préalable s’assurer d’un consensus avec l’autorité compétente ?

Voilà la liste de quelques dysfonctionnements ou difficultés liés à la problématique de l’inscription massive sur les listes électorales. Si on peut y réfléchir, ça sera bien.

Mon point de vue !

Je suis favorable à une Évaluation du Projet de Gestion Biométrique des Élections au Cameroun, un projet qui a quand même coûté au contribuable camerounais 7,5 milliards de francs CFA. Cette évaluation nous permettra de commencer à répondre aux questions posées antérieurement. C’est le préalable et ceci devait se faire depuis très longtemps, bien avant de pousser les Camerounais à s’inscrire massivement.

Je peux aller plus loin : sans une évaluation de ce projet par un panel d’experts, quel est l’organe gouvernemental qui a la double compétence substantive (maîtrise du système électoral camerounais) et technique (connaissances biométrique et informatique) nécessaire permettant de mesurer systématiquement les progrès accomplis par Giesecke Cid par rapport aux résultats auxquels doit aboutir ce projet de gestion biométrique des élections au Cameroun ?

Je préfère m’arrêter à ce niveau même si les dysfonctionnements sont liés à d’autres activités du processus et on peut les analyser et proposer des solutions. Mais pour ce soir je préfère que l’on réfléchisse sur ces premiers niveaux de difficultés.