A nous la prison pour un autre Cameroun !

Il y a aujourd’hui au Cameroun trois types de prisonniers. Le premier type (T1) est composé de prisonniers de droit commun : ce sont des personnes emprisonnées après avoir été reconnues coupables, même sans procès devant un tribunal national, d’avoir commis des gestes punis par une ou plusieurs lois ou règlements étatiques. Ces prisonniers sont à Kondengui, à New Bell ou ailleurs à cause des violations ordinaires du code pénal, comme les meurtres, les agressions physiques, les cambriolages, les vols simples et qualifiés, les infractions sexuelles, etc.

Le second type (T2) est composé de criminels à cols-blancs : cette cohorte structurée et mafieuse, marquée par des intérêts maléfiques communs, dont les membres (issus de toutes les ethnies !) partagent l’entière responsabilité historique de la mauvaise gestion de la Cité des indépendances à nos jours. La T2 représente la classe politique et décisionnelle qui a mis le pays à genoux, ces 200 vieillards de la Génération Biya et leurs créatures qui vivent dans l’inertie et l’inaction stérile, en pillant les ressources nationales, créant des crises à répétition, contractant des dettes pour des plans d’urgence mal gérés et à portée nulle.

Le troisième type (T3) est représenté par des prisonniers d’opinion et/ou politiques : ce sont des personnes emprisonnées en raison de leurs opinions réelles ou supposées ou pour des motifs politiques. Elles n’ont ni eu recours à la violence ni prôné son usage mais qui sont emprisonnées. On trouvera toujours des raisons pour les y maintenir. Cet échantillon de la population carcérale représente les 24 millions ou plus de Camerounais. Ce sont les Anglophones qui y sont depuis le début de la guerre civile au Nord-Ouest et au Sud-Ouest du pays. Ce sont tout récemment Prof. Maurice Kamto et tous les camarades de son parti politique.

Dois-je joindre ma voix à celles et ceux de mes concitoyens, les amis du Cameroun et les organisations régionales/internationales pour demander la libération immédiate des prisonniers de catégorie T3 représentés par le Ministre Kamto?

La réponse est NON. Je ne le ferai pas !

Au contraire, il faut que la T3 augmente chaque jour. Il faut que les 24 millions ou plus de Camerounais qui souffrent et réclament désespérément depuis des lustres les meilleures conditions de vie soient au SED, à Kondengui ou à New Bell. D’ailleurs, cette T3 n’est pas différente de la T1.

Car les théories du comportement criminel ont insisté tout particulièrement sur la pauvreté comme cause du crime ou sur d’autres conditions sociales et traits de caractère personnels présumés être associés à la pauvreté. En réalité, et sans vouloir les dédouaner, la plupart des prisonniers de la T1 aujourd’hui dans nos prisons pouvaient bien jouir de leurs libertés si ce pays avait été bien géré.

Mais qu’est-ce qui cause la pauvreté dans un pays béni comme le nôtre ? La corruption. Qui en est l’origine ? La T2, la Génération Biya et leurs créatures !

Je suis conscient de la surpopulation de nos prisons et les conditions de détention et les nombreux décès dans ces environnements exécrables. Mais, ne sommes-nous pas déjà en prison dans nos rues stressantes, nos marchés et villes salubres, nos hôpitaux vétustes, ou nos écoles/universités délabrées ?

On pourra sans doute être tous heureux en prison et le monde se retournera enfin vers nous. Les quelques jours de prison de Kamto et ses camarades ont plus aidé à la sensibilisation des conditions de vie misérables des Camerounais que tous nos efforts de lutte pour la survie ces dernières années.

Alors, laissez-le là-bas et enfermez-nous tous pour un autre Cameroun !