Lutte contre la corruption au Cameroun : Dix (10) propositions pour anéantir notre hydre nationale!

Les activités de renforcement de la loi, comme celles en cours en ce moment peuvent donner “une conscience de la corruption” aux Camerounais en charge de la gestion de la Cité.

Malheureusement, elles ne peuvent résoudre ce problème. Comme je le suggère depuis longtemps, il faut engager immédiatement une série d’actions multiformes (y compris de prévention) pour lutter contre ce fléau :

1) appliquer l’article 66 sur la déclaration des biens et mettre en place des modèles de traçabilité des biens de tous les responsables de l’Etat ;

2) revoir et réformer l’ensemble des entités suivantes : ANIF, CONAC, TCS, Police judiciaire et Consupe et tous les services de renseignements

3) lancer le programme de recouvrement des avoirs volés qui est bloqué à la Présidence de la République (PR) : a) Établir une liste de tous ceux qu’on estime avoir distrait les fonds publics ; b) lancer une recherche mondiale auprès de toutes cellules de renseignements financiers dans le monde membres du Groupe Egmont comme l’ANIF pour identifier ces avoirs. On pourra s’appuyer sur les dispositions de l’OCDE (FATF), EU, Moneyval, et les lois nationales (Suisse, Monaco, Luxembourg, Litchtenstein, Malte, Canada, etc.) disponibles et activables à souhait ; c) dès que la liste est établie et les comptes et biens identifiés, engager un processus de rapatriement des avoirs spoliés ; d) mettre en place un programme de l’utilisation de ces avoirs pour soutenir les projets de développement du pays sur une période très limitée (5 ans au plus)

Les rapports de mission d’information bloqués à la PR depuis 2016 doivent être validés et mettre à profit dans ce processus.

4) fermer le ministère des marchés publics et arrêter l’usage du fameux logiciel coréen de gestion des marchés publics

5) revoir la structure opérationnelle de l’ARMP avec un leadership qui rend compte directement à la PR. Doter cette structure d’un logiciel de prévention de la corruption par les marchés publics qui doit être intégré à l’outil utilisé au niveau de l’entité en charge du budget national au niveau du Minfi et qui permettra à terme de définir une politique de gestion des finances publiques dans notre pays avec un briefing détaillé aux députés de la Nation qui votent le budget annuel. Si nécessaire, revoir la mercuriale.

6) former les enquêteurs Camerounais en charge de la lutte contre la criminalité financière dans les domaines tels que l’investigation financière, les marchés publics, les techniques d’audits, le blanchiment d’argent, la lutte contre le financement du terrorisme, etc.

7) mettre en place une plate-forme d’échanges de données criminelles en reliant toutes les agences nationales en charge de ces questions y compris les douanes, l’immigration, police, gendarmerie, etc, etc.

8) mettre en place un comité stratégique de lutte contre la corruption et la criminalité financière qui se réunit à la PR chaque semaine pour un suivi-évaluation des actions de lutte avec des recommandations concrètes au PR à activer immédiatement.

9) soutenir le programme conjoint de la Commission économique des Nations Unies pour l’Afrique (CEA) et de l’Union Africaine (UA) sur les flux financiers illicites

10) être actif au niveau des instances sous-régionales (GABAC et autres) et internationales (FATF, Groupe Egmont, etc.). Prendre le leadership au niveau sous-régional pour la mise en place d’une plate-forme sur le reporting et la dissémination transforntaliers sur le modèle FIU.net d’Europol. Cette plate-forme doit être reliee aux outils I24/7 et iLink d’Interpol pour éviter, entre autres, les cas d’évasion comme ceux qui défraient la chronique. Définir une stratégie avec GIABA (Afrique de l’Ouest) pour contrôler les flux avec ces pays frères à travers notre grand voisin le Nigeria

Si ces 10 propositions sont appliquées sérieusement, alors on pourra enfin anéantir notre hydre nationale à nous : la corruption !

Voici ma modeste contribution pour la République appauvrie. Faites suivre SVP.

Fait le 22.03.2018, Karachi (Pakistan)
Dr. Alain Nkoyock

Crise Anglophone: Un échec et une honte pour nous tous, Camerounais !

Comment un peuple réputé si dynamique et intelligent a pu échouer de la sorte ? La crise anglophone et les images horribles que nous voyons à longueur de journée, et ceci, bientôt un an et demi, devront nous faire honte, très honte. Anglophones, francophones, tous ont échoué à trouver la solution à une crise pourtant prévisible et solvable.

Je suis surpris que toutes les énergies soient concentrées à la préparation des élections de 2018. La question est : à quoi ça sert ? Oui, à quoi sert une élection dans notre République brisée?

L’élection est une délégation de Souveraineté. Elle constitue, au sein d’une société organisée, une « soupape de sécurité ». La possibilité pour les citoyens de pouvoir régulièrement exprimer leur mécontentement ou, au contraire, de donner un nouveau mandat au pouvoir sortant, évite que les désaccords politiques majeurs ne trouvent un autre terrain d’expression (la rue) et d’autres modalités (la violence).

Puisqu’on a laissé la violence primer sur le dialogue social, puisqu’on a privilégié le pire sur la concorde sociale ? A quoi ca servira les élections de cette année dans notre pays ?

Pourtant, ce n’est pas faute, dès février 2017, d’avoir proposé des solutions à la crise naissante, de me mettre mis à la disposition de la République pour tenter de trouver la solution à cette crise. En vain !

Nous avons tous échoué. Nous sommes tous coupables de ce qui se passe dans la partie anglophone du pays ! Nous avons une lourde responsabilité devant l’histoire d’avoir laissé que les Camerounais s’entretuer et que beaucoup soient en ce moment même en train d’attendre les sacs de riz des bienfaiteurs Nigérians.

Quelle horreur !

Il y a deux ans, j’avais publié une tribune sur mon blog, reprise par plusieurs journaux en Afrique, sur «Quelques réflexions sur la problématique de l’injustice intergénérationnelle au Cameroun.» Dans mon analyse, j’avais souligné que le pays était pris en otage par la Génération Ahidjo-Biya.

Et si le pays était pris en otage par tous les Camerounais ? Réfléchissons !

Douala, 03 février 2018

Que faut-il retenir de la session extraordinaire de la Conférence des Chefs d’État de la CEMAC à N’Djamena ?

Les résultats de la Conférence des Chefs d’État de la Communauté Économique et Monétaire de l’Afrique Centrale (CEMAC), réunie en session extraordinaire le 31 Octobre 2017 à N’Djamena, sont mitigés au regard des expériences du passé, du respect du Traité, et d’une volonté d’éviter des sujets qui pourraient contrarier les partenaires au développement.

A) Les expériences du passé 

Celles-ci concernent : a) les contributions des États membres au budget de la CEMAC ; b) à la présence ou non des leaders politiques de la sous-région aux rencontres organisées par l’institution ; et c) aux déséquilibres variés entre pays qui ont longtemps freiné le processus de l’intégration et de la coopération régionale.

Premièrement, l’adhésion des pays à la CEMAC et surtout le respect des dispositions prises au niveau de cette communauté entraîne des efforts financiers pour son fonctionnement et ses activités. Le mécanisme de financement de la CEMAC est fondé selon le cas, sur un prélèvement ou l’institutionnalisation d’une taxe sur les biens importés des pays tiers et destinés à la consommation dans tous les pays de la Communauté. Le taux de cette taxe est de 1% de la valeur CAF (Coût, Assurance, Fret) des biens aux frontières. Le mode de recouvrement de cette taxe devrait permettre une sécurisation des contributions des États membres au budget de la Communauté.

Ces contributions des États membres au budget de l’institution exigent de leur part un effort financier certain, ce d’autant plus que contrairement aux recommandations de Malabo qui préconisaient un seul mécanisme appelé à couvrir tout le dispositif institutionnel de la coopération sous-régionale, on semble s’acheminer vers un mécanisme séparé pour la CEMAC et la Communauté économique des États de l’Afrique centrale (CEEAC). On imagine que c’est à contre-cœur que la Conférence a décidé d’annuler la masse d’arriérés à hauteur de 90% et a invité les États membres à s’acquitter du différentiel de ces arriérés avant la fin de l’année.

Deuxièmement, en ce qui concerne la présence des leaders politiques à la Conférence, étaient présents ce mardi, à l’hôtel Radisson Blu de N’Djaména, quatre des six Chefs d’État de la Communauté. En effet, le Président Deby Itno était entouré de Theodoro Obiang Nguema, Paul Biya et Archange Faustin Touadéra et des Premiers ministres du Gabon et du Congo Brazzaville.

On a aussi salué la participation de la CEEAC et surtout regretté l’absence du CEPGL. Il existe actuellement trois communautés économiques en Afrique Centrale : la Communauté économique des États de l’Afrique centrale (CEEAC) ; l’Union Douanière et Économique des États de l’Afrique Centrale/ Communauté Économique des États de l’Afrique Centrale (UDEAC/CEMAC), et ; la Communauté Économique des pays des Grands Lacs (CEPGL). Malgré quelques préoccupations spécifiques, les trois communautés visent toutes la réalisation d’une intégration économique complète après avoir franchi toutes les étapes du modèle classique de l’intégration. Elles se sont toutes dotées d’institutions et d’organes de décision comparables et de structures de gestion avec des programmes quasi similaires dans divers domaines. La combinaison de ces facteurs, surtout en l’absence d’un cadre définissant leurs rapports, aboutit à une duplication de leurs efforts préjudiciable à une mise en œuvre harmonieuse du processus de l’intégration et de la coopération régionale.

Enfin, le déséquilibre économique entre les pays de la sous-région, dû surtout aux disparités physiques et géographiques, est un des facteurs qui a longtemps freiné le processus de l’intégration régionale en Afrique centrale. On constate malheureusement ce même déséquilibre par rapport aux nominations des premiers responsables dans les structures communautaires, le Congo s’en sortant avec six responsables, quatre pour la Guinée Équatoriale, la RCA et le Tchad, deux pour le Cameroun et le Gabon même si, avec la nomination du Professeur Daniel Ona Ondo aux fonctions de Président de la Commission de la CEMAC, le Gabon s’en sort bien comparativement au Cameroun.

B) Le respect du Traité

La mise en œuvre de la Communauté passe par a) le renforcement de la monnaie unique ainsi que la mise en cohérence des politiques macro-économiques  et à l’instauration  d’un cadre juridique propice à l’investissement ; b) la libre circulation  des personnes, capitaux,  des biens et des services ; et c) l’instauration d’un véritable  marché commun  par le parachèvement d’une réelle union douanière, l’affirmation de la liberté totale de  circulation des facteurs de production, et l’exécution des politiques  sectorielles communes.

Nous reviendrons sur le manque de courage et de volonté politique en matière de politiques monétaires, bancaires et financières dans la dernière partie de cette note d’analyse. En revanche, il faut saluer les avancées remarquables enregistrées dans le domaine de la libre circulation, et la volonté affichée quant à la coordination des politiques sectorielles communes (énergie, transports), ainsi que la mise en œuvre des objectifs assignés au volet fiscal et douanier du Programme des réformes adopté en 1991 notamment la simplification et l’assouplissement des instruments de politique tarifaire et de fiscalité indirecte. En ce qui concerne la libre circulation des personnes et des biens au sein de la CEMAC, on espère que le scenario de décembre 2013, de triste mémoire, ne se répétera plus.


C) La volonté d’éviter des sujets qui fâchent

Le Traité instituant la CEMAC devrait, s’il est respecté et effectivement mis en application, permettre à l’Afrique centrale de constituer un espace économique unifié tout en approfondissant sa coopération monétaire qui date des années 60.

Tirant des leçons de l’échec de l’UDEAC, les chefs d’État et de Gouvernement de l’Afrique centrale ont mis en place un schéma d’intégration qui s’articule autour de deux piliers : a) l’Union Monétaire d’Afrique Centrale (UMAC), et l’Union Économique d’Afrique Centrale (UEAC). Le communiqué final précise bien que les membres du Conseil des Ministres de l’UEAC et du Comité Ministériel de l’UMAC ont participé aux travaux.

L’UMAC vise la consolidation de la coopération monétaire, bâtie sur la reconnaissance d’une unité monétaire commune, le FCFA, ayant cours légal et pouvoir libératoire dans l’ensemble des six États. Au moment où les peuples de l’Afrique francophone rejettent massivement le FCFA, les membres du Comité Ministériel de l’UMAC ont manqué une occasion historique et un courage politique en évitant d’ouvrir les discussions sur le FCFA.

L’Afrique centrale est particulièrement vulnérable au terrorisme et aux conflits au sein des États notamment en Centrafrique et récemment au Cameroun avec la crise anglophone. La persistance de la violence et des conflits suscite des inquiétudes sur le fait que ces menaces pourraient faire dérailler des gains économiques durement acquis, contribuer à l’instabilité politique et compromettre le processus de l’intégration et de la coopération sous-régionales. En dehors de la nomination du Centrafricain Gervais Mbata, remplaçant le Camerounais Désiré Geofrey Mbock au Secrétariat Permanent du Groupe d’Action contre le Blanchiment d’Argent en Afrique centrale (GABAC) et des tractations de coulisses lors de pareilles rencontres de haut niveau, aucune résolution n’a été publiée sur l’impact négatif du blanchiment d’argent, du financement du terrorisme et les conflits divers sur le processus de l’intégration dans la sous-région.

Les défis de l’Afrique centrale en matière d’intégration et de coopération sont différents selon qu’on adopte l’approche classique de l’intégration, à savoir l’intégration par les marchés ou les approches nouvelles dictées par les expériences d’autres sous-régions en développement ou encore par la globalisation des économies mondiales. Sur les questions monétaires, bancaires et financières, la Conférence a recommandé aux États et aux banques de tout mettre en œuvre pour renforcer la résilience des économies par une grande diversification, encourager la bancarisation, promouvoir les crédits à l’économie et assurer le rapatriement des recettes d’exportation. Il faut se rendre compte que les efforts de redynamisation de l’intégration et coopération en Afrique centrale intervient dans un contexte international marqué par la mondialisation, la libéralisation, mais aussi par des progrès technologiques, notamment en matière de technologies financières (ou Fintech), de l’agro-industrie et des crypto-monnaies. Malheureusement, la conférence n’a pas abordé ces sujets importants.

Que faut-il donc retenir de la session extraordinaire de la conférence des Chefs d’État de la CEMAC du 31 Octobre 2017 à N’Djamena? Il faut rendre hommage à tous les Chefs d’État de la communauté pour leur leadership ayant abouti à l’intégration par la libre circulation. Cependant, beaucoup reste à faire. L’Afrique centrale doit mobiliser son capital humain en vue de créer les conditions internes de son développement et son intégration aux niveaux sous-régional et régional et pour son insertion dans l’économie mondiale.